Homélie du 7 fevrier 2021

Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies

5ème dimanche du Temps Ordinaire - Année B

Une homélie de fr. Yves de patoul

« Si j'annonce l'évangile, je n'ai pas à en tirer orgueil, c'est une nécessité qui s'impose à moi. Malheur à moi si je n'annonce pas l'évangile ».

Cette dernière affirmation quasi proverbiale de saint Paul pourrait et devrait être la devise de tous ceux qui sont un peu conscients de leur identité chrétienne. Le vrai disciple du Christ, celui qui est digne de porter le nom de chrétien c'est celui qui essaye par tous les moyens qui lui sont possibles d'annoncer autour de lui la bonne nouvelle du salut. Il doit évidemment être convaincu qu'il a une bonne nouvelle à communiquer. Saint Paul, lui, en était absolument convaincu : « libre à l'égard de tous, je me suis fait le serviteur de tous afin d'en gagner le plus grand nombre possible ». Dans l'évangile selon saint Marc que nous avons entendu aujourd'hui, nous trouvons la même conviction qui anime Jésus et dont saint Paul est imbibé, imprégné au plus profond de lui-même : nous y voyons Jésus parcourir villes et villages en train de guérir tous ceux qu'on lui présente, tous les malades atteints de toute sorte de maladies physiques et psychiques, aussi bien que la belle-mère de Pierre atteinte de fièvre.

Sur la forme et le contenu de cette bonne nouvelle que nous devons proclamer, ne nous cassons pas trop la tête. Il y a d'innombrables formes. Le plus important est que ce que nous annonçons soit quelque chose de bon, de vrai ou de beau. Nous sommes au début de l'évangile, Jésus rayonne par des gestes qui ont valeur symbolique. La prédication et l'enseignement viendront plus tard. Les guérisons dont il est abondamment question dans ce passage ont une signification relativement faible, temporaire, comme peuvent l'être une guérison d'une maladie banale. S'agissant ici des foules, notre regard est tourné vers Jésus et non vers ceux qu'il guérit comme il en sera question plus tard.

Relisons cet évangile à la lumière de cette intuition. À lire notre évangile de ce jour, les gens sont presque tous malades, ils accourent vers Jésus les uns pleins de maux divers et les autres avec des détresses psychologiques et morales qui nécessitent des exorcismes. Comme le disait Job d'une façon poétique et toujours succulente, la vie de l'homme est remplie de tracas, « le soir n'en finit pas, je suis envahi de cauchemars » ; la vie est une corvée, il faut trimer à longueur de jour, toujours recommencer sans jamais voir le bout. Et au milieu de tout cela, il y a Dieu, il y a Jésus Christ. Que fait-il à Capharnaüm ? Beaucoup de miracles et de guérisons. Veut-il pour autant guérir tous les malades ? Tous les hommes ? Non, il n'a jamais voulu être ou paraître un guérisseur. Mais il est là au milieu de son peuple comme une présence bienfaisante ; il guérit tous ceux qui le veulent et tous ceux qu'on lui apporte. Il y a chez lui comme une nécessité intérieure, la même qu'on retrouvera chez saint Paul. Dans un souci de démythologisation (dans la mesure où les guérisons et les miracles peuvent nous mettre mal à l'aise), nous pourrions dire que Jésus fait preuve de la grande miséricorde de Dieu qui compatit avec la misère de son peuple. Dieu est bon, miséricordieux, plein d'attention et de bienveillant pour son peuple. Nous le chantons tous les jours dans les psaumes.

Aujourd'hui le nombre de malades et de souffrants est encore très élevé, autant sans doute qu'au temps de Jésus. Ayons les mêmes dispositions que Paul et le Christ vis-à-vis des brebis qui nous sont confiées : soyons inventifs, soyons créatifs pour trouver les façons qui conviennent pour soulager les misères de nos contemporains. Et si nous n'avons pas d'envergure humanitaire, participons au financement des nombreuses ONG qui viennent en aide à ceux qui sont dans la souffrance. Faisons des dons par exemple aux banques alimentaires, à ceux qui professionnellement font face à toutes les victimes de la crise sanitaire qui frappe durement une partie importante de la population. L'État qui a déjà déboursé 35 milliards d'Euros dans cette crise ne suffit pas pour résoudre tous les problèmes, sans compter qu'il y a des aspects humains qui lui échappent totalement, ces aspects que seule la bonne volonté et la générosité peuvent rencontrer : l'isolement des personnes âgées, des jeunes cloisonnés dans leur chambre pour suivre les cours qui leur parviennent par écran interposé et qui sont privés de la compagnie vitale de leurs amis, et d'une façon plus générale la privation de toutes les formes de vie sociale qui nous font vivre heureux : les restaurants, le sport, les spectacles, les concerts qui nous permettent de déstresser.

Revenons à l'évangile. Jésus, à un certain moment, se retire pour prier son père, le Père des cieux, comme il en a l'habitude. Dieu est toujours au milieu des siens, mais on ne met jamais la main sur lui ; il se cache, il faut même le chercher activement pour le trouver. Et quand ses premiers apôtres l'ont trouvé, il leur dit : « Allons ailleurs dans les villages voisins afin que là aussi je proclame la bonne nouvelle car c'est pour cela que je suis sorti ». Comprenons bien cette réponse qui doit nous surprendre : Jésus, l'apôtre, ou le missionnaire « sorti » pour proclamer l'évangile d'une manière ou d'une autre, ici par des guérisons, n'a pas l'intention de guérir tous ceux qu'ils rencontrent, chacun en particulier pourrait-on dire (sauf dans une perspective spirituelle qu'on va trouver dans le quatrième évangile loin de la foule pour faire bref) , mais il veut montrer à ses apôtres que Dieu est au milieu de la souffrance et de toute détresse. C'est ça la leçon qu'ils doivent apprendre. Et tant pis pour le nombre, pour la statistique : « tout le monde te cherche ! », tous veulent que tu les guérisses ! L'important pour Jésus n'est pas là, mais d'être celui qu'on prie, celui qu'on cherche, celui qu'on suit, même si on n'est pas guéri par lui. La guérison complète est une affaire de longue haleine, qui n'a pas véritablement de fin. Elle commence par cette humble quête qui jalonne tous les évangiles synoptiques : je veux voir, je veux marcher, je veux entendre, guéris-moi, Seigneur, toi qui as la force de Dieu pour me guérir, moi qui ne voit plus, qui ne sais plus marcher normalement, qui n'entends pas bien ce que les autres me disent.

Notre Dieu est un Dieu caché qu'il faut chercher. Il ne se laisse pas prendre avec des mots. C'est le sens de la petite phrase : « il les empêchait de parler parce qu'ils savaient eux (les esprits mauvais) qui il était ». Jésus ne veut pas être enfermé dans des mots, des catégories. Et cette suggestion (celle de ne pas parler trop vite de Jésus) vaut pour nous aussi, elle est parfois très utile. « Ce n'est pas en me disant Seigneur, Seigneur, que vous serez sauvés, c'est en faisant la volonté de mon Père »

Si vous avez un quelconque élan missionnaire, vous me direz sans doute : moi je ne ferai jamais de miracle ou de guérison miraculeuse. Est-ce tellement sûr ? Le Christ ne dit-il pas, dans l'évangile de Jean : « En vérité, celui qui croit en moi fera lui aussi les oeuvres que je fais ; il en fera même de plus grandes ». Comme Jésus, comme Paul, nous avons tous pour vocation de faire des miracles (eh oui ! au sens populaire du mot) : par une parole bienveillante qui vient du fond du coeur, par un geste de tendresse ou de miséricorde, par un médicament qui convient très bien à telle personne, nous pouvons faire ce qui paraissait impossible au prime abord, guérir physiquement ou psychiquement une personne qui était mal en point. Concluons avec Paul : « Et tout cela, je le fais à cause de l'Évangile, pour bénéficier, moi aussi, du salut »

 

Je ne compte que des nuits de souffrance

Job prit la parole et dit : « Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée, il fait des journées de manœuvre. Comme l’esclave qui désire un peu d’ombre, comme le manœuvre qui attend sa paye, depuis des mois je n’ai en partage que le néant, je ne compte que des nuits de souffrance. À peine couché, je me dis : « Quand pourrai-je me lever ? » Le soir n’en finit pas : je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube. Mes jours sont plus rapides que la navette du tisserand, ils s’achèvent faute de fil. Souviens-toi, Seigneur : ma vie n’est qu’un souffle, mes yeux ne verront plus le bonheur. »

Jb 7, 1-4.6-7

Il est bon de fêter notre Dieu, il est beau de chanter sa louange : il guérit les cœurs brisés et soigne leurs blessures.

Il compte le nombre des étoiles, il donne à chacune un nom ; il est grand, il est fort, notre Maître : nul n’a mesuré son intelligence.

Le Seigneur élève les humbles et rabaisse jusqu’à terre les impies. Entonnez pour le Seigneur l’action de grâce, jouez pour notre Dieu sur la cithare !

Ps 146 (147a), 1.3, 4-5, 6-7

Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !

Frères, annoncer l’Évangile, ce n’est pas là pour moi un motif de fierté, c’est une nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! Certes, si je le fais de moi-même, je mérite une récompense. Mais je ne le fais pas de moi-même, c’est une mission qui m’est confiée. Alors quel est mon mérite ? C’est d’annoncer l’Évangile sans rechercher aucun avantage matériel, et sans faire valoir mes droits de prédicateur de l’Évangile. Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous afin d’en gagner le plus grand nombre possible. Avec les faibles, j’ai été faible, pour gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns. Et tout cela, je le fais à cause de l’Évangile, pour y avoir part, moi aussi.

1 Co 9, 16-19.22-23

Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies

En ce temps-là, aussitôt sortis de la synagogue de Capharnaüm, Jésus et ses disciples allèrent, avec Jacques et Jean, dans la maison de Simon et d’André. Or, la belle-mère de Simon était au lit, elle avait de la fièvre. Aussitôt, on parla à Jésus de la malade. Jésus s’approcha, la saisit par la main et la fit lever. La fièvre la quitta, et elle les servait.

Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal ou possédés par des démons. La ville entière se pressait à la porte. Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies, et il expulsa beaucoup de démons ; il empêchait les démons de parler, parce qu’ils savaient, eux, qui il était.

Le lendemain, Jésus se leva, bien avant l’aube. Il sortit et se rendit dans un endroit désert, et là il priait. Simon et ceux qui étaient avec lui partirent à sa recherche. Ils le trouvent et lui disent : « Tout le monde te cherche. » Jésus leur dit : « Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’Évangile ; car c’est pour cela que je suis sorti. »

Et il parcourut toute la Galilée, proclamant l’Évangile dans leurs synagogues, et expulsant les démons.

Mc 1, 29-39

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