Homélie du 17 mars 2021

Comme le Père relève les morts et les fait vivre, ainsi le Fils fait vivre qui il veut

Mercredi, 4ème Semaine de Carême -

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Les parents qui ont engendré des fils et des filles savent bien ce que signifie 'donner la vie'. Mais ce privilège est partagé avec bien d'autres personnes, en bien d'autres domaines. Parce que le don et la vie sont toujours liés. Pas de vie sans don ; pas de don qui ne soit un surcroît de vie, à tous les niveaux. Dans l'évangile de ce dimanche ces mots 'vie' et 'don' reviennent plusieurs fois, et il y est surtout question de ce que l'on peut appeler le 'don originel' : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique ».

En ce temps de préparation à Pâques, nous sommes invités à méditer sur ce don qui est le coeur du mystère pascal. Nous célébrons en effet la façon dont Jésus, à son tour, a donné sa vie, et nous a « aimé jusqu'au bout ». En partageant le pain et en distribuant le vin, il s'est donné lui-même sans réserve, et jusqu'à donner son dernier souffle, sur la croix. Comme le dit encore saint Jean, c'est ainsi qu'il nous a donné l'Esprit, créateur de toute vie.

Quand nous lisons les évangiles, nous pouvons voir combien Jésus est habité par la générosité de son Père qui le donne au monde, « qui fait lever son soleil sur les méchants et les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes ». Il est porté par la 'bienveillance' de son Père qui « lui a tout remis ». Et il désire communiquer cette miséricorde, ce 'feu' qu'il porte. À la Samaritaine qu'il rencontre il laisse échapper : « Ah ! si tu connaissais le don de Dieu ! »

Il veut surtout que ceux que le Père lui a « donnés » (Jn 17,2) continuent ce mouvement. Et c'est ici, mes frères, mes soeurs que nous sommes directement impliqués ! Car la vie doit se propager, se transmettre. Jésus nous a été donné par le Père, et, à son tour, il a « donné sa vie en rançon pour la multitude ». Mais c'est maintenant à notre tour de reprendre et de continuer ce mouvement que tout l'évangile nous propose : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. » « Faites aux autres ce que vous voulez qu'on vous fasse. » Nous avons été pardonnés : c'est pour pardonner à notre tour. Oui, ce que nous avons reçu doit être transmis à d'autres, comme quand Jésus confiait aux disciples les pains multipliés pour qu'ils les distribuent autour d'eux, de proche en proche. Il nous donne le pain de chaque jour, en réponse à notre prière, mais si nous ne le partageons pas, il se dégrade, comme l'avaient vu les Israélites qui avaient voulu accumuler de la manne.

De fait, nous sommes toujours tentés de retenir pour nous ce que nous avons et d'arrêter le mouvement. Nous voulons bien donner, mais c'est avec l'espoir d'en recevoir quelque chose en retour, ne fût-ce que la reconnaissance, le mérite : 'donnant-donnant'. Or, dit Jésus, « si vous prêtez à ceux dont vous espérez qu'ils vous rendent, (-) même les pécheurs font ainsi » ! (Lc 6,34) D'ailleurs ce n'est même plus un don, c'est un négoce. C'est bien, le négoce ; le commerce, est nécessaire, mais le don que Jésus nous demande est encore autre chose ; il est toujours inconditionnel. Et « que votre main gauche ignore ce que donne votre main droite. »

Rassurez-vous : je ne suis pas occupé à vous faire un sermon de charité, pour vous inviter à donner plus généreusement votre obole au 'Carême de Partage'. Oui, tant mieux si vous l'entendez comme ça. Mais l'appel de l'évangile est encore plus général. Jésus dit : « Qui perd sa vie, la sauvera ; qui cherche à la garder, la perdra. ». Cela signifie : il faut consentir à ne pas gagner à ce marché de la vie, il faut même accepter de perdre, quand nous nous engageons à aimer jusqu'au bout. À Pâques nous célébrons la vie de Jésus, donnée, perdue, abandonnée aux mains du Père, et rendue, sauvée, rayonnante désormais. La liturgie nous associe à ce mouvement, pour qu'en célébrant le mystère pascal, nous empruntions nous aussi ce chemin, autant que nous le pouvons. Comme dit encore l'évangile, c'est ainsi que nous pouvons être sauvés, sauvés d'une vie qui autrement reste inaccomplie.

Mais cela dépasse nos forces et nous devons reconnaitre que n'arrivons pas à ce niveau. Alors nous levons les yeux, et nous regardons Celui qui peut nous sauver. Il est élevé, comme le serpent de bronze dans le désert, comme le Seigneur en croix. Il nous l'a promis : élevé de terre, il nous attire à lui, et il précise encore que c'est ainsi qu'il nous sauve.

Mais vous vous demandez : qu'est-ce que 'être sauvé' ? Le salut n'est évidemment pas seulement la vie après la mort. Celle-là nous la confions entièrement à Dieu. Mais, en suivant Jésus dans notre vie quotidienne, ici-bas, nous pouvons déjà accéder à une vie plus accomplie. Le salut n'est pas un refuge, un 'sauve qui peut !', une échappatoire. Le salut, c'est la santé, c'est un accès, comme dit saint Paul, et même un aboutissement et un accomplissement. C'est en ce sens que le Seigneur est notre Sauveur : il ne nous épargne pas les difficultés de notre condition, mais il nous permet d'accéder à un plus grand amour. Oui, le salut, ici-bas, c'est une vie accomplie dans l'amour, avec son aide. Comme il dit : « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime ». Car en définitive, nous ne pouvons rien donner d'autre que notre vie, Et je ne parle pas ici de circonstances particulières, particulièrement exigeantes, mais de notre vie quotidienne, toute simple. Vraiment donnée, chaque jour, elle est source de vie nouvelle.

Et dans la mesure où nous nous engageons sur ce chemin, nous connaissons la joie. C'est aujourd'hui le dimanche « Laetare » Réjouissez-vous ! À la mi-Carême, il a un moment où l'on rappelle aux fidèles un peu fatigués que ce temps nous conduit à la joie de Pâques. C'est la joie de découvrir que nous n'avons, effectivement, rien à donner, mais que nous recevons tout gratuitement, tout ce qu'il nous faut pour aimer ce Dieu, notre Père, « qui a tant aimé le monde et donné son Fils unique », — tout ce qu'il nous faut pour répandre à notre tour dans ce monde un peu de cet amour originel.

 

Je t’ai établi, pour que tu sois l’alliance du peuple, pour relever le pays

Ainsi parle le Seigneur : Au temps favorable, je t’ai exaucé, au jour du salut, je t’ai secouru. Je t’ai façonné, établi, pour que tu sois l’alliance du peuple, pour relever le pays, restituer les héritages dévastés et dire aux prisonniers : « Sortez » ! aux captifs des ténèbres : « Montrez-vous » ! Au long des routes, ils pourront paître ; sur les hauteurs dénudées seront leurs pâturages. Ils n’auront ni faim ni soif ; le vent brûlant et le soleil ne les frapperont plus. Lui, plein de compassion, les guidera, les conduira vers les eaux vives. De toutes mes montagnes, je ferai un chemin, et ma route sera rehaussée.

Les voici : ils viennent de loin, les uns du nord et du couchant, les autres des terres du sud. Cieux, criez de joie ! Terre, exulte ! Montagnes, éclatez en cris de joie ! Car le Seigneur console son peuple ; de ses pauvres, il a compassion.

Jérusalem disait : « Le Seigneur m’a abandonnée, mon Seigneur m’a oubliée. » Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas.

Is 49, 8-15

Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ; la bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Le Seigneur est vrai en tout ce qu’il dit, fidèle en tout ce qu’il fait. Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent, il redresse tous les accablés.

Le Seigneur est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu’il fait. Il est proche de ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent en vérité.

144 (145), 8-9, 13cd-14, 17-18

Comme le Père relève les morts et les fait vivre, ainsi le Fils fait vivre qui il veut

En ce temps-là, après avoir guéri le paralysé un jour de sabbat, Jésus déclara aux Juifs : « Mon Père est toujours à l’œuvre, et moi aussi, je suis à l’œuvre. » C’est pourquoi, de plus en plus, les Juifs cherchaient à le tuer, car non seulement il ne respectait pas le sabbat, mais encore il disait que Dieu était son propre Père, et il se faisait ainsi l’égal de Dieu.

Jésus reprit donc la parole. Il leur déclarait : « Amen, amen, je vous le dis : le Fils ne peut rien faire de lui-même, il fait seulement ce qu’il voit faire par le Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. Car le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait. Il lui montrera des œuvres plus grandes encore, si bien que vous serez dans l’étonnement. Comme le Père, en effet, relève les morts et les fait vivre, ainsi le Fils, lui aussi, fait vivre qui il veut. Car le Père ne juge personne : il a donné au Fils tout pouvoir pour juger, afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Celui qui ne rend pas honneur au Fils ne rend pas non plus honneur au Père, qui l’a envoyé. Amen, amen, je vous le dis : qui écoute ma parole et croit en Celui qui m’a envoyé, obtient la vie éternelle et il échappe au jugement, car déjà il passe de la mort à la vie.

Amen, amen, je vous le dis : l’heure vient – et c’est maintenant – où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront. Comme le Père, en effet, a la vie en lui-même, ainsi a-t-il donné au Fils d’avoir, lui aussi, la vie en lui-même ; et il lui a donné pouvoir d’exercer le jugement, parce qu’il est le Fils de l’homme. Ne soyez pas étonnés ; l’heure vient où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix ; alors, ceux qui ont fait le bien sortiront pour ressusciter et vivre, ceux qui ont fait le mal, pour ressusciter et être jugés.

Moi, je ne peux rien faire de moi-même ; je rends mon jugement d’après ce que j’entends, et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas à faire ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé. »

Jn 5, 17-30

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