Homélie du 7 août 2016

Vous aussi, tenez-vous prêts

19ème dimanche du Temps Ordinaire - Année C

Une homélie de fr. Bernard poupart

Quand Luc parle d'argent et de biens, il est plus que méfiant: il voudrait être assez radical tout en sachant que ce n'est pas possible. Dans le livre des Actes des Apôtres, il souligne régulièrement la résistance de l'argent à l'évangile, ou mieux l'opposition de l'évangile à l'argent et aux biens. Son idéal est celui de la première communauté: vendre tout et partager selon les besoins de chacun. Et dans notre page d'évangile d'aujourd'hui: « Vendez ce que vous avez et donnez-le en aumône- Faites-vous un trésor inépuisable dans les cieux- Là où est votre trésor, là aussi sera votre coeur ».

Notre trésor, c'est bien notre monastère, et nous n'avons aucune envie de le vendre, pas plus que vous vos maisons. Mais notre vrai trésor n'est pas ce hameau monastique mais la communauté qui y vit, comme le vrai trésor de vos maisons ce sont vos familles qui les habitent. Il vous arrive bien d'appeler un enfant: mon trésor.

Au lieu donc de vendre la maison, nous accueillons la parole de Jésus: « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume ». Voilà notre trésor: le Père nous donne le Royaume. Alors que les temps sont tellement incertains, que des figures grimaçantes nous obsèdent, et que nous manquent cruellement des paroles fortes, sauf celles du pape qui occupe heureusement tout l'espace, voilà le message de Dieu pour nous: il nous donne le Royaume. Et du coup, c'est à nous de nous demander ce que nous en faisons. Et nos lectures aujourd'hui nous disent quoi en faire, de deux manières paradoxalement opposées:

D'abord partir comme Abraham et nos Pères. Abraham est parti sans savoir où il allait. Mieux: il a vécu dans un campement sur la terre qui lui était promise. Et c'est bien notre situation: la terre où nous vivons est une terre pleine de promesse. Nous sommes partis depuis bien longtemps, et nous continuons notre marche sans trop savoir où elle nous mène, mais avec cette assurance que le Royaume nous est déjà donné. Il faut avancer avec confiance malgré les menaces qui pèsent sur nous, et notre manière d'aller de l'avant est le témoignage qui nous est demandé.

Mais aussi, et ce n'est pas contradictoire: être à notre place, en tenue de service, et donc dans la fidélité à nos tâches quotidiennes. Seulement, Jésus nous précise encore: à notre place en veillant, ce qui signifie ne pas s'en tenir aux tâches du moment mais être attentifs à ce qui advient. Ce qui survient eu jour le jour et qui dérange nos programmations, et ce qui advient dans le monde et nous provoque. La grande et grave question qui nous préoccupe aujourd'hui est celle de le place de l'Islam dans nos sociétés occidentales et de nos rapports avec les musulmans. Quelques-uns parmi nous pourraient en parler mieux que moi, et notre communauté n'est guère sollicitée à cet égard, même si nous produisons de beaux textes sur l'inter-religieux. J'ai eu le bonheur de vivre quelques années en terre d'Islam, comme un hôte étranger, et ce fut une expérience singulière: J'ai été fasciné par le prosternement des bergers solitaires dans la montagne à l'heure de la prière et par l'arrêt de toute une ville pour la grande prière du vendredi. Je comprends que ces peuples qui attestent la grandeur absolue de Dieu soient scandalisés par l'oubli de Dieu dans nos sociétés. Il nous faut bien reconnaître que la question de Dieu et celle de la religion dans l'espace social est aujourd'hui posée par les musulmans bien plus que par les chrétiens. Et notre chère laïcité en est offusquée.

Or nous avons la responsabilité de nouer des relations fraternelles avec les musulmans. La triste actualité des jours derniers nous l'a durement rappelé, et nous avons eu de beaux témoignages de rencontre. Le pape François vient de rappeler qu'il n'est pas juste d'identifier l'Islam avec la violence. Cela ne peut pas non plus nous empêcher de reconnaître ce que Abdelwahab Meddeb appelait les maladies de l'Islam et leurs métastases dans toutes les parties du monde.

Et puisque je viens d'évoquer la belle figure de Meddeb, trop tôt disparu, je voudrais citer ce beau texte de lui précisément sur la veille dont parle l'évangile: « L'état de veille qui appelle à guetter ces points d'éternité, à se les suggérer, à susciter leur présence et à s'en saisir pour en jouir, cet état de veille vous accorde le privilège de mener votre vie comme une oeuvre d'art, dans l'honneur et l'orgueil qui se mêlent au souci de soi ».

Voilà. J'ai réussi à commenter l'évangile à l'aide d'un bel esprit tunisien.

 

En même temps que tu frappais nos adversaires, tu nous appelais à la gloire

La nuit de la délivrance pascale avait été connue d’avance par nos Pères ; assurés des promesses auxquelles ils avaient cru, ils étaient dans la joie. Et ton peuple accueillit à la fois le salut des justes et la ruine de leurs ennemis. En même temps que tu frappais nos adversaires, tu nous appelais à la gloire. Dans le secret de leurs maisons, les fidèles descendants des justes offraient un sacrifice, et ils consacrèrent d’un commun accord cette loi divine : que les saints partageraient aussi bien le meilleur que le pire ; et déjà ils entonnaient les chants de louange des Pères.

Sg 18, 6-9

Criez de joie pour le Seigneur, hommes justes ! Hommes droits, à vous la louange ! Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu, heureuse la nation qu’il s’est choisie pour domaine !

Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour, pour les délivrer de la mort, les garder en vie aux jours de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur : il est pour nous un appui, un bouclier. Que ton amour, Seigneur, soit sur nous comme notre espoir est en toi !

Ps 32 (33), 1.12, 18-19,20.22

Abraham attendait la ville dont le Seigneur lui-même est le bâtisseur et l’architecte

Frères, la foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas. Et quand l’Écriture rend témoignage aux anciens, c’est à cause de leur foi.

Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu : il partit vers un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit sans savoir où il allait. Grâce à la foi, il vint séjourner en immigré dans la Terre promise, comme en terre étrangère ; il vivait sous la tente, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers de la même promesse, car il attendait la ville qui aurait de vraies fondations, la ville dont Dieu lui-même est le bâtisseur et l’architecte.

Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge, fut rendue capable d’être à l’origine d’une descendance parce qu’elle pensait que Dieu est fidèle à ses promesses. C’est pourquoi, d’un seul homme, déjà marqué par la mort, a pu naître une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, une multitude innombrable.

He 11, 1-2.8-12

Vous aussi, tenez-vous prêts

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte. Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : c’est lui qui, la ceinture autour des reins, les fera prendre place à table et passera pour les servir. S’il revient vers minuit ou vers trois heures du matin et qu’il les trouve ainsi, heureux sont-ils ! Vous le savez bien : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur viendrait, il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Vous aussi, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »

Lc 12, 35-40

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