Homélie du 14 fevrier 2021

La lèpre le quitta et il fut purifié

Dimanche, 6ème Semaine du Temps Ordinaire - Année B

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Nous sommes toujours à ce premier chapitre de l'évangile de Marc qui décrit avec précision la façon de faire de Jésus. Nous sommes surtout frappés par le rythme haletant de sa démarche et par la multiplicité de ses rencontres. Le passage entendu aujourd'hui ajoute une précision importante, et je dirais même décisive : Jésus rencontre un lépreux et il le touche. Au premier abord cela pourrait sembler un détail. Mais vous verrez que ce toucher est ici très significatif et même très important. Je veux donc méditer sur cette façon de faire si particulière de Jésus.

Bien sûr, ce que je vais raconter ici est tout à fait déplacé, hors saison, puisqu'il n'est question, en ces jours de pandémie, que d'éviter au maximum tout contact direct, de veiller soigneusement à garder la distanciation sociale, et surtout de ne pas se toucher. Mais voilà, je ne veux pas manquer de vous parler de l'évangile de ce dimanche qui décrit si bien comment et pourquoi Jésus est venu parmi nous.

L'évangéliste Marc n'a pas, comme Matthieu, retenu beaucoup de discours de Jésus, mais, en racontant sa façon de faire, il en dit long sur certaines de ses priorités. Il montre en particulier comment il se fait proche des gens. Il les touche et se laisse toucher. On lui amène des enfants « pour qu'il les touche » ; il les caresse et les bénit. Il se laisse toucher par la pécheresse qui lui lave les pieds de ses larmes et les couvre de baisers. C'est le plus souvent en touchant qu'il guérit. Enfin il lave les pieds de ses disciples : toujours des contacts directs.

Par tous ces gestes, surtout en touchant un malade, Jésus s'oppose à la tradition et transgresse la Loi. Vous l'avez entendu dans la première lecture : il est rigoureusement interdit par la Loi de toucher ce qui est impur, comme un malade ou un mort. Il y a dans le Premier Testament, des textes très explicites : « Ne touchez à rien d'impur ! » (És 52,11) « Sortez de la ville païenne si vous voulez sauver votre vie » (Jer 51,45) Toutes les religions sécrètent des interdits (alimentaires, vestimentaires, sanitaires, dans le temps et l'espace). Pour défendre leur pureté, elles procèdent toutes par des exclusions. Même la religion chrétienne, comme l'atteste la tradition, et aujourd'hui encore, dans l'église catholique, les femmes sont exclues des ministères ordonnés. Mais au temps de Jésus, les juifs avaient des raisons particulières d'être prudents, car ils devaient défendre leur identité contre tout métissage culturel, au risque de perdre leur identité.

Jésus réagit cependant nettement contre cette mentalité. Dans l'évangile d'aujourd'hui, nous voyons comment il guérit un lépreux en commençant par toucher un intouchable. Cette précision n'est pas anecdotique, car nous avons ici le témoignage d'une des démarches du Christ parmi les plus caractéristiques et les plus révolutionnaire. Il en devient même provoquant. « Est-il permis, le jour du sabbat, de faire du bien plutôt que du mal, de sauver une vie, plutôt que de la tuer ? » Et : « L'homme n'est pas fait pour le sabbat ; le sabbat est fait pour l'homme ». Dans la parabole du Bon Samaritain, il met précisément en scène un prêtre et un lévite, des ecclésiastiques très observants de la Loi, qui passent leur chemin en évitant de toucher à cet homme blessé, peut-être mort, dont le contact pourrait les rendre inaptes à réaliser leur service liturgique au Temple. Et c'est le Samaritain, l'hérétique, l'exclu, qui accomplit le coeur de la Loi, un geste de bonté...

On pourrait multiplier les citations des évangiles. Nous constatons que presque toutes les discussions pénibles que Jésus a eus avec les scribes et les pharisiens tournent autour de ces questions de pureté rituelle. C'est parce qu'elles étaient centrales à ce moment. Mais en transgressant délibérément ces règles qui emprisonnent et étouffent la vie, il provoquait un conflit majeur. Il menaçait de ruiner l'identité exclusive d'Israël et de laisser la nation sans défense contre les Romains. C'est d'ailleurs pour cela que les autorités religieuses ont décidé de l'éliminer. Comme le disait le Grand Prêtre Caïphe : « Il vaut mieux qu'un seul homme meure, (...) et que la nation ne périsse pas tout entière ».

Ce ne sont pas là que des notices historiques. Car de tout temps, les religions et les politiques risquent de régresser dans l'intolérance et le rejet des autres, parce qu'elles ne savent pas voir qu'il s'agit en tous ces cas de personnes, des humains qui souffrent et qui espèrent. Or Jésus voit toujours les personnes, il voit leur coeur. Quand le lépreux vient à lui et le supplie de le guérir, il le touche. Il ne faut pas avoir peur de toucher, car cela peut être décisif. Toucher quelqu'un n'est jamais anodin. D'ailleurs, quand on dit qu'on est 'touché', cela signifie qu'on est atteint en profondeur. Paul Valéry (?) disait : « La peau est ce qu'il y a de plus profond », parce que, par elle, on atteint le plus sûrement le coeur.

Mais attention ! il nous faut bien noter que Jésus touche le lépreux qui le supplie, mais il ne touche pas sa lèpre. Il y a là un deuxième enseignement important de l'évangile d'aujourd'hui. Le toucher de Jésus n'est pas indistinct, fusionnel. Il n'identifie pas la personne à sa maladie. Quand Marie de Magdala lui baigne les pieds de ses larmes, Simon, le pharisien, lui, voit en elle, une pécheresse, mais Jésus est touché par le coeur de cette femme. Il n'identifie pas cette femme avec son péché.

C'est pour cela nous sommes rassemblés en ce moment dans cette chapelle : pour nous accueillir, tels que nous sommes, avec notre lèpre et notre péché, mais surtout avec la beauté toujours neuve de notre coeur. Nous nous sommes réunis pour entendre les paroles de l'Évangile, et aussi pour échanger — de loin ! — un cordial baiser de paix avec nos voisins et amis, et pour partager le pain, sinon boire le vin, par lesquels le Seigneur nous offre son corps, toute sa personne. Et nous pourrons alors vraiment reconnaitre la saveur de son amour et « goûter comme est bon le Seigneur ».

 

Le lépreux habitera à l’écart, son habitation sera hors du camp

Le Seigneur parla à Moïse et à son frère Aaron, et leur dit : « Quand un homme aura sur la peau une tumeur, une inflammation ou une pustule, qui soit une tache de lèpre, on l’amènera au prêtre Aaron ou à l’un des prêtres ses fils. Le lépreux atteint d’une tache portera des vêtements déchirés et les cheveux en désordre, il se couvrira le haut du visage jusqu’aux lèvres, et il criera : « Impur ! Impur ! » Tant qu’il gardera cette tache, il sera vraiment impur. C’est pourquoi il habitera à l’écart, son habitation sera hors du camp. »

Lv 13, 1-2.45-46

Heureux l’homme dont la faute est enlevée, et le péché remis ! Heureux l’homme dont le Seigneur ne retient pas l’offense, dont l’esprit est sans fraude ! Je t’ai fait connaître ma faute, je n’ai pas caché mes torts. J’ai dit : « Je rendrai grâce au Seigneur en confessant mes péchés. » Toi, tu as enlevé l’offense de ma faute. Que le Seigneur soit votre joie ! Exultez, hommes justes ! Hommes droits, chantez votre allégresse !

31 (32), 1-2, 5ab, 5c.11

Imitez-moi, comme moi aussi j’imite le Christ

Frères, tout ce que vous faites : manger, boire, ou toute autre action, faites-le pour la gloire de Dieu. Ne soyez un obstacle pour personne, ni pour les Juifs, ni pour les païens, ni pour l’Église de Dieu. Ainsi, moi-même, en toute circonstance, je tâche de m’adapter à tout le monde, sans chercher mon intérêt personnel, mais celui de la multitude des hommes, pour qu’ils soient sauvés. Imitez-moi, comme moi aussi j’imite le Christ.

1 Co 10, 31 – 11, 1

La lèpre le quitta et il fut purifié

En ce temps-là, un lépreux vint auprès de Jésus ; il le supplia et, tombant à ses genoux, lui dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » À l’instant même, la lèpre le quitta et il fut purifié. Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt en lui disant : « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre, et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi : cela sera pour les gens un témoignage. »

Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts. De partout cependant on venait à lui.

Mc 1, 40-45

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