Homélie du 27 septembre 2026

 S'étant repenti, il y alla 

26ème dimanche du Temps Ordinaire (semaine II du Psautier) - Année A

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Homélie :
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Qu'est-ce que cette petite parabole peut nous apporter ? À côté des célèbres paraboles qui nous font rêver, et notamment l'autre qui commence également par «  Un homme avait deux fils...  », celle-ci, que seul Matthieu a retenue, ne semble pas mériter qu'on s'y attarde beaucoup. Elle évoque une question de bon sens. Il est évident que la seule chose importante est le faire. Comme Jésus le dit ailleurs : «  Il ne suffit pas de dire 'Seigneur, Seigneur ! Il faut faire la volonté de mon Père qui et aux Cieux  ». Les paroles, oui ou non, ne sont pas importantes.

On serait tenté de conclure de cet évangile qu'il suffit d'exécuter les ordres. Même si on rouspète et si on obéit de mauvais gré, l'important est de faire ce qu'on t'a demandé, sans états d'âme.

Mais c'est un peu court ; on n'est pas à pas caserne, ici !

Pour bien entendre cet évangile, voyons d'abord le contexte.

Jésus s'adresse ici à des personnes fidèles à la tradition de leurs pères. Ils ont dit 'oui' à la Loi, une fois pour toutes. Ils continuent à dire 'oui' par habitude, je dirais même : par atavisme. Mais ils ne se soucient plus de le mettre en œuvre dans les circonstances neuves. Ils ne savent plus l'appliquer à des situations imprévues, comme la prédication de Jean le Baptiste, ou le message de Jésus. Alors, dans cette parabole, Jésus leur dit : «  Un vieux 'oui' ne sert à rien  » S'il n'est pas renouvelé chaque matin, il est inefficace, et finalement, il devient même un 'non'.

Mes frères, mes sœurs, il s'agit de la qualité de notre 'oui'.

Jésus a beaucoup à nous dire à ce sujet, parce que son 'oui' est toujours nouveau. Comme l'écrit saint Paul : «  Il n'a jamais été que 'oui', et toutes les promesses de Dieu ont trouvé leur 'oui' en sa personne. Aussi est-ce par lui que, nous aussi, pouvons dire 'Amen' à Dieu  » (2 Co 1, 20).

Avec lui, nous devons toujours réapprendre à dire cet Amen, non seulement à la liturgie, mais en toute notre vie : un 'oui' total, tout simple.

Car nous devons reconnaitre que nous prononçons souvent des 'oui' irréfléchis, irresponsables ou encore résignés, - un 'soit !'. C'est pourquoi il est bon d'entendre l'évangile nous rappeler que le vrai 'oui' est un 'oui' converti. C'est «  pris de remords  » que le premier fils est quand même allé à la vigne. Pour pouvoir vraiment dire 'oui', il nous faut d'abord bien prendre conscience de la part de 'non !' qui est en nous. Dire 'oui' est un choix ; il comporte des renoncements, un 'non' à autre chose. Le vrai 'oui' suppose une conversion, et d'abord une vraie connaissance de nous-mêmes, de nos résistances, plus ou moins conscientes, à l'Évangile, bref elle est fondée sur l'humilité. Ce n'est pas une question de culpabilité, mais de lucidité. L'humilité, c'est la vérité.

Pour y arriver, Jésus nous demande de reconnaitre que, paradoxalement, il y a une façon d'observer scrupuleusement tous les préceptes, qui immunise contre l'accueil de l'Évangile. En ce cas, les vertus deviennent comme des anticorps, qui excluent toute conversion. Les évangiles nous dépeignent de nombreuses personnes qui sont ainsi devenues imperméables à la grâce, la grâce du pardon, comme le jeune homme riche «  qui observait tous ces préceptes depuis sa jeunesse  » ou le pharisien qui prie devant, et rend grâce à Dieu, parce qu'il est parfait. Pensons également au fils ainé de la parabole du fils prodigue, qui n'a jamais désobéi à son père, ou encore aux ouvriers de la première heure, - toutes ces personnes si méritantes ! Mais ce qui les caractérise toutes est précisément qu'elles n'ont pas besoin de l'Évangile, puisqu'elles n'ont rien à se reprocher.

Cette petite parabole des deux fils est donc bien d'actualité. Elle nous invite à dépasser la bonne conscience, généralement stérile ; elle nous demande d'assumer humblement nos réticences à vraiment appliquer l'Évangile dans notre vie, et d'oser encore et encore une nouvelle conversion. Cela consiste donc, pour reprendre les termes de l'évangile, à «  aller travailler dans la vigne  », c'est-à-dire à entrer dans la préoccupation de notre père, - dans la volonté de notre Père des Cieux. Pratiquement cela veut dire prendre nos responsabilités en son nom, lucidement et avec confiance, là où la vie nous envoie.

Prions le Seigneur, les uns pour les autres, pour qu'il nous donne cette lucidité et ce courage, - pour que notre 'Amen' sincère à la liturgie rayonne sur toute notre vie.

 

Si le méchant se détourne de sa méchanceté, il sauvera sa vie

Ainsi parle le Seigneur : « Vous dites : ?La conduite du Seigneur n'est pas la bonne'. Écoutez donc, fils d'Israël : est-ce ma conduite qui n'est pas la bonne ? N'est-ce pas plutôt la vôtre ? Si le juste se détourne de sa justice, commet le mal, et meurt dans cet état, c'est à cause de son mal qu'il mourra. Si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Il a ouvert les yeux et s'est détourné de ses crimes. C'est certain, il vivra, il ne mourra pas. »

- Parole du Seigneur.

Ez 18, 25-28

Seigneur, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route. Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve.

Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse, ton amour qui est de toujours. Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse ; dans ton amour, ne m'oublie pas.

Il est droit, il est bon, le Seigneur, lui qui montre aux pécheurs le chemin. Sa justice dirige les humbles, il enseigne aux humbles son chemin.

Ps 24 (25), 4-5ab, 6-7, 8-9

Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus

Frères, s'il est vrai que, dans le Christ, on se réconforte les uns les autres, si l'on s'encourage avec amour, si l'on est en communion dans l'Esprit, si l'on a de la tendresse et de la compassion, alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l'unité. Ne soyez jamais intrigants ni vaniteux, mais ayez assez d'humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts ; pensez aussi à ceux des autres.

Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus.

- Parole du Seigneur.

Ph 2, 1-5

Jean est venu : les publicains et les prostituées ont cru à sa parole

En ce temps-là, Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens : « Quel est votre avis ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : ?Mon enfant, va travailler aujourd'hui à la vigne.? Celui-ci répondit : ?Je ne veux pas.? Mais ensuite, s'étant repenti, il y alla. Puis le père alla trouver le second et lui parla de la même manière. Celui-ci répondit : ?Oui, Seigneur !? et il n'y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier. » Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice, et vous n'avez pas cru à sa parole ; mais les publicains et les prostituées y ont cru. Tandis que vous, après avoir vu cela, vous ne vous êtes même pas repentis plus tard pour croire à sa parole. »

- Acclamons la Parole de Dieu.

Mt 21, 28-32