Homélie du 10 janvier 2021

Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie

Le Baptême du Seigneur - Année B

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Pour entrer dans cette fête du Baptême du Christ, nous sommes invités à faire à notre tour la démarche de tous ceux qui allaient au Jourdain à l'appel du Baptiste, pour être purifiés de leurs péchés. Il est bon de nous présenter, nous aussi, de cette façon devant le Seigneur, car nous sommes conscients d'être effectivement des pécheurs. C'est une des bonnes façons d'accéder à l'eucharistie. Ce n'est pas la seule, mais elle est également juste. Tournons-nous donc vers la croix du Christ en reconnaissant que nous avons péché de bien des manières, pour qu'il nous reçoive dans sa paix, qu'il restaure en nous un coeur pur et nous rende la joie de son salut.

Homélie

Mc, 1,7-11Dimanche 10 janvier 2021

Si Jésus est allé au Jourdain pour demander le baptême à Jean, ce n'était pas parce qu'il était pécheur. C'était parce qu'il voulait se joindre aux pèlerins en quête d'une purification de leurs péchés. Il a voulu descendre jusqu'au fond de la vallée du Jourdain, — 480 mètres en dessous du niveau de la mer, le point le plus bas de la terre ! — La première démarche de sa vie publique a en effet consisté à rejoindre ceux qui étaient le plus bas. Il a voulu être plongé, comme eux, jusqu'au cou dans ces eaux boueuses du Jourdain, avec tous ces fils perdus de la maison d'Israël. C'était là une démarche étonnante. Même le Baptiste, 'Yohannan l'Immergeur', comme André Chouraqui traduit son nom, ne comprenait pas cette volonté d'être immergé dans le Fleuve et dans la foule des pécheurs. C'était une démarche importante, une de celles que les quatre évangéliste ont retenues, comme ils ont évidemment retenu les récits de la Passion et la Résurrection. Les autres grandes fêtes que nous célébrons, comme Noël, l'Épiphanie, l'Ascension ou la Pentecôte, ne sont relatées que par un ou deux évangélistes. Mais tous les quatre parlent du Baptême. Parce que cette démarche est à la base, sinon à l'origine de toute son action par la suite. Il est venu pour sauver ceux qui étaient perdus. C'est pourquoi il a voulu devenir tout à fait solidaire des pécheurs qu'il rejoignait dans le Fleuve. Et non seulement solidaire, mais en quelque sorte rançon pour les pécheurs, comme le prophète Isaïe l'avait entrevu : « c'étaient nos souffrances qu'il portait ; c'est par nos péchés qu'il a été broyé ».

Et alors, après être descendu au plus bas et au plus obscur de notre humanité, il a pris conscience de la volonté de Dieu sur lui. Cette expérience concrète a été pour lui le moment d'une révélation décisive. Car il est ensuite sorti de l'eau ; Jean a dû l'aider à sortir, et, comme le dit saint Marc, « il a vu le ciel se déchirer et l'Esprit descendre sur lui ». Il a compris à ce moment qu'il était envoyé par l'Esprit saint « pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres et aux captifs la libération ». Et puis il a entendu la voix qui disait : « C'est toi mon Fils bien aimé : en toi j'ai mis tout mon amour ». Il a ainsi réalisé qu'il était le Témoin de ce Père « qui donne son soleil aux bons et aux mauvais et fait tomber la pluie sur les justes et les injustes ». C'était la confirmation de ce qu'il pressentait en suivant son désir d'immersion parmi les pauvres de toutes sortes. Mais là il en a eu la confirmation claire. Dès lors, après encore une retraite au désert de Judée, il a commencé à annoncer le 'Royaume des Cieux', l'amour de son Père.

Si la fête du Baptême du Christ est si importante, c'est donc parce qu'elle est le rappel et la célébration de sa vocation fondamentale d'Emmanuel, Dieu avec nous, « avec nous dans nos épreuves », comme dit le psaume, « pour nous délivrer et nous glorifier ».

Au terme des célébrations de Noël, cette fête nous invite maintenant à entrer dans le mouvement du Christ, le chemin de l'Évangile, qui commence toujours par un abaissement, un service, en solidarité avec tous ceux qui sont abaissés, réduits à des services humiliants.

C'est ainsi que nous pouvons dépasser une certaine fixation sur le péché qui caractérisait jadis la spiritualité. (Et qui prévaut encore quand on croit qu'il faut toujours commencer la célébration de l'eucharistie par un Confitéor.) A ceux qui venaient recevoir le baptême de Jean pour être quitte de leur péché, Jésus indique en effet un chemin paradoxal : pour vous décharger de votre propre péché, prenez sur vous le péché des autres. Oui, « portez les fardeaux les uns des autres ». Comme l'Agneau de Dieu, il s'agit pour nous aussi de « porter, pour les enlever, les péchés du monde ». Au lieu de rester humiliés, blessés, préoccupés par notre culpabilité, commençons par pardonner, pardonner à ceux qui vous ont fait du tort, en prenant sur vous toute votre part de torts, mais aussi leurs torts, tel est le chemin pour être libérés de notre culpabilité. Aussi, dans la prière que Jésus nous enseignera, il redira que notre Père pardonne effectivement à ceux qui qui ont eux-mêmes pardonné : « comme nous avons pardonné à ceux qui nous avaient offensé ».

La première étape sur le chemin à la suite du Christ qui a traversé les eaux du baptême consiste donc à savoir se baisser, pour rejoindre les derniers. C'est ainsi que nous pouvons au mieux entrer dans le mouvement de l'Évangile et le mystère du Dieu venu ici-bas. Bien sûr, pour bien comprendre l'Évangile, il faut le lire, l'étudier, le prier, mais pour le comprendre tout à fait, il nous faut nous engager concrètement dans un geste, comme a fait Jésus. En particulier le geste de s'abaisser. Quand il a voulu nous faire comprendre l'essentiel de la volonté de son Père, il s'est en effet abaissé au plus bas, au niveau des pieds de ses disciples, pour les laver, et il a ajouté : « Comprenez-vous ce que j'ai fait pour vous ? (-) Vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres ; car c'est un exemple que je vous ai donné- » Ensuite seulement, Jésus a révélé à ses disciples le coeur de son message. Et c'est aussi alors qu'il leur a confié le soin de continuer le geste du partage du pain, en mémoire de toute sa vie, de sa mort et de sa résurrection.

Récemment, en parlant à des personnes engagées au service des enfants malades, le pape François a dit : « Pour comprendre la réalité de la vie, il faut s'abaisser, comme nous nous abaissons pour embrasser un enfant. Ils nous enseignent cela. Les orgueilleux, les superbes ne peuvent pas comprendre la vie, car ils ne sont pas capables de s'abaisser. »

Mais pour continuer le mouvement de l'Évangile, il faut ensuite, aussi savoir nous relever. L'Évangile ne nous demande pas de rester continuellement courbés ! Et nous chantons : « Redressez-vous, levez la tête, car votre délivrance est proche. » Le mouvement qui caractérise toute la vie de Jésus aboutit en effet à la résurrection. Et de même toute la vie chrétienne est une vie 'baptismale'. Bien sûr, nous n'avons été baptisés qu'une seule fois, mais à longueur de vie, nous refaisons d'abord ces humbles gestes de nous plonger en quelque sorte dans un service attentionné. Et puis, chaque fois que nous nous redressons, comme au sortir des eaux, nous pouvons, nous aussi, aider nos frère et soeurs à se redresser, quand ils en ont besoin.

Nous pourrons alors aller jusqu'au bout de ce que nous enseigne l'évangile d'aujourd'hui et comprendre que Dieu est notre Père, comme Jésus l'a réalisé en sortant du Jourdain. Oui, mes soeurs, mes frères, la parole la plus importante de l'évangile, la parole qui peut nous relever et nous permettre d'aller avec confiance sur le chemin ouvert par le Seigneur Jésus, c'est ce que dit le Père à chacun, à chacune d'entre nous : « Tu es mon fils, ma fille bien-aimé, en toi j'ai mis tout mon amour ! »

 

Venez à moi, et vous vivrez ; je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle

Ainsi parle le Seigneur : Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer. Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses, vous vous régalerez de viandes savoureuses ! Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle : ce sont les bienfaits garantis à David. Lui, j’en ai fait un témoin pour les peuples, pour les peuples, un guide et un chef. Toi, tu appelleras une nation inconnue de toi ; une nation qui ne te connaît pas accourra vers toi, à cause du Seigneur ton Dieu, à cause du Saint d’Israël, car il fait ta splendeur.

Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu’il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu qui est riche en pardon. Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, – oracle du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées.

La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission.

Is 55, 1-11

Voici le Dieu qui me sauve : j’ai confiance, je n’ai plus de crainte. Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ; il est pour moi le salut.

Rendez grâce au Seigneur, proclamez son nom, annoncez parmi les peuples ses hauts faits ! Redites-le : « Sublime est son nom ! »

Jouez pour le Seigneur, il montre sa magnificence, et toute la terre le sait. Jubilez, criez de joie, habitants de Sion, car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël !

Is 12, 2, 4bcd, 5-6

L’Esprit, l’eau et le sang

Bien-aimés, celui qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est né de Dieu ; celui qui aime le Père qui a engendré aime aussi le Fils qui est né de lui. Voici comment nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu : lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements. Car tel est l’amour de Dieu : garder ses commandements ; et ses commandements ne sont pas un fardeau, puisque tout être qui est né de Dieu est vainqueur du monde. Or la victoire remportée sur le monde, c’est notre foi. Qui donc est vainqueur du monde ? N’est-ce pas celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? C’est lui, Jésus Christ, qui est venu par l’eau et par le sang : non pas seulement avec l’eau, mais avec l’eau et avec le sang. Et celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit, car l’Esprit est la vérité. En effet, ils sont trois qui rendent témoignage, l’Esprit, l’eau et le sang, et les trois n’en font qu’un. Nous acceptons bien le témoignage des hommes ; or, le témoignage de Dieu a plus de valeur, puisque le témoignage de Dieu, c’est celui qu’il rend à son Fils.

1 Jn 5, 1-9

Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie

En ce temps-là, Jean le Baptiste proclamait : « Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ; je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »

En ces jours-là, Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée, et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain. Et aussitôt, en remontant de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe. Il y eut une voix venant des cieux : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »

Mc 1, 7-11

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