Homélie du 13 décembre 2020

Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas

Dimanche, 3ème Semaine de l'Avent DE GAUDETE - Année B

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Ce troisième dimanche de l'Avent est le dimanche de la joie : Gaudete ! Le prophète Isaïe nous annonce : « Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. » Et saint Paul : « Frères, soyez toujours dans la joie ! » Et puis, en contraste, l'évangile nous présente la figure de Jean-Baptiste, un personnage austère, hirsute, excentrique, qui vit comme un sauvage. Il n'est vraiment pas rigolo, mais plutôt effrayant. Alors, comment mettre ensemble frayeur et joie ? Comment ce Jean-Baptiste nous prépare-t-il à la joie de Noël, si douce et si paisible ? Décidément la liturgie nous mène à hue et à dia ! Elle se plait à nous présenter des contrastes violents entre des réalités apparemment irréconciliables. Comment les accueillir ensemble ?

Et si c'était là précisément la réalité de notre vie ? toute la réalité de notre monde, si contrastée, et cependant à toujours unifier ? N'est-ce pas là, précisément notre tâche ?

Ces lectures (d'Isaïe, Paul et Jean) sont en tout cas l'occasion pour nous demander quelle sera notre joie de Noël. Il est vrai que la joie de cette saison est souvent vécue comme une trêve, une parenthèse. Elle nous invite, semble-t-il, à un peu fermer les yeux, au moins pendant quelques jours, sur toutes les réalités si souvent effrayantes de notre monde, -- quitte à exorciser notre inquiétude par quelques générosités. Mais nous savons bien que là n'est pas la vraie joie.

Il ne faut pas confondre joie et bonheur. Tant mieux si le bonheur nous échoit. Il ne faut pas bouder son plaisir. Rendons grâce à Dieu pour tout le bonheur que nous recevons. Mais l'expérience nous rappelle combien il est fragile. La moindre contradiction peut le blesser ; un petit contretemps le détruit. Il est comme un ballon qu'une piqure d'épingle dégonfle. Au contraire la joie n'exclue jamais ce qui nous semble la troubler. Je crois même qu'elle n'existe que lorsque nous accueillons toute la réalité. C'est pourquoi elle peut bien exister au milieu des douleurs et même des contrariétés.

La joie parfaite se trouve dans l'accueil inconditionnel.

Dans cet esprit nous pouvons maintenant jeter un nouveau regard sur Jean-Baptiste. Au premier abord, il ne semblait effectivement pas très doué pour la joie ! Et cependant ! Trois mois avant sa naissance il bondissait déjà d'allégresse dans le sein de sa mère. Je n'en connais pas beaucoup qui aient connu une telle expérience. Et, à l'autre bout de sa vie, la dernière parole que les évangiles aient retenue de lui est tout aussi surprenante. C'est au chapitre 3 de l'évangile selon saint Jean : « Je ne suis pas le Christ, moi, mais je suis envoyé devant lui. Qui a l'épouse est l'époux ; mais l'ami de l'époux qui se tient là et qui l'entend, est ravi de joie à la voix de l'époux. Voilà ma joie ; elle est maintenant parfaite. Il faut qu'il grandisse, et que moi je diminue. » Ainsi toute sa vie est encadrée par ces expériences de grand joie.

C'est ainsi qu'il nous révèle une clef essentielle pour accéder à la joie.

Il nous révèle que la joie nous vient d'ailleurs : elle nous est toujours donnée ; nous ne la possédons pas, et, d'ailleurs, quand nous voulons l'agripper, elle s'évanouit. Il nous révèle aussi que la joie nous est toujours donnée par une rencontre. C'est à la rencontre de Jésus que Jean-Baptiste a bondi d'allégresse, lors de la visitation de Marie, enceinte de Jésus. Et c'est encore en se tenant près de son ami, en l'entendant, qu'il est ravi de joie et connait la joie parfaite. Oui ! sa joie lui vient d'ailleurs. Il ne la prend pas, elle lui est donnée, désormais imprenable.

A une première lecture la page d'évangile selon saint Jean que nous avons entendu aujourd'hui semble peu éclairante à ce propos. Jean-Baptiste ne fait que dire : « Je ne suis pas... ». Il ne se définit qu'en creux, parce qu'il vit pour un autre. Mais de son point de vue cette situation est pure joie : il a reconnu en Jésus celui que tous attendent et ne voient pas. « Il y a parmi vous celui que vous ne connaissez pas. » Mais lui l'a reconnu et il a même compris que Jésus de Nazareth était celui qui « est envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le coeur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance et aux captifs la liberté, annoncer une année de bienfaits, accordée par le Seigneur. » Tout son désir, toute sa joie est que le Seigneur Jésus se révèle, qu'il soit enfin reconnu, qu'il grandisse, acquière toute sa stature. Il est heureux de diminuer, pour lui céder la place. Le langage des icônes illustre cela très bien. Les icônes du Christ le représentent toujours de face ; saint Jean-Baptiste, lui, est généralement représenté de profil, tourné vers son Seigneur.

En évoquant Jean-Baptiste et sa joie si particulière, je retiens deux invitations évangéliques pour célébrer la fête de Noël qui nous est donnée.

Et tout d'abord celle de ne pas séparer la joie de Noël d'avec toute la réalité de notre monde, proche ou lointain. Il ne faudrait pas essayer de protéger la joie en effaçant ce qui semble la contredire : elle ne sera jamais gagnée au prix d'une anesthésie du coeur. Il y a tant de raisons d'être préoccupés, inquiets, incapables de nous réjouir, pour des raisons personnelles, familiales ou plus vastes encore. Il ne s'agit pas de les escamoter, mais bien de les envisager avec objectivité, pour y répondre le plus justement possible, — mais aussi sans oublier tout ce qui, par ailleurs, est bon et beau. On peut ainsi développer non seulement la patience, mais aussi la bienveillance active. La 'bienveillance' ou 'volonté de bien' dont il sera question à Noël dans le cantique des anges qui chantent « la gloire de Dieu et sa bienveillance pour les hommes auxquels il apporte la paix ». La bienveillance qui est pour saint Paul (dans un autre texte) la manifestation la plus évidente de notre joie. C'est une façon d'envisager toute la réalité qui nous est donnée, mais dans un contexte d'action de grâces

Ainsi donc nous ne sommes pas seulement capables de connaitre une vraie joie, nous sommes aussi appelés à la répandre autour de nous. C'est là une deuxième invitation qui nous est faite en ce temps de Noël. Il est dit en effet : « Réjouissez-vous ! » C'est un impératif, pas seulement une invitation, mais un commandement. On peut évidemment se demander : est-il possible de commander ce qui est aussi spontané et libre ? On pourrait d'ailleurs aussi se demander comment il peut nous être demandé : « Aimez-vous les uns les autres ! ». Aimer est encore plus spontané et libre, et, cependant, c'est un commandement ! Mais pour nous en tenir au Gaudete, je crois que le Seigneur nous demande effectivement, surtout en ce temps, d'attester, comme a fait Jean-Baptiste, qu'il y a aussi une autre réalité qui nous dépasse et dont nous sommes les témoins : la fidélité de Dieu et sa bénédiction sur nous, jamais reprise. Notre monde ne se limite pas à notre existence. L'Évangile ouvre toujours plus largement notre horizon. Par notre prière, notre hospitalité, notre sérénité, nous pouvons offrir comme une bouffée d'oxygène à ceux que nous rencontrons.

En conclusion, nous nous rappelons que jadis on a voulu annoncer l'évangile en répétant ses exigences et en martelant ses mises en garde. Et on s'étonne que cela n'intéressait plus beaucoup les gens. Mais aujourd'hui, surtout en ce temps de l'Avent, nous entendons notre pape François nous redire : la seule annonce de l'Évangile est l'annonce de « la joie de l'Évangile » (Evangelii gaudium). On n'entend pas d'autre. Si notre vie selon l'évangile n'est pas caractérisée par cette joie, même une joie à travers les larmes, c'est qu'elle n'a encore entendu que la première partie du message de Jean-Baptiste- Suivons-le jusqu'au bout, pour faire à notre tour l'expérience de sa joie parfaite !

En partageant nos prières et le pain de Dieu, soyons donc ces témoins lucides, réalistes, mais habités par l'espérance du Royaume que nous accueillons et auquel nous collaborons, pleins de joie.

 

Je tressaille de joie dans le Seigneur

L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur.

Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. Car il m’a vêtue des vêtements du salut, il m’a couverte du manteau de la justice, comme le jeune marié orné du diadème, la jeune mariée que parent ses joyaux. Comme la terre fait éclore son germe, et le jardin, germer ses semences, le Seigneur Dieu fera germer la justice et la louange devant toutes les nations.

Is 61, 1-2a.10-11

Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse.

Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.

Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour

Lc 1, 46b-48, 49-50, 53-54

Que votre esprit, votre âme et votre corps soient gardés pour la venue du Seigneur

Frères, soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. N’éteignez pas l’Esprit, ne méprisez pas les prophéties, mais discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de toute espèce de mal. Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers ; que votre esprit, votre âme et votre corps, soient tout entiers gardés sans reproche pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ. Il est fidèle, Celui qui vous appelle : tout cela, il le fera.

1 Th 5, 16-24

Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas

Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière.

Voici le témoignage de Jean, quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : « Qui es-tu ? » Il ne refusa pas de répondre, il déclara ouvertement : « Je ne suis pas le Christ. » Ils lui demandèrent : « Alors qu’en est-il ? Es-tu le prophète Élie ? » Il répondit : « Je ne le suis pas. – Es-tu le Prophète annoncé ? » Il répondit : « Non. » Alors ils lui dirent : « Qui es-tu ? Il faut que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu sur toi-même ? » Il répondit : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Redressez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe. » Or, ils avaient été envoyés de la part des pharisiens. Ils lui posèrent encore cette question : « Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es ni le Christ, ni Élie, ni le Prophète ? » Jean leur répondit : « Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ; c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale. »

Cela s’est passé à Béthanie, de l’autre côté du Jourdain, à l’endroit où Jean baptisait.

Jn 1, 6-8.19-28

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