Homélie du 27 juin 2021

Jeune fille, je te le dis, lève-toi !

Dimanche, 13ème Semaine du Temps Ordinaire - Année B

Une homélie de fr. Benoît Standaert

Homélie :
avancez jusqu'à  23' 55"

Bienvenue à vous tous, chers frères et soeurs, vous qui êtes venus ici à Clerlande dans la brume matinale et vous qui nous suivez grâce à l'internet.

Jésus « passait en faisant le bien », c'est ainsi que saint Pierre dans les Actes des Apôtres résume toute la vie publique de Jésus. Il passe aussi parmi nous dans l'écoute des récits colorés que saint Marc en premier nous a conservés. Laissons-nous toucher par son passage, lui qui est plein de vie, de force, de confiance en Dieu. L'air de rien il fait sensation. Les contrastes dans ce qu'on va entendre sont éloquents. Ouvrons-nous à sa proximité toujours bouleversante : elle peut nous guérir, arrêter le mal, réengendrer la vie, et libérer tout ce qui est coincé en nous. On entre dans une période plus détendue quant aux mesures contre le Covid. Vivons-la bien, avec gratitude. Faisons eucharistie et tournons-nous ensemble vers la croix du Sauveur, sans crainte et avec foi : « Ne crains pas, dira Jésus. Crois seulement ». Kyrie eleison.

Homélie

Bien chers soeurs et frères.

Dans la lecture suivie du premier évangile, celui de saint Marc, nous sommes arrivés au chapitre 5. Marc ici prend plaisir à élargir ses récits en y introduisant des digressions de tout genre. Au début de son évangile tout va très vite : on a une succession de dix récits en moins de vingt minutes de lecture ! Ici il se contente de trois grands récits de quinze versets et plus pour chacun. Le premier récit de ce chapitre 5 a été sauté par les liturgistes : on était sans doute un peu embarrassé par cette histoire de ce démoniaque de Gérasa qui vit dans les rochers et les tombes, qui crie à tue-tête et est tout nu. Jésus l'interroge sur son nom : il s'appelle « Légion » et cette multitude de démons en lui supplie : « Envoie-nous vers le troupeau de porcs qu'on est train de paître là-bas, que nous y entrions ! ». « Il le leur permit ». C'est tout ce qui est dit de ce qu'il fait ! Et voilà que les esprits impurs se jettent sur les porcs qui dévalent la pente pour se précipiter dans la mer et s'y noyer. Ils étaient environ 2.000 ! Le bon sens de nos liturgistes a fait que cette histoire-là, on ne l'entend jamais un dimanche dans nos églises. Mais il est peut-être instructif de rappeler que Dostoiewski a écrit un gros roman intitulé : Les démons. Et en exergue de ce livre il a placé ces versets de Marc 5 : la Légion de démons qui sème la terreur et est éconduite par Jésus pour se jeter dans la mer- Peut-être qu'il y a plus de points de reconnaissance dans ce récit avec notre actualité chaque fois qu'on entend parler de tyrannie, de régime autoritaire armé qui confisque la liberté, emprisonne tout opposant politique, opprime des minorités, sème la terreur, parfois même au nom de Dieu- Quoi qu'il en soit, voilà sans aucun doute le récit le plus sensationnel des quatre évangiles, l'épisode où Jésus, l'air de rien, obtient que toute une région soit libérée de celui qui tenait les gens dans la peur et l'aliénation.

Aussitôt après, Jésus retraverse le lac et voilà que le chef de la synagogue, un certain Jaïre, vient lui supplier pour sa fille qui est à toute extrémité. Jésus l'accompagne, entouré par toute une foule. Et ici se situe un épisode curieux et anti-sensationnel. La marche s'arrête. Jésus se retourne et pose la question : « Qui a touché mes vêtements ? » Les disciples sont un peu décontenancés : toute le foule se presse autour de lui et le bouscule, mais il demande : « Qui m'a touché ? » Manifestement il y a toucher et toucher ! Jésus a senti une force qui est sortie de lui ! Et de fait une femme qui depuis douze ans perd du sang, est venue par derrière et avec une confiance dingue s'est dit : « Si seulement je pouvais toucher son manteau ! » Elle l'a touché et du coup elle a senti au plus intime de sa personne qu'elle était guérie. Identifiée par Jésus, elle parle en public et raconte toute son histoire, « toute la vérité ». Jésus ratifie ce qui s'est passé : « Ta foi t'a sauvée ! Va en paix » ! Impure, ne pouvant se trouver dans la foule, voilà que par la parole de Jésus et par son propre récit raconté devant tous, qu'elle est réintégrée dans la communauté ! Elle peut vivre, respirer, se joindre à tous, un peu comme nous, aujourd'hui, avec la fin progressive du confinement. Nous comprenons mieux que jamais sa joie à elle !

Mais la marche se poursuit vers la maison de Jaïre. Elle est de nouveau interrompue. On vient de communiquer à Jaïre que sa fillette est morte. « Pourquoi encore déranger le Maître ? » Jésus capte la nouvelle et s'adresse à Jaïre : « Ne crains pas. Crois seulement ! » La peur ou la foi ! La semaine dernière dans la barque au milieu du lac avec la tempête, on avait un tableau analogue : « Pourquoi avez-vous peur ? N'avez-vous pas encore la foi ? » La foi chasse la peur. La peur, l'angoisse, la terreur peuvent asphyxier la foi. Retenons cette brève recommandation de Jésus à Jaïre, comme dite en passant : « Ne crains pas. Crois seulement ! » Tout est là.

Jésus arrive dans la maison, essaie de calmer les esprits, renvoie tout le monde dehors et entre dans la chambre de la petite avec seulement les parents et trois de ses disciples. Il prend la main de l'enfant et la redresse en disant, Talitha qumi ! Petite fille, Lève-toi ! Qum, est le grand verbe de la résurrection, en hébreu ! Talitha qumi ! Redresse-toi, relève-toi ! Jésus vient comme la réveiller d'un sommeil trop long ! Une psychanalyste, Françoise Dolto, relisant cette page, faisait remarquer : « Qui sait si cette enfant était trop aimé par son père, ce qui la bloquait dans son évolution pour devenir femme et sortir de l'enfance. Tentée par l'anorexie, est choisissait de ne plus vivre. Jésus vient la libérer ». Et avec à-propos il commande : « Donnez-lui à manger ! »

Chers frères et soeurs, dans un même chapitre on a le miracle le plus sensationnel de tous avec les deux mille porcs qui disparaissent noyés dans le lac de Galilée et le miracle le plus grand en réalité, celui d'une résurrection, mais raconté comme un geste familier, sans grande invocation magique, pas même une prière, mais tout juste : Talitha, qumi ! « Petite fille, je te dis, lève-toi ! » Et au milieu de ces deux extrêmes il y a l'épisode à la fois secret et public : la femme qui perd du sang et au milieu d'une foule bousculante réussit à toucher le coeur de Jésus en rejoignant l'extrémité de son manteau qui traîne au sol- « Ta foi t'a sauvé ! ». Voilà le secret. C'est là une parole tout à fait typique de Jésus. Il est lui-même le premier qui vit une telle foi ! Il ose parler d'une foi capable de déplacer des montagnes, de déraciner un sycomore, une foi qui rend tout possible. Dans le même évangile on l'entend dire à la fois : « Tout est possible pour Dieu » et « tout est possible pour qui croit ». La foi selon saint Marc nous fait entrer dans l'espace divin où tout est possible.

Reprenons notre souffle, ouvrons-nous à la communication divine qui passe par ce Jésus humble et fort, qui calme la tempête sur la mer, qui chasse les démons terrorisants, libère qui souffre depuis des années dans son corps et rend la petite fille nubile à la liberté d'embrasser la vie. Avançons dans la vie sans crainte et avec foi, et chaque fois que la peur reprend le dessus, disons-nous à la petite fille qui nous habite tous : Talitha, qumi ! « Petite fille, lève-toi ».

 

C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde

Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Il les a tous créés pour qu’ils subsistent ; ce qui naît dans le monde est porteur de vie : on n’y trouve pas de poison qui fasse mourir. La puissance de la Mort ne règne pas sur la terre, car la justice est immortelle.

Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il a fait de lui une image de sa propre identité. C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde ; ils en font l’expérience, ceux qui prennent parti pour lui.

Sg 1, 13-15 ; 2, 23-24

Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé, tu m’épargnes les rires de l’ennemi. Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles, rendez grâce en rappelant son nom très saint. Sa colère ne dure qu’un instant, sa bonté, toute la vie.

Avec le soir, viennent les larmes, mais au matin, les cris de joie. Tu as changé mon deuil en une danse, mes habits funèbres en parure de joie.

Que mon cœur ne se taise pas, qu’il soit en fête pour toi, et que sans fin, Seigneur, mon Dieu, je te rende grâce !

29 (30), 2.4, 5-6ab, 6cd.12, 13

Ce que vous avez en abondance comblera les besoins des frères pauvres

Frères, puisque vous avez tout en abondance, la foi, la Parole, la connaissance de Dieu, toute sorte d’empressement et l’amour qui vous vient de nous, qu’il y ait aussi abondance dans votre don généreux ! Vous connaissez en effet le don généreux de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. Il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, il s’agit d’égalité. Dans la circonstance présente, ce que vous avez en abondance comblera leurs besoins, afin que, réciproquement, ce qu’ils ont en abondance puisse combler vos besoins, et cela fera l’égalité, comme dit l’Écriture à propos de la manne : Celui qui en avait ramassé beaucoup n’eut rien de trop, celui qui en avait ramassé peu ne manqua de rien.

2Co 8, 7.9.13-15

Jeune fille, je te le dis, lève-toi !

En ce temps-là, Jésus regagna en barque l’autre rive, et une grande foule s’assembla autour de lui. Il était au bord de la mer. Arrive un des chefs de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds et le supplie instamment : « Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait.

Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans… – elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans avoir la moindre amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré – … cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement. Elle se disait en effet : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. » À l’instant, l’hémorragie s’arrêta, et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal. Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? » Ses disciples lui répondirent : « Tu vois bien la foule qui t’écrase, et tu demandes : « Qui m’a touché ? » » Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait cela. Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Jésus lui dit alors : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »

Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre, le chef de synagogue, pour dire à celui- ci : « Ta fille vient de mourir. À quoi bon déranger encore le Maître ? » Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de synagogue : « Ne crains pas, crois seulement. » Il ne laissa personne l’accompagner, sauf Pierre, Jacques, et Jean, le frère de Jacques. Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris. Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort. » Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui étaient avec lui ; puis il pénètre là où reposait l’enfant. Il saisit la main de l’enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! » Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher – elle avait en effet douze ans. Ils furent frappés d’une grande stupeur. Et Jésus leur ordonna fermement de ne le faire savoir à personne ; puis il leur dit de la faire manger.

Mc 5, 21-43

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