Homélie du 23 août 2016

Voilà ce qu’il fallait pratiquer sans négliger le reste

Mardi, 21ème Semaine du Temps Ordinaire - Année Paire

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Jésus est de nouveau en route. Il est toujours en route. Mais cette fois la direction est indiquée : il monte à Jérusalem, et il a déjà annoncé plusieurs fois que c'est pour y subir la passion et la mort. Tout se passe désormais dans une grande urgence, et les exigences adressées à ceux qui veulent encore le suivre sont plus strictes encore, comme nous avons pu l'entendre les dimanches précédents. On comprend alors que certains se posent des questions. Tout cela est-il bien sensé ? Jésus forme, semble-t-il, un petit groupe d'élus, fanatiques, décidés à tout. Seront-ils les seule sauvés ?

On s'attendrait à ce que Jésus réponde : non ! je ne suis pas venu pour une élite, mais pour sauver tous ceux qui étaient perdus ; je donne ma vie pour la multitude... Mais ici il semble au contraire répondre : oui ! Car la porte est étroite.

Comment comprendre cela ? Pourquoi cet évangile (d'aujourd'hui) qui débouche sur un horizon tous azimuts commence-t-il par une porte étroite ? Oui, mes frères, mes soeurs, il y a des contradictions dans les évangiles. Dimanche passé déjà il était également question de ce Maître doux et humble de coeur, le Prince de la paix, qui apporte la discorde, la division et le glaive dans les familles. Il nous faut bien prendre en compte ces contradictions, et ne pas essayer de neutraliser la situation en arrondissant un peu les angles de chaque côté. Ces contradictions qui nous semblent irréductibles sont des défis à affronter en marchant et en priant.

En tout cas, quand Jésus nous dit : «  Venez à ma suite !  » il ne faut pas s'attendre à trouver un chemin tout tracé. Mais en s'engageant de toutes nos forces et de toute notre intelligence à sa suite, nous voyons le paysage s'éclairer et nous comprenons par exemple que celui qui cherche résolument la paix rencontre nécessairement la contradiction et celui qui opte pour une ouverture inconditionnelle sait bien qu'on n'y arrive pas par une permissivité absolue.

Revenons donc à cette porte étroite. Si elle est étroite, ce n'est pas parce que Dieu voudrait limiter l'entrée du Royaume, en restreignant l'accès ; ce n'est pas parce qu'il aurait déterminé un numerus clausus, 144.000, et pas plus... Certains, comme les Jansénistes avaient pensé cela, mais c'est ne pas connaître Dieu que de l'imaginer ainsi. Si elle est étroite pour nous, cette porte, c'est parce que nous sommes trop encombrés. Nous voulons entrer avec tous nos bagages. Avec toute notre histoire, nos mérites, nos péchés, nos hontes... Mais nous ne pouvons y entrer que les mains nues, et, je dirais même, tout nus, comme nous sommes entrés dans ce monde. Le Royaume est un autre monde où le Seigneur nous attend, mais nous ne pouvons en passer la porte qu'après avoir tout abandonné, dans une confiance éperdue.

La suite de cet évangile ne dit pas comment nous y prendre, sinon négativement, en précisant que même la familiarité n'est pas un laissez-passer. Nous pensons ici aux habitants de Nazareth avec qui Jésus avait joué, mangé et bu, et il avait prêché dans leur synagogue. Mais vous savez que, quand il est revenu, cela ne s'est pas si bien passé. Il n'a pas apprécié qu'ils le prenaient en quelque sorte en otage, comme leur possession. Mais ils ont dû constater que cela ne leur donnait pas de droit sur lui.

Jésus nous rappelle constamment que quand on possède trop, on ne peut plus passer par la porte qui donne accès au Royaume. Il fait ici surtout allusion à ces pharisiens fidèles qui se prévalent de leur observance irréprochable et de leurs prestations religieuses. Non ! «  Allez donc apprendre ce que signifie : 'C'est la miséricorde que je veux, non les sacrifices'  ». Le prophète Osée le disait déjà sept siècles plus tôt.

Ce qui fâche surtout Jésus, c'est la façon dont ils se séparent des autres. Le pharisiens se disent précisément les 'séparés'. Ils ne veulent avoir aucun contact avec ceux qu'ils appellent les 'maudits de Dieu' : les pécheurs et les païens. Mais à eux Jésus répond : ceux qui excluent les autres s'excluent en fait eux-mêmes de la communion avec ce «  Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés  ». Ils croient qu'avec leur pureté, ils ont le droit de s'approcher familièrement de Dieu, et ils sont tout étonnés de se trouver devant une porte fermée et s'entendre dire : «  Je ne vous connais pas  ».

Mais laissons les pharisiens d'il y a vingt siècles et regardons nous, pour voir dans quelle mesure l'enseignement que Jésus nous adresse peut nous transformer aujourd'hui Quelle nouvelle conversion devons-nous opérer pour ne pas trouver bloquée la porte du Royaume ? Et de quoi faut-il nous désencombrer pour pouvoir passer cette porte ? Ce sont là des questions que nous devons nous poser régulièrement, chacun pour soi, et en communauté, en famille, si nous voulons rester à l'écoute de l'Évangile.

Je crois qu'une conversion à laquelle nous sommes plus particulièrement invités aujourd'hui consiste à ouvrir notre coeur tous azimuts. Les contacts sont désormais possibles avec toutes le parties du monde, et 'en temps réel'. Mais le risque est maintenant ce que j'appellerais le 'cosmopolitisme', c'est-à-dire se croire partout chez soi, comme les 'clochards du Hilton International' dont parle Jean-Claude Guillebaud. Nous savons beaucoup de choses sur le monde actuel, mais un peu comme les pharisiens de jadis, sans vraiment être en contact. Il nous faut nous désencombrer de notre égocentrisme culturel, villageois ou familial (ou encore ecclésial), pour accueillir cordialement la diversité des personnes, des cultures et des religions. Je dis 'cordialement', parce qu'une connaissance objective, neutre, journalistique ne suffit pas pour passer la porte, pour entrer dans la perspective de Jésus qui «  en voyant les foules fut pris de pitié pour elles, parce qu'elles étaient harassées et prostrées, comme des brebis sans berger  » (Mt 9, 36). C'est dans la prière et l'action pour la justice que chacun de nous, à sa place, peut trouver la façon de réaliser cette conversion du coeur qui donne accès au Royaume. Les nouvelles que nous entendons ou voyons, les rencontres qui nous sont données en voyage peuvent n'être que des informations à retenir, mais elles peuvent aussi toucher notre coeur, s'il n'est pas blindé ; elles peuvent le convertir et le rendre toujours plus «  doux et humble  », éveillé et fort.

Aujourd'hui, en rappelant notre coresponsabilité pour l'avenir de notre planète, on évoque souvent l'image du banquet dont nous sommes tous les convives. Tous les humains sont en effet invités à s'asseoir à cette grande tablée où toutes les richesses de notre terre sont partagées. Nous nous efforçons de contribuer à ce que cela devienne toujours davantage une réalité. Et l'eucharistie que nous célébrons ici, en notre petite chapelle, ouverte sur le monde, en sera déjà une réalisation, si nous nous y engageons dans une prière intense et avec un grand désir de servir nos frères et soeurs, là où nous sommes. Oui, mes soeurs, mes frères, même dans notre milieu quotidien, aussi restreint soit-il, nous anticipons, dans l'action de grâces, ce que nous dépeint l'évangile : «  on viendra de l'orient et de l'occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le Royaume  ».

 

Gardez ferme les traditions que nous vous avons enseignées

Frères, nous avons une demande à vous faire à propos de la venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui : si l'on nous attribue une inspiration, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n'allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer. Ne laissez personne vous égarer d’aucune manière.

Dieu vous a appelés par notre proclamation de l’Évangile, pour que vous entriez en possession de la gloire de notre Seigneur Jésus Christ. Ainsi donc, frères, tenez bon, et gardez ferme les traditions que nous vous avons enseignées, soit de vive voix, soit par lettre. Que notre Seigneur Jésus Christ lui-même, et Dieu notre Père qui nous a aimés et nous a pour toujours donné réconfort et bonne espérance par sa grâce, réconfortent vos cœurs et les affermissent en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien.

2 Th 2, 1-3a.14-17

Allez dire aux nations : « Le Seigneur est roi ! » Le monde, inébranlable, tient bon. Il gouverne les peuples avec droiture.

Joie au ciel ! Exulte la terre ! Les masses de la mer mugissent, la campagne tout entière est en fête.

Les arbres des forêts dansent de joie devant la face du Seigneur, car il vient, car il vient pour juger la terre.

Le Seigneur vient pour juger la terre. Il jugera le monde avec justice, et les peuples selon sa vérité !

Ps 95 (96), 10, 11-12a, 12b-13ab, 13bcd

Voilà ce qu’il fallait pratiquer sans négliger le reste

En ce temps-là, Jésus disait : « Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous payez la dîme sur la menthe, le fenouil et le cumin, mais vous avez négligé ce qui est le plus important dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité. Voilà ce qu’il fallait pratiquer sans négliger le reste. Guides aveugles ! Vous filtrez le moucheron, et vous avalez le chameau !

Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous purifiez l’extérieur de la coupe et de l’assiette, mais l’intérieur est rempli de cupidité et d’intempérance ! Pharisien aveugle, purifie d’abord l’intérieur de la coupe, afin que l’extérieur aussi devienne pur. »

Mt 23, 23-26

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