Homélie du 31 janvier 2021

Il enseignait en homme qui a autorité

Dimanche, 4ème Semaine du Temps Ordinaire - Année B

Une homélie de fr. Benoît Standaert

Chers frères et soeurs, vous tous ici présents ou vous tous, bien plus nombreux, qui chez vous êtes en train de nous suivre grâce à internet : bienvenue à cette célébration du dimanche. « Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas votre coeur, comme au désert ».

Ce verset de psaume que nous chanterons après la première lecture, plaisait tout particulièrement à notre Père saint Benoît, qui l'a introduit dans le Prologue de sa Règle. C'est un ajout à lui dans le texte reçu de son prédécesseur. Or il ajoutera un autre verset de psaume tout à la fin, où il est question du « coeur dilaté » qui « court sur la voie des commandements divins ». Certains ont compris ces deux insertions de saint Benoît comme un programme de vie : aller du coeur endurci au coeur dilaté, en passant par un coeur contrit, « brisé et broyé », capable de larmes. Ouvrons au début de cette eucharistie notre coeur, celui que trop souvent nous tenons sur la défense, avec un bouclier, caparaçonné. Laissons la voix du Seigneur nous visiter, nous pénétrer, nous élargir, oui, obtenir ce « coeur dilaté » qui chante et court, libéré. Invoquons le Christ, qui vient aujourd'hui dans notre synagogue pour offrir la liberté aux coeurs endurcis. Kyrie eleison !

Homélie

Chers frères et soeurs.

La première lecture est tirée du livre du Deutéronome. Il s'agit d'un passage qui aura beaucoup de succès dans les prédication des premiers chrétiens. Moïse y annonce la venue d'un prophète comme lui : « Le Seigneur fera se lever un prophète comme moi, au milieu de vous, parmi vos frères ». Et Dieu lui-même le confirme et précise : « Je mettrai dans sa bouche mes paroles et il leur dira tout ce que je lui prescrirai. Écoutez-le ! ». Pour saint Pierre dans les Actes et pour Marc dans son évangile : Jésus est ce nouveau Moïse, prophète de la fin des temps. Il s'agit de l'accueillir avec toute son autorité.

Quand Jésus entre sur scène, chez saint Marc, il est dit « Et il arriva en ces jours-là qu'il vint, Jésus, de Nazareth » (Mc 1,9). Pour Moïse en Exode 2 (v. 11), il est dit : « Et il arriva qu'en ces jours-là il vint, Moïse- » Que va faire Moïse ? Il va voir ses frères qui souffrent, traités en esclaves par de lourdes corvées imposées par le Pharaon. Que va faire le nouveau Moïse ? Descendre dans les eaux du Jourdain et se laisser baptiser par Jean au milieu de la foule qui est venue pour confesser ses péchés. Solidarité de l'un, solidarité de l'autre. Libération par le premier sauveur et prophète, libération par le dernier prophète, comme Moïse !

« Aujourd'hui ne fermez pas votre coeur mais écoutez la voix du Seigneur ».

Saint Paul en 1 Corinthiens 7 offre un éventail de possibilités pour la vie de ses chers Corinthiens. Aujourd'hui on entend une toute dernière éventualité : celle du célibat. « J'aimerais vous voir libres de tout souci ». N'avoir que le souci des affaires du Seigneur et « être attaché au Seigneur sans partage ». La grande Teresa d'Avila a reçu ce message qu'elle reprend plus d'une fois dans ses écrits : « Désormais tes affaires sont mes affaires, et mes affaires sont les tiennes ! » Ce que Paul propose ici vaut plus particulièrement pour certains. Mais à y regarder de plus près, ce qu'il dit vaut pour une part aussi pour tous, dans la logique du baptême. Le baptême nous décroche de la multiplicité et de la contradiction des tendances et désirs en nous. Il nous unifie par une mort au multiple et un attachement à l'Un. Vivre devient « vivre pour Dieu seul ». « Mort au péché » le baptisé « vit à Dieu » (Romains 6).

Dans l'évangile, Jésus entre dans la synagogue. C'est jour de sabbat. On est frappé. Il parle avec autorité ! Pas comme les scribes ! Il rencontre un démoniaque, un possédé d'un esprit impur, qui discerne en Jésus la sainteté de Dieu. « Je sais qui tu es : le Saint de Dieu ! - Tais-toi. Sors de cet homme ! Et cela s'accomplit devant tout le monde ! Tous sont ébahis ! De jamais vu ! Les démons lui obéissent ! Quelle autorité ! pas comme les scribes !

Nous n'aimons pas trop ce genre de récit, avouons-le. Jésus thaumaturge, Jésus exorciste, on veut bien, mais ce n'est tout de même pas l'essentiel ? Nous ne sommes pas les seuls à penser ainsi, puisque déjà le grand Matthieu a quasiment tout repris de ce qu'il a trouvé dans Marc, sauf cet épisode-là. Il a préféré ne pas le reprendre tel quel. Il conservera la finale où les gens sont étonnés et reconnaissent l'autorité de Jésus, parlant non pas comme les scribes, et la placera juste à la fin du long Sermon sur la montagne ! Pour Matthieu Jésus est d'abord un docteur, un interprète original de toute la tradition, de la Loi et des prophètes. Ses guérisons et exorcismes ne font qu'illustrer et confirmer la grandeur de son autorité.

Il n'en est pas de même pour l'évangéliste Marc, celui qu'au cours de cette année liturgique B nous allons lire quasiment intégralement. Pour celui-ci cet épisode est capital. Déjà aux bords du Jourdain Jean-Baptiste avait annoncé « un plus fort » que lui, et attribué cette force à l'Esprit saint. « Moi je vous baptise avec de l'eau ; lui vous baptisera avec l'Esprit saint ». Et de fait, juste après le baptême d'eau, sortant de l'eau, Jésus vit les cieux se déchirer et l'Esprit descendre sur lui, ce même Esprit qui peu après le chassera au désert. C'est là qu'un combat de 40 jours est décrit entre ce Fils, rempli d'Esprit saint et l'autre, le Satan. Au terme de ce combat Jésus sort victorieux : « Il était avec les bêtes sauvages et les anges le servaient ». L'harmonie du début de la création est restaurée : les bêtes sauvages ne le dévorent pas et les anges viennent au service de ce Fils de Dieu. L'ange et la bête sont soumis au nouvel Adam, fils de Dieu, rempli d'Esprit saint.

Quand alors Jésus entre sur scène, le jour du sabbat dans la première synagogue qu'il rencontre, voilà qu'un combat nouveau éclate : un démon impur reconnaît son plus fort dans celui qu'il appelle : « le saint de Dieu ». L'impur se sent menacé par le très Saint : « Es-tu venu pour nous perdre ? ». Il quitte la scène avec fracas et tout le monde s'interroge : « Qui donc est cet homme-là, avec une telle autorité ? Voilà un enseignement nouveau ! Cela ne ressemble en rien à l'autorité des scribes » !

Marc suggère. Il tient à dire que le nouveau Moïse, annoncé dans les Écritures, est monté sur la scène de l'histoire. Les rabbins à l'époque distinguaient deux types d'autorité : celle de Moïse, de type prophétique qui se reliait directement à Dieu et celle des scribes qui passait par la médiation des maîtres, et, telle une chaîne, remontait à Esdras, le scribe par excellence. Esdras lui-même avait reçu son autorité de la génération antérieure qu'on faisait remonter jusqu'aux Juges et à Josué et finalement à Moïse également. Mais Moïse lui devait son autorité « du Sinaï », c'est-à-dire, de personne d'autre excepté Dieu.

Marc nous dit donc en clair : avec Jésus entre un plus fort, rempli de l'Esprit de prophétie, le nouveau Moïse, le dernier prophète, capable de vaincre le démon, les puissances du Mal, le péché. L'évangile est bonne nouvelle d'une victoire. La victoire concerne le Mal sous toutes ses formes : maladie, péché, démons, mort.

À nous désormais d'accueillir Jésus dans notre vie. Sa parole, sa force, sa liberté. Où veut-il nous conduire ? à l'intimité filiale avec Dieu, notre Père. « Alors vous êtes libres », non plus des esclaves, des possédés, des dépendants d'humeurs et de rumeurs.

Retrouver cette intimité et cette liberté. Moïse. Paul. Marc et son évangile pétrinien. « Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, ne fermez pas, n'endurcissez pas votre coeur, comme au désert ». Irénée : Dieu a deux mains - le Verbe et l'Esprit et avec elles, il façonne notre glaise, il marque notre cire. Il faut toutefois veiller à ce que nous soyons malléables. Il y faut de l'humidité. Des larmes. Un coeur brisé et broyé, un coeur contrit, qui a le don des larmes. Alors Dieu peut agir en toute liberté, car il trouve entre ses doigts un coeur docile. Il imprègne notre intériorité, il y laisse ses empreintes, il nous donne la forme libre de son Fils. D'autres le voient, lisent l'indice que Dieu est repassé par-là, et s'en réjouissent.

Oui, reprenons le geste de Jésus et communions à sa propre joie, au don de soi, jusqu'au bout dans la fraction du pain, pour devenir comme lui des témoins de ce que la Parole crée en nous : des hommes et des femmes habitées par la Parole, comme Moïse, comme Paul, comme saint Marc et Jésus lui-même le fils intime de Dieu notre Père. Amen.

Poursuivons notre eucharistie en confessant avec toute l'Eglise, notre synagogue élargie, ce Fils de Dieu, plein d'Esprit saint, Esprit qui a parlé par les prophètes, Esprit qui chasse les puissances du Mal et nous donne le pardon des péchés, la résurrection des morts et la vie du monde à venir.

 

Je ferai se lever un prophète ; je mettrai dans sa bouche mes paroles

Moïse disait au peuple : « Au milieu de vous, parmi vos frères, le Seigneur votre Dieu fera se lever un prophète comme moi, et vous l’écouterez. C’est bien ce que vous avez demandé au Seigneur votre Dieu, au mont Horeb, le jour de l’assemblée, quand vous disiez : « Je ne veux plus entendre la voix du Seigneur mon Dieu, je ne veux plus voir cette grande flamme, je ne veux pas mourir ! » Et le Seigneur me dit alors : « Ils ont bien fait de dire cela. Je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi ; je mettrai dans sa bouche mes paroles, et il leur dira tout ce que je lui prescrirai. Si quelqu’un n’écoute pas les paroles que ce prophète prononcera en mon nom, moi-même je lui en demanderai compte.

Mais un prophète qui aurait la présomption de dire en mon nom une parole que je ne lui aurais pas prescrite, ou qui parlerait au nom d’autres dieux, ce prophète-là mourra. » »

Dt 18, 15-20

Venez, crions de joie pour le Seigneur, acclamons notre Rocher, notre salut ! Allons jusqu’à lui en rendant grâce, par nos hymnes de fête acclamons-le ! Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous, adorons le Seigneur qui nous a faits. Oui, il est notre Dieu ; nous sommes le peuple qu’il conduit le troupeau guidé par sa main. Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? « Ne fermez pas votre cœur comme au désert, comme au jour de tentation et de défi, où vos pères m’ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

94 (95), 1-2, 6-7abc, 7d-9

La femme qui reste vierge a le souci des affaires du Seigneur, afin d’être sanctifiée

Frères, j’aimerais vous voir libres de tout souci. Celui qui n’est pas marié a le souci des affaires du Seigneur, il cherche comment plaire au Seigneur. Celui qui est marié a le souci des affaires de ce monde, il cherche comment plaire à sa femme, et il se trouve divisé. La femme sans mari, ou celle qui reste vierge, a le souci des affaires du Seigneur, afin d’être sanctifiée dans son corps et son esprit. Celle qui est mariée a le souci des affaires de ce monde, elle cherche comment plaire à son mari. C’est dans votre intérêt que je dis cela ; ce n’est pas pour vous tendre un piège, mais pour vous proposer ce qui est bien, afin que vous soyez attachés au Seigneur sans partage.

1 Co 7, 32-35

Il enseignait en homme qui a autorité

Jésus et ses disciples entrèrent à Capharnaüm. Aussitôt, le jour du sabbat, il se rendit à la synagogue, et là, il enseignait. On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes. Or, il y avait dans leur synagogue un homme tourmenté par un esprit impur, qui se mit à crier : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. » Jésus l’interpella vivement : « Tais-toi ! Sors de cet homme. » L’esprit impur le fit entrer en convulsions, puis, poussant un grand cri, sortit de lui. Ils furent tous frappés de stupeur et se demandaient entre eux : « Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent. » Sa renommée se répandit aussitôt partout, dans toute la région de la Galilée.

Mc 1, 21-28

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