Homélie du 7 mars 2021

Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai

Dimanche, 3ème Semaine de Carême - Année B

Une homélie de fr. Benoît Standaert

Chers frères et soeurs, chers amis, bienvenue à vous tous, pour cette célébration dominicale, vous qui êtes ici dans la chapelle et vous qui nous suivez, bien plus nombreux encore, par internet. Merci d'être là, fidèles au rendez-vous, en ce temps fort du Carême où ensemble avec l'Église universelle nous montons vers Pâques ou comme le dit la liturgie : vers « Christ notre Pâques ». Nous montons vers Quelqu'un, plus encore que vers une fête du calendrier. Nous montons, avec Abraham et son fils Isaac. Avec saint Paul, avec Jésus et trois de ses disciples les plus proches qui montent vers la montagne de la Lumière. Qu'allons-nous vivre en haut de la montagne ? Un passage, une transformation, une lumière qui peut nous éblouir mais qui nous affecte aussi en profondeur ? Ni Abraham, ni Isaac, ni Jésus ni les trois disciples sont les mêmes en redescendant de la montagne. « Qui regarde vers lui, resplendira. Sur son visage plus d'amertume ». Regardons, écoutons, et laissons-nous transformer. Invoquons le Christ.

Seigneur Jésus, désigné comme le fils bien-aimé de Dieu.
Seigneur, prends pitié.
O Christ qui accomplis les Ecritures, Isaac de Dieu qui ne seras pas épargné.
O Christ, prends pitié.
Seigneur, glorifié auprès du Père, tu intercèdes sans cesse pour nous.
Seigneur prends pitié.
Tu nous as dit Seigneur, d'écouter ton Fils bien-aimé ;
>fais-nous trouver dans ta parole les vivres dont notre foi a besoin.
et nous aurons le regard assez pur pour discerner ta gloire.
Par Jésus Christ, ton Fils notre Seigneur qui vit et règne avec toi, dans l'unité du Saint-Esprit. Dieu pour les siècles des siècles.

Bien chers amis, pendant le Carême on parcourt l'ensemble de la révélation en grandes enjambées : de dimanche à dimanche on suit la marche de l'histoire du salut, depuis Noé (le nouvel Adam), en passant par Abraham, Moïse, l'expérience de l'exil et son retour sous Cyrus. En parallèle on parcourt la vie publique de Jésus, depuis son baptême suivi du séjour au désert, la transfiguration sur une haute montagne, ensuite ses conflits à Jérusalem, et toute sa passion le dimanche des Rameaux. Chaque étape apporte une lumière autre dans l'expérience de notre foi. Aujourd'hui nous nous trouvons avec Abraham et son fils Isaac sur le Mont Moriah. C'est la dixième et dernière épreuve du patriarche. « Prends ton fils », dit Dieu. Le commentaire rabbinique laisse Abraham discuter avec Dieu. « Prends ton fils ». Lequel ? Tu sais que j'en ai deux ! « Ton unique » ! Mais tous les deux sont fils uniques de leur mère ! « Celui que tu aimes ». Mais Dieu, tu sais que je suis Abraham, que je n'ai pas de préférence, et comment avoir la paix si j'aimais un fils plus que l'autre ? « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes : Isaac ! » Et là, il n'y a plus à discuter. Les rabbins disent : à partir de ce moment-là la religion d'Abraham cède le pas pour la religion d'Isaac. On passe de l'amour universel à la rigueur du particulier et de l'unique.

Abraham dans la nuit obéit. Il lie Isaac et le place sur le bûcher. Et la tradition dit qu'Isaac est consentant. Qu'il a compris et veut lui aussi que le sacrifice se passe bien. Il demande à son père : « Lie-moi bien, pour que quand je vois le couteau, je ne fasse pas un mouvement involontaire et que le sacrifice ne soit pas parfait ! » Les anges contemplent du haut du ciel et s'interrogent : qui est le plus grand dans son amour et son abandon : le père ou le fils ? Les anges sont émus. Ils pleurent. Et les larmes des anges tombent dans les yeux d'Isaac- et c'est ainsi qu'il devint aveugle. Une autre tradition dit qu'à ce moment-là Isaac vit les cieux d'en haut s'ouvrir et leur splendeur était telle qu'il en fut ébloui pour de bon-

Isaac sera épargné. Abraham voit un bélier retenu par les cornes dans un buisson. Il offre le bélier à la place de son fils. « Sur la montagne Dieu pourvoira ». Quelle traversée et pour le père et pour le fils !

Sur l'autre montagne en Galilée, Jésus prend l'initiative et emmène en haut trois des premiers appelés de ses disciples : Pierre, Jacques et Jean. Mais une fois arrivé au sommet, il devient passif, il subit tout. Il est transfiguré, métamorphosé. Tout devient lumière. Déjà uniquement son vêtement, l'extérieur de toute sa personne, est d'une blancheur incomparable « comme aucun foulon sur terre ne peut blanchir » ! Or la vision s'élargit : les grands de l'histoire surgissent : Élie d'abord, puis Moïse, le plus grand de tous. Et ils s'entretiennent avec Jésus. Un colloque, un échange qui embrasse des siècles, depuis le désert jusqu'à la royauté, avec un même peuple résistant, tenté par l'idolâtrie, tout sauf à l'écoute de la voix de Dieu. Pouvons-nous de quelque manière entrer dans cet échange, comparer les points de vue, saisir les accords profonds entre les souffrances de Moïse, celles d'Élie arrivé à bout au mont Horeb, celles de Jésus après l'échec Galiléen- Être là avec eux fait du bien. Pierre réagit : « Qu'il nous est bon d'être ici. Essayons de laisser ce moment se prolonger. Construisons trois tentes- » Mais voilà qu'une nuée vient tout recouvrir, d'une tente d'un tout autre ordre. Et de la nuée retentit une voix : « Celui-ci est mon fils. Mon bien-aimé. Écoutez-le ! » La voix du Père. La même qui a retenti au baptême. « Tu es mon Fils ». La filiation demeure. « Fils bien-aimé » rappelle curieusement le cycle d'Abraham : « Prends ton fils, le bien-aimé ». Jésus est l'Isaac de Dieu. Avec cette différence que lui comme fils de Dieu ne sera pas épargné.

Lors de la contestation publique de Jésus à Jérusalem, dans l'enceinte du temple, Jésus racontera une histoire, une parabole de plus, la plus longue et la plus forte dans tout saint Marc. « Un homme avait planté une vigne et fit tout ce qu'il pouvait pour entourer sa vigne : il construisit une tour, il aménagea une haie, il creusa un pressoir. Puis il confia cette vigne à des ouvriers. À la saison il envoya des serviteurs pour recueillir les fruits. On renvoya les serviteurs les mains vides, on les frappa, on en tua l'un, puis l'autre- au point où il ne restait au maître de la vigne plus qu'un seul possible envoyé : son propre fils bien-aimé. Il l'envoya en dernier ». Jésus retient sans doute son souffle mais continue tout de même son récit parabolique. « Mon fils, dit le maître, ils l'épargneront ? » Mais les vignerons ne se souviennent de rien et font un calcul brutal : « Voilà l'héritier. Tuons-le et l'héritage sera à nous ! »

Jésus est le fils bien-aimé, l'Isaac de Dieu, qui toutefois n'a pas été épargné. Paul dans la deuxième lecture de ce matin, si brève soit-elle, revient avec force précisément sur cet acte d'amour et de don absolu : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Il n'a pas épargné son propre Fils, mais il l'a livré pour nous tous : comment pourrait-il, avec lui, ne pas tout nous donner ? »

Montons vers Jérusalem, vers Pâques, vers la toute grande transformation-transfiguration qui nous attend et ne redoutons rien. « Lui qui a donné son propre fils, ne nous accorderait-il pas tout » ? Le bienheureux dom Colomba Marmion était fasciné par ce mot de saint Paul. « Ce fils, actuellement à la droite de Dieu, intercède sans cesse pour nous tous », dit encore Paul. Désormais plus rien ne peut nous séparer de l'amour de Dieu, manifesté en Christ Jésus.

Marchons avec foi et espérance. Sur la montagne nous avons vu lumière sur lumière et nous sommes appelés à marcher dans la vallée, et devenir toujours davantage lumière dans la lumière. Amen.

Confessons notre foi en Celui qui est venu de Dieu, lumière de la lumière et dans l'Esprit qui est la force qui nous transfigure en gloire.

 

La Loi fut donnée par Moïse

En ces jours-là, sur le Sinaï, Dieu prononça toutes les paroles que voici : « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage.

Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi. Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux, pour leur rendre un culte. Car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux : chez ceux qui me haïssent, je punis la faute des pères sur les fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération ; mais ceux qui m’aiment et observent mes commandements, je leur montre ma fidélité jusqu’à la millième génération. Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu, car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui invoque en vain son nom.

Souviens-toi du jour du sabbat pour le sanctifier. Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage ; mais le septième jour est le jour du repos, sabbat en l’honneur du Seigneur ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l’immigré qui est dans ta ville. Car en six jours le Seigneur a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent, mais il s’est reposé le septième jour. C’est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié.

Honore ton père et ta mère, afin d’avoir longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu. Tu ne commettras pas de meurtre. Tu ne commettras pas d’adultère. Tu ne commettras pas de vol. Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain. Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne : rien de ce qui lui appartient. »

Ex 20, 1-17

La loi du Seigneur est parfaite, qui redonne vie ; la charte du Seigneur est sûre, qui rend sages les simples.

Les préceptes du Seigneur sont droits, ils réjouissent le cœur ; le commandement du Seigneur est limpide, il clarifie le regard.

La crainte qu’il inspire est pure, elle est là pour toujours ; les décisions du Seigneur sont justes et vraiment équitables :

plus désirables que l’or, qu’une masse d’or fin, plus savoureuses que le miel qui coule des rayons.

18b (19), 8, 9, 10, 11

Nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les hommes, mais pour ceux que Dieu appelle, il est sagesse de Dieu

Frères, alors que les Juifs réclament des signes miraculeux, et que les Grecs recherchent une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes. Mais pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient juifs ou grecs, ce Messie, ce Christ, est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.

1 Co 1, 22-25

Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai

Comme la Pâque juive était proche, Jésus monta à Jérusalem. Dans le Temple, il trouva installés les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. » Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : L’amour de ta maison fera mon tourment. Des Juifs l’interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? » Jésus leur répondit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. » Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! » Mais lui parlait du sanctuaire de son corps.

Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite. Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il accomplissait. Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ; lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme.

Jn 2, 13-25

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