Homélie du 12 juin 2016

Ses nombreux péchés sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour

11ème dimanche du Temps Ordinaire - Année C

Une homélie de fr. Bernard poupart

« Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme, une pécheresse. »

« Tu vois cette femme? »

Il l'a bien vue cette femme, Simon, et il l'a tout de suite reconnue en lui plaquant son identité: une pécheresse. Il avait invité Jésus, mais celle-ci est entrée sans avoir été invitée. Et Simon pense: il devrait quand même savoir qui c'est. Quel est celui des deux, Simon et Jésus, qui le sait le mieux? Pour l'un une femme de mauvaise vie, pour l'autre une femme aimante: « elle a beaucoup aimé. »

Elle aime sans dire un mot. Elle aime les pieds de Jésus. Il avait pourtant les pieds sales puisque Simon ne les avait pas lavés, ou fait laver, comme il était d'usage alors qu'on marchait pieds nus dans des sandales. Elle connaissait bien les pieds sales de poussière collée par la sueur, cette femme. Elle entreprend de les laver, ces pieds, mais avec ses larmes. Elle pleurait donc beaucoup. Elle les essuie avec ses cheveux, verse sur eux un parfum précieux et les couvre de baisers.

Les larmes, les baisers, le parfum: c'est une histoire toute mouillée, une histoire d'humidité. Le récit ne souligne pas le contraire de l'humidité, le sec. Il souligne par contre les gestes et leur absence: tu n'as pas fait, elle a fait: tu n'as pas lavé mes pieds, tu ne m'as même pas embrassé, tu ne m'as pas parfumé la tête pour me rafraîchir. Elle a fait tout cela parce qu'elle m'aime. Tu ne m'aimes pas. Tu m'as invité pour t'honorer toi-même. Tu n'as pas besoin de pardon. Elle en a un très grand besoin.

L'amour serait-il donc proportionné au besoin d'être pardonné? Nous avons tous l'expérience de l'amour qui vient tout seul, comme pousse une fleur. Il n'y a encore rien à se faire pardonner ni à pardonner. Mais ça ne tarde pas. Et quand viennent les incompréhensions et les heurts, quand une démarche de pardon est entreprise, l'amour est renforcé. Celui qui se sait pardonné aime encore plus.

Qu'en est-il alors de notre relation à Dieu, au Père, au Christ? Nous allons encore le redire ensemble: « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » Mais nous savons bien que notre dette envers Dieu est immensément plus grande que celles de nos débiteurs. Nous savons aussi, heureusement pour nous, que la miséricorde de Dieu est infinie. Est-elle trop facile? L'histoire de David pourrait le faire penser: David a fait tuer Ourias pour prendre sa femme, et il lui suffit de dire: « j'ai péché » pour que Dieu lui pardonne. Mais que pouvons-nous faire d'autre que reconnaître notre péché? La femme pécheresse de l'évangile implore le pardon sans dire un mot. Ou bien nous n'avons pas une très vive conscience de notre péché, et nous pouvons alors remercier Dieu d'être tellement fidèles, comme le pharisien du Temple. Ou bien nous nous tenons au fond, comme le publicain, en nous frappant la poitrine. Je ne sais pas si ceux qui sont adossés au mur du fond sont là parce qu'ils se sentent moins dignes. Mais tous, nous sommes confrontés àa la parole de Jésus à Simon: « tu n'as pas fait ». On appelle cela des omissions, et elles parsèmes nos vies quotidiennes

Comment est-elle partie, la femme de l'humidité? Comment a-t-elle vécu ensuite? L'évangile ne le dit pas. Il nous laisse partir heureux d'être pardonnés avec encore une vie à inventer.

Je l'ai raconté ailleurs: J'ai reçu il y a bien longtemps et loin d'ici une femme infiniment triste qui m'a dit: « Je suis moche et je me dégoûte. » Et en la regardant, je pensais: et elle ne fait rien pour s'arranger. Elle était toute négligée. Je lui ai demandé si elle avait chez elle un joli bijou. Elle a rougi et m'a parlé d'un collier. Je lui ai dit: « Allez, portez-le, et achetez-en aussi un autre, ce sera votre pénitence. » Elle a souri et elle est devenue belle. Je ne raconte pas cette histoire pour que toutes les dames viennent se confesser chez moi. Mais pour dire que la femme de l'évangile a dû repartir très belle, toute rayonnante. Et quand Dieu nous pardonne, c'est pour nous rendre beaux. Il veut être fier de nous, et que nous soyons sous son regard fiers de nous-mêmes.

Mais rappelons-nous: il y faut des larmes, les larmes du repentir, les larmes du coeur humide, et les larmes de joie de ceux qui reçoivent un amour qui les inonde. Vous voyez: tout est une affaire d'humidité.

 

Le Seigneur a passé sur ton péché : tu ne mourras pas

En ces jours-là, après le péché de David, le prophète Nathan lui dit : « Ainsi parle le Seigneur Dieu d’Israël : Je t’ai consacré comme roi d’Israël, je t’ai délivré de la main de Saül, puis je t’ai donné la maison de ton maître, j’ai mis dans tes bras les femmes de ton maître ; je t’ai donné la maison d’Israël et de Juda et, si ce n’est pas assez, j’ajouterai encore autant. Pourquoi donc as-tu méprisé le Seigneur en faisant ce qui est mal à ses yeux ? Tu as frappé par l’épée Ourias le Hittite ; sa femme, tu l’as prise pour femme ; lui, tu l’as fait périr par l’épée des fils d’Ammone. Désormais, l’épée ne s’écartera plus jamais de ta maison, parce que tu m’as méprisé et que tu as pris la femme d’Ourias le Hittite pour qu’elle devienne ta femme. » David dit à Nathan : « J’ai péché contre le Seigneur ! » Nathan lui répondit : « Le Seigneur a passé sur ton péché, tu ne mourras pas. »

– Parole du Seigneur.

2 S 12, 7-10.13

Heureux l’homme dont la faute est enlevée, et le péché remis ! Heureux l’homme dont le Seigneur ne retient pas l’offense, dont l’esprit est sans fraude !

Je t’ai fait connaître ma faute, je n’ai pas caché mes torts. J’ai dit : « Je rendrai grâce au Seigneur en confessant mes péchés. »

Et toi, tu as enlevé l’offense de ma faute. Tu es un refuge pour moi, mon abri dans la détresse, de chants de délivrance, tu m’as entouré.

L’amour du Seigneur entourera ceux qui comptent sur lui. Que le Seigneur soit votre joie, hommes justes ! Hommes droits, chantez votre allégresse !

Ps 31 (32), 1-2, 5abcd, 5ef.7, 10bc-11

Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi

Frères, nous avons reconnu que ce n’est pas en pratiquant la loi de Moïse que l’homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi en Jésus Christ ; c’est pourquoi nous avons cru, nous aussi, au Christ Jésus pour devenir des justes par la foi au Christ, et non par la pratique de la Loi, puisque, par la pratique de la Loi, personne ne deviendra juste. Par la Loi, je suis mort à la Loi afin de vivre pour Dieu ; avec le Christ, je suis crucifié. Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ce que je vis aujourd’hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi. Il n’est pas question pour moi de rejeter la grâce de Dieu. En effet, si c’était par la Loi qu’on devient juste, alors le Christ serait mort pour rien.

– Parole du Seigneur.

Ga 2, 16.19-21

Ses nombreux péchés sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour

En ce temps-là, un pharisien avait invité Jésus à manger avec lui. Jésus entra chez lui et prit place à table. Survint une femme de la ville, une pécheresse. Ayant appris que Jésus était attablé dans la maison du pharisien, elle avait apporté un flacon d’albâtre contenant un parfum. Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, près de ses pieds, et elle se mit à mouiller de ses larmes les pieds de Jésus. Elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et répandait sur eux le parfum.

En voyant cela, le pharisien qui avait invité Jésus se dit en lui-même : « Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse. » Jésus, prenant la parole, lui dit : « Simon, j’ai quelque chose à te dire. – Parle, Maître. » Jésus reprit : « Un créancier avait deux débiteurs ; le premier lui devait cinq cents pièces d’argent, l’autre cinquante. Comme ni l’un ni l’autre ne pouvait les lui rembourser, il en fit grâce à tous deux. Lequel des deux l’aimera davantage ? » Simon répondit : « Je suppose que c’est celui à qui on a fait grâce de la plus grande dette. – Tu as raison », lui dit Jésus. Il se tourna vers la femme et dit à Simon : « Tu vois cette femme ? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m’as pas versé de l’eau sur les pieds ; elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux. Tu ne m’as pas embrassé ; elle, depuis qu’elle est entrée, n’a pas cessé d’embrasser mes pieds. Tu n’as pas fait d’onction sur ma tête ; elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds. Voilà pourquoi je te le dis : ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. » Il dit alors à la femme : « Tes péchés sont pardonnés. » Les convives se mirent à dire en eux-mêmes : « Qui est cet homme, qui va jusqu’à pardonner les péchés ? » Jésus dit alors à la femme : « Ta foi t’a sauvée. Va en paix ! »

– Acclamons la Parole de Dieu.

Lc 7, 36-50

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