Homélie du 26 septembre 2021

 Celui qui n’est pas contre nous est pour nous. Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la 

dimanche, 26ème Semaine du Temps Ordinaire — Année B

Une homélie de fr. Benoît Standaert

Homélie :
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Bienvenue à vous tous, chers frères et soeurs, pour célébrer avec nous le dimanche, jour de la résurrection de notre Seigneur Jésus Christ. Chaque dimanche, c'est Pâques. Il est bon de s'en souvenir, de vivre une aurore de lumière, victorieuse des ténèbres de la mort et de toute torpeur, lassitude, ankylose. Éveillons-nous et tournons-nous vers Celui qui éveille à la vie éternelle, qu'il nous prenne encore et encore en pitié. Invoquons-le.

Homélie

La Parole de Dieu est grave et exigeante aujourd'hui. Par où commencer ?

Commençons par la deuxième lecture, celle qu'on saute le plus souvent ! C'est Jacques qui prend ici la parole, avec la virulence des prophètes : «  Malheur à vous, les riches ! Vous riez maintenant, vous pleurerez au jour du Jugement  ».

«  Vous avez condamné, vous avez tué le juste. Il ne vous résiste pas...  »

À qui s'adresse-t-il, ce Jacques ? Aux riches dans la communauté chrétienne ? ou bien aux riches dans la société de Jérusalem à l'époque ? Le juste se voit liquidé : n'est-ce pas la pire des injustices ? Ce fut le cas de Jésus, de plusieurs de ses disciples, et de Jacques lui-même, considéré comme «  juste  » dans toute la tradition et qui sera mis à mort trente ans environ après Jésus... On est là devant une vérité de tous les temps : qu'on se souvienne de Mgr Romero. Il dénonce la violence, l'injustice, l'exploitation et la répression. On le tue alors qu'il célèbre l'eucharistie... Charles le Bon, Danois de naissance, comte de Flandre, au XIIe siècle, ami des pauvres. Il est tué un mercredi des Cendres alors qu'il priait dans la cathédrale à Bruges... Un prêtre sicilien, Pino Puglisi, tout dévoué aux plus pauvres, tué il y a quelque vingt-cinq ans par la maffia. Pensons à tous les justes des nations qui servent la cause des plus démunis, et qui aujourd'hui sont portés disparus, au Niger, en Syrie, à Haïti. L'histoire se répète sous nos yeux. Demeurons alertes, vigilants, préoccupés de justice-maintenant dans nos sociétés... «  Malheur à vous qui avez tué le juste... il ne vous résistera pas  ». On demandait un jour au Cardinal Danneels la phrase biblique qu'il trouvait la plus essentielle. Il citait Isaïe 57 : «  Le juste périt et personne ne prend la chose à c?ur !  » Voilà un double malheur horrible. Avec Jacques soyons pleins d'empathie au lieu d'être des cyniques indifférents.

Que penser de la première lecture, tirée du livre des Nombres ? Elle a été choisie en fonction de l'évangile du jour. Rappelons le passage crucial : «  Deux hommes étaient restés dans le camp; ils s'appelaient l'un Eldad, l'autre Médad; l'esprit se posa sur eux - ils étaient en effet sur la liste, mais ils n'étaient pas sortis pour aller à la tente - et ils prophétisèrent dans le camp  ».

Eldad et Medad. Pourquoi n'étaient-ils pas là ? La tradition rabbinique pose la question. Était-ce par timidité ? par distraction ? par humilité ? Ils étaient toutefois sur la liste des 70 et l'Esprit ne les a pas oubliés! Une fois qu'on est sur la liste !...

Les autres prophétisaient, mais seulement pour un temps. Eux continuent de prophétiser ! C'est terrible, non ? On proteste par deux fois ! Et Moïse de s'étonner : «  Serais-tu jaloux ? Si seulement tout le peuple du Seigneur devenait un peuple de prophètes sur qui le Seigneur aurait mis son esprit !  » Moïse et Jésus pensent de même, et également saint Paul : «  vous êtes tous theodidaktoi  » !, écrit-il dans sa première lettre conservée, «  tous enseignés directement par Dieu  » !

L'Esprit dérange. Certains préféreraient qu'il n'y ait pas d'Esprit plutôt que d'être inquiété et dérangé par cet esprit de la prophétie ! Comment canaliser l'Esprit sans l'étouffer ?

Notre question à nous aujourd'hui : comment retrouver les injonctions de l'Esprit au fond de nous, de chacun de nous ? Sans un grand silence intérieur, on ne capte qu'un brouhaha général.

Souffler doucement sur la braise, encore avant qu'elle ne devienne pure cendre. Nous sommes responsables de transmettre du feu : il est certes plus commode de transmettre des cendres froides que des braises ardentes ! Ce moment ici, ensemble, sous la Parole, n'est-ce pas souffler sur les braises ardentes pour que jaillisse à nouveau la flamme en chacun de nous et en tous ensemble ?

Venons-en à l'évangile. Que de paroles fortes et des images terribles ! Nous voilà tous des mutilés en puissance ? «  Coupe-la, ta main ! coupe-le, ton pied ! arrache-le, ton ?il ! Il vaut mieux être manchot, estropié, borgne...  » Il y a chez Jésus une échelle de valeurs très exigeante. La plus haute valeur pour lui c'est le Royaume dans lequel il s'agit d'entrer. Le Royaume ou la Vie, sont contrastés à la Géhenne, là où le feu ne s'éteint pas ! Sommes-nous prêts à de grands sacrifices pour entrer dans la Vie !

La même voix est toutefois capable d'une délicatesse remarquable, comme dans la parole sur «  donner ne fut-ce qu'un verre d'eau  » parce que quelqu'un «  appartient au Christ  » ! Ou encore : quelle tolérance et ouverture à l'égard de celui ou celle qui pense autrement : «  Qui n'est pas contre nous, est pour nous  ». Jésus inclut sans cesse tout le monde. Il veut que nous devenions des enfants d'un Père qui «  donne son soleil à tous  » sans distinction, bons ou méchants, et qui «  déverse sa pluie sur les impies comme sur les justes  » !

La conclusion tout à la fin du chapitre récapitule les deux volets : «  Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix les uns avec les autres  ». Le sel en nous-mêmes, c'est le sel de l'autocritique, capable de retrancher en nous-mêmes tout ce qui nuit à l'entrée dans le Royaume. «  Vivez en paix les uns avec les autres  », c'est tout ce qui relève de la belle tolérance et de l'accueil généreux de toutes nos différences entre baptisés, croyants et humains. «  Qui n'est pas contre nous est pour nous !  »

Aujourd'hui la Parole de Dieu est tout sauf mièvre ! Jésus, Jacques, Moïse. Ils indiquent chacun une même direction, et rappellent : «  Le juste ne vous résistera pas  » ! Il y a la force ultime de la non-violence. Soyons revigorés par cet enseignement, soyons heureux d'être baptisés et de marcher ensemble sous une parole évangélique qui à la fois nous dégage et nous engage. Confessons notre foi commune, motivés par l'ardeur et la lumière qui nous viennent de la Parole de Dieu. Amen.

Seigneur notre Dieu.
Tes amis les prophètes et les saints comme ton propre Fils
nous prennent par la main et nous éduquent à aimer comme tu aimes.
toi qui donnes ton soleil et ta pluie à tous sans distnction.
Envoie ton Esprit sur nous et sur toute ta création
et renouvelle nos c?urs et la face de la terre.
toi qui veux le bien et accordes comme nul autre la grande Paix.

Par Jésus le Christ, ton Fils et notre Seigneur.

 

Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes !

En ces jours-là, le Seigneur descendit dans la nuée pour parler avec Moïse. Il prit une part de l’esprit qui reposait sur celui-ci, et le mit sur les 70 anciens. Dès que l’esprit reposa sur eux, ils se mirent à prophétiser, mais cela ne dura pas.

Or, deux hommes étaient restés dans le camp ; l’un s’appelait Eldad, et l’autre Médad. L’esprit reposa sur eux ; eux aussi avaient été choisis, mais ils ne s’étaient pas rendus à la Tente, et c’est dans le camp qu’ils se mirent à prophétiser. Un jeune homme courut annoncer à Moïse : « Eldad et Médad prophétisent dans le camp ! » Josué, fils de Noun, auxiliaire de Moïse depuis sa jeunesse, prit la parole : « Moïse, mon maître, arrête-les ! » Mais Moïse lui dit : « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux ! »

Nb 11, 25-29

La loi du Seigneur est parfaite, qui redonne vie ; la charte du Seigneur est sûre, qui rend sages les simples.

La crainte qu’il inspire est pure, elle est là pour toujours ; les décisions du Seigneur sont justes et vraiment équitables.

Aussi ton serviteur en est illuminé ; à les garder, il trouve son profit. Qui peut discerner ses erreurs ? Purifie-moi de celles qui m’échappent.

Préserve aussi ton serviteur de l’orgueil : qu’il n’ait sur moi aucune emprise. Alors je serai sans reproche, pur d’un grand péché.

Ps 18 (19), 8, 10, 12-13, 14

Le salaire dont vous avez frustré les ouvriers, le voici qui crie, et leurs clameurs sont parvenues aux oreilles du Seigneur

Vous autres, maintenant, les riches ! Pleurez, lamentez-vous sur les malheurs qui vous attendent. Vos richesses sont pourries, vos vêtements sont mangés des mites, votre or et votre argent sont rouillés. Cette rouille sera un témoignage contre vous, elle dévorera votre chair comme un feu. Vous avez amassé des richesses, alors que nous sommes dans les derniers jours ! Le salaire dont vous avez frustré les ouvriers qui ont moissonné vos champs, le voici qui crie, et les clameurs des moissonneurs sont parvenues aux oreilles du Seigneur de l’univers. Vous avez mené sur terre une vie de luxe et de délices, et vous vous êtes rassasiés au jour du massacre. Vous avez condamné le juste et vous l’avez tué, sans qu’il vous oppose de résistance.

Jc 5, 1-6

Celui qui n’est pas contre nous est pour nous. Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la

En ce temps-là, Jean, l’un des Douze, disait à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser les démons en ton nom ; nous l’en avons empêché, car il n’est pas de ceux qui nous suivent. » Jésus répondit : « Ne l’en empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous. Et celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense.

Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer. Et si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la. Mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux mains, là où le feu ne s’éteint pas. Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le. Mieux vaut pour toi entrer estropié dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux pieds. Si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le. Mieux vaut pour toi entrer borgne dans le royaume de Dieu que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux yeux, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas. »

Mc 9, 38-43.45.47-48

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