Une homélie de fr. Pierre de Béthune
Introduction
Bienvenus dans cette chapelle !
Nous sommes venus, parfois de loin, pour participer à l'eucharistie. Nous entourons l'autel pour prier ensemble. Et nous commençons par nous accueillir les uns les autres. Sans attendre la préparation à la communion où l'on se donnera un signe de paix, dans l'amour du Christ, accueillons-nous, pour former une prière unanime. C'est ce qui plait à Dieu.
C'est surtout bienvenu aujourd'hui où les lectures nous appelleront plus particulièrement à l'accueil et l'amour mutuel.
Homélie
Cette fois-ci encore, dans l'évangile de ce dimanche, Jésus est interpelé, 'mis à l'épreuve', mais nous savons qu'il est passé maître pour faire face à ce petit jeu. On se souvient de sa réponse : « Rendez à César ce qui est à César,... », ou encore, en présence de la femme adultère : « Celui qui est sans péché, qu'il lui jette la première pierre ! » Ici donc les pharisiens lui demandent de trancher : quel est le plus grand commandement ? et il répond : le premier est toujours double ! Il n'y a pas à choisir entre Dieu et le prochain, pas plus qu'entre Dieu et César, chacun à sa place.
Impossible de séparer l'amour de Dieu de l'amour du prochain. Ils ne sont pas seulement complémentaires ; ils sont interdépendants. C'est pourquoi négliger ou blesser l'amour pour nos frères rend illusoire tout prétendu amour de Dieu. L'humanité forme comme un grand corps dont le Christ est la tête. Si tu veux vraiment aimer la tête, tu dois aussi aimer tout le corps. Sinon, pour l'exprimer avec une image classique, c'est comme si tu prétendais embrasser chaleureusement ton ami, tout en lui écrasant le pied avec tes grosses godasses.
Voyons donc de plus près comment vivre cet amour selon l'évangile. Il y en est très souvent question. C'est normal, puisque la vie selon l'évangile n'est rien d'autre que la réalisation de l'amour miséricordieux du Père, sur la terre comme au ciel.
Première précision : il faut aimer efficacement, en acte et en vérité, et pas seulement dans nos prières : « Il ne suffit pas de dire 'Seigneur, Seigneur ! Il faut faire la volonté de mon Père qui est aux Cieux. »
Ensuite Jésus demande que cet amour soit sans limites. « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel sens cela a-t-il ? » Il ne suffit donc pas de n'aimer que celles et ceux qui sont aimables ! « Votre Père qui est aux cieux fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes. »
Il s'agit d'ailleurs d'aimer et de servir en priorité les plus démunis, comme on l'entendra dans l'évangile d'un des prochains dimanches : « J'avais faim et vous m'avez donné à manger ». Et en particulier les étrangers qui sont dans le besoin. Dans le texte parallèle chez saint Luc, pour répondre à la question du légiste :'Qui est mon prochain ?', Jésus raconte l'histoire du Bon Samaritain.
Il s'agit même d'aimer les ennemis, et les pécheurs, comme on voit Jésus le faire constamment.
Mes frères, mes sœurs, tout cela est bien connu ; il fallait le rappeler. Déjà dans la Première Alliance, ce commandement de l'amour est évident, comme nous l'avons entendu dans le livre de l'Exode.
Mais l'amour n'est pas qu'une injonction, un commandement : 'vous devez aimer'. Oui, j'ai évoqué les cas où il fallait aimer, servir, respecter, donner, soigner, s'engager. Mais vous avez entendu que l'évangile précise ici : aimer le prochain 'comme soi-même'. Et 'moi-même', je m'aime spontanément ; pas besoin de commandement !
Je voudrais dons aussi vous parler ici de cet amour spontané entre les personnes, l'amitié selon l'évangile. Car, encore une fois, il n'y a pas que le précepte d'aimer, il y a également la joie d'aimer, la grâce d'aimer et d'être aimé. Et l'évangile peut beaucoup nous aider à mieux aimer, comme on y voit Jésus qui « aimait Marthe et sa sœur, et Lazare » ou qui « aimait le jeune homme riche qui s'adressait à lui ».
Nous faisons bien de nous préoccuper de mieux aimer. Chercher à développer cet amour spontané n'est pas une démarche contradictoire. Oui, il est spontané et, pour une part, imprévisible, hors de notre portée. Mais il n'est quand même pas totalement aléatoire, comme une loterie.
Il nous est confié. Il y a d'ailleurs de nombreuses personnes qui peuvent nous y aider, des psychologues, psychothérapeutes et des maîtres en diverses écoles. Mais l'évangile nous y aide aussi beaucoup, si nous nous mettons à son école.
J'ai parcouru les évangiles ces jours-ci, pour noter tout ce qui y est dit de l'amour Il y aurait beaucoup à dire.
J'ai surtout été frappé de voir que, au sujet des relations entre les personnes, il y était aussi très souvent question de pardon, pardon demandé, humblement, mais surtout pardon donné. Et j'ai compris qu'il fallait toujours joindre les deux, amour et pardon.
Il y a là, me semble-t-il une clef importante pour comprendre, et pour développer l'amitié. Oui, pour bien pouvoir aimer, il faut aussi bien pouvoir se pardonner.
Il y a encore d'autres choses dans les évangiles, mais je veux rester dans ce que nous enseigne la lecture d'aujourd'hui. Il y est question d'aimer le prochain comme soi-même. De fait, moi-même, je m'aime bien ! Et je m'accepte, humblement, comme je suis, avec compréhension, avec confiance et ambition, mais aussi avec pardon, parce qu'il y a beaucoup à pardonner !
Oui, mes frères, mes sœurs, si nous voulons aimer nos frères et sœurs comme, et autant que nous-mêmes, selon l'évangile, je crois que notre amour le plus sincère et le plus éperdu, doit aussi comporter une part de pardon. Parce que le vrai amour n'est pas aveugle. Il n'empêche pas de voir ce qui est moins beau, ce qui, chez l'ami, est et reste étranger, inconnu, difficile à accepter. L'amour que nous offrons doit donc toujours comporter une part d'accueil et même de pardon pour tout ce qui est autre et inassimilable chez la personne aimée. Il ne suffit pas de n'aimer chez elle que ce qui est aimable ! Et il ne suffit pas de taire ou de simplement tolérer cette part plus difficile à accepter, car cette part, ainsi masquée, risque finalement d'empoisonner l'amitié. Bref, il ne faut pas aimer l'ami 'malgré', mais bien 'avec' tout ça ! Parce que tout amour, même le plus intime, est aussi, pour une part, un amour de l'étranger, une forme d'hospitalité. Et c'est ce qui le rend plus fort.
Notons enfin que Jésus nous demande de prier notre Père de nous pardonner mutuellement : « comme nous avons pardonné ». Ce pardon pour l'amour est aussi réciproque, autant que possible. Mais il faut commencer par demander pardon. Ce n'est pas une démarche humiliante, mais une preuve de confiance, pour toujours mieux arriver à « pardonner de tout son cœur », comme il nous est demandé dans l'évangile, et à montrer ainsi un plus grand amour.
Cette réciprocité vaut d'ailleurs aussi pour notre amour envers Dieu. Ces deux commandements sont interdépendants. En développement notre amitié pour nos frères et sœurs, nous découvrons également que notre amour pour Dieu devient plus personnel, plus sincère, plus fervent. Tout se tient. Peu à peu, notre vie est plus unifiée, unifiée par l'amour.
Ainsi parle le Seigneur : « Tu n'exploiteras pas l'immigré, tu ne l'opprimeras pas, car vous étiez vous-mêmes des immigrés au pays d'Égypte. Vous n'accablerez pas la veuve et l'orphelin. Si tu les accables et qu'ils crient vers moi, j'écouterai leur cri. Ma colère s'enflammera et je vous ferai périr par l'épée : vos femmes deviendront veuves, et vos fils, orphelins.
Si tu prêtes de l'argent à quelqu'un de mon peuple, à un pauvre parmi tes frères, tu n'agiras pas envers lui comme un usurier : tu ne lui imposeras pas d'intérêts. Si tu prends en gage le manteau de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du soleil. C'est tout ce qu'il a pour se couvrir ; c'est le manteau dont il s'enveloppe, la seule couverture qu'il ait pour dormir. S'il crie vers moi, je l'écouterai, car moi, je suis compatissant ! »
- Parole du Seigneur.
Ex 22, 20-26
Je t'aime, Seigneur, ma force : Seigneur, mon roc, ma forteresse, Dieu mon libérateur, le rocher qui m'abrite, mon bouclier, mon fort, mon arme de victoire !
Louange à Dieu ! Quand je fais appel au Seigneur, je suis sauvé de tous mes ennemis. Lui m'a dégagé, mis au large, il m'a libéré, car il m'aime.
Vive le Seigneur ! Béni soit mon Rocher ! Qu'il triomphe, le Dieu de ma victoire ! Il donne à son roi de grandes victoires, il se montre fidèle à son messie.
Ps 17 (18), 2-3, 4.20, 47.51ab
Frères, vous savez comment nous nous sommes comportés chez vous pour votre bien. Et vous-mêmes, en fait, vous nous avez imités, nous et le Seigneur, en accueillant la Parole au milieu de bien des épreuves, avec la joie de l'Esprit Saint. Ainsi vous êtes devenus un modèle pour tous les croyants de Macédoine et de Grèce. Et ce n'est pas seulement en Macédoine et en Grèce qu'à partir de chez vous la parole du Seigneur a retenti, mais la nouvelle de votre foi en Dieu s'est si bien répandue partout que nous n'avons pas besoin d'en parler. En effet, les gens racontent, à notre sujet, l'accueil que nous avons reçu chez vous ; ils disent comment vous vous êtes convertis à Dieu en vous détournant des idoles, afin de servir le Dieu vivant et véritable, et afin d'attendre des cieux son Fils qu'il a ressuscité d'entre les morts, Jésus, qui nous délivre de la colère qui vient.
- Parole du Seigneur.
1 Th 1, 5c-10
En ce temps-là, Les pharisiens, apprenant que Jésus avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent, et l'un d'entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus pour le mettre à l'épreuve : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton c?ur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. »
- Acclamons la Parole de Dieu.
Mt 22, 34-40