Homélie du 29 novembre 2020

Veillez, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison

1er Dimanche de l'Avent - Année B

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Le temps de l'Avent est le temps de la Venue du Seigneur. Il n'est pas seulement une préparation à sa venue à Noël ; c'est un temps où l'on est plus attentif à toutes ses venues, depuis les temps les plus reculés et jusqu'à la fin des temps.

Précisément, dimanche passé, dans l'évangile selon saint Matthieu, c'était très clair : les dernières paroles que Jésus a prononcées, avant d'entrer dans sa Passion, étaient : « Ce que vous avez fait au plus petit d'entre mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. » Oui, il vient parmi nous dans le plus petit ; il est toujours là ! Encore faut-il que nous nous en rendions compte !

Ce dimanche nous entendons aussi les dernières paroles de Jésus avant d'entrer dans sa Passion, cette fois dans l'évangile selon saint Marc : « Je le dis à tous : Veillez ! ». Effectivement, pour voir les venues du Seigneur qui passent si souvent inaperçues, il faut être vraiment éveillé. Nous savons d'expérience que nous pouvons passer à côté de situation qui appellent notre intervention, mais que nous ne les voyons pas. Je crois donc que nous devons recevoir ensemble ces dernières paroles de Jésus avant sa Passion, comme les ont retenu Matthieu et Marc, car, pour ne pas manquer de voir Jésus dans nos frères et soeurs, il nous faut aussi être sobres et veiller. Nous découvrons même que ces paroles récapitulent bien tout l'évangile et toute notre vie à la suite de Jésus-Christ.

Voyons donc l'évangile d'aujourd'hui, et demandons-nous plus précisément : Qu'est-ce que 'veiller' ? Veiller tard, quand nous prolongeons la soirée pour continuer une rencontre, une conversation, un travail, un film ? Ou bien nous réveiller plus tôt, pour prier, pour être bien disposé à commencer la journée qui nous est donnée ? Le premier type d'éveil est une attention plus précise, l'autre est une ouverture plus large. Les deux sortes de veille sont importants pour vivre selon l'évangile. Mais le corps du texte d'aujourd'hui évoque le deuxième type d'éveil.

Il y est question de notre attention au moment de la venue du Seigneur, un 'moment favorable' (kairos), mais un moment que nous ne connaissons pas d'avance. Il nous faut donc veiller dans l'ignorance. Quand Jésus nous demande de 'veiller', il nous invite d'abord à développer cette attention ouverte au 'temps' qui nous est donné, pour être capable d'en tirer tout le parti. Je pense ici à ce qu'il disait ailleurs sur l'attention aux 'signes du temps' (Lc 12, 54-56). Or cette attention largement ouverte nous permet précisément de percevoir les appels qui sont adressés autour de nous, venant de toutes les directions, et à tout moment. Cependant c'est dans l'ignorance. N'est-ce pas aussi l'ignorance des disciples qui demandent : « Quand est-ce que nous t'avons vu avoir faim et t'avons donné à manger ? » Oui, la 'veille', l'attention que Jésus nous demande ici est cette ouverture tous azimuts, cet éveil tout autour de nous, libre de toute préoccupation individuelle, pour pouvoir répondre librement, spontanément à ce qui nous sera demandé, quand nous rencontrerons quelqu'un qui a faim ou soif, ou a besoin d'une visite-

Notons encore que pour être effectivement vif et chaleureux, ce regard évangélique que nous portons sur nos soeurs et frères doit baigner dans une attention paisible, priante, méditative. Et je pense ici aussi à l''éveil' bouddhique qui n'est pas une fuite dans le nirvana, comme on le pense parfois, mais une ouverture, une attention portée à tous les êtres vivants. La vigilance que celui qu'on a appelé l'Éveillé propose n'est pas loin de celle que nous demande l'évangile. Elle suppose une grande liberté par rapport à nos préoccupations personnelles, même par rapport à nos sentiments, notre compassion et notre bonne volonté. Car il nous faut aussi ce que j'appellerais la 'disponibilité à l'inconnu', celle que développe une prière paisible ou la méditation.

Mais je dois ajouter ici que ce seul type d'éveil méditatif, — indispensable, — ne suffit pas. Revenons donc au début de l'évangile que j'ai lu. Jésus reconnait que le ciel et la terre passeront, mais il nous demande de porter toute notre attention sur ses « Paroles qui ne passeront pas ». Or ses paroles sont précises, tranchantes même, et bien connues. Il s'agit donc ici de l'autre façon de veiller. Car il y a deux façons de veiller, comme je vous le disais en commençant.

À côté de cette ouverture tous azimut pour accueillir l'inconnu, Jésus nous demande aussi, à certains moments, une attention précise sur ses Paroles ; et en ce cas, il s'agit de concentrer notre attention, de la focaliser sur des appels précis, comme « Vous ne pouvez pas servir deux maîtres, Dieu et l'Argent » ou « Priez pour vos ennemis » ou encore « Qui cherche à sauver sa vie la perdra ; qui perd sa vie la trouvera ». Ce sont là des paroles nettes, parfois difficiles ; il ne faut pas y échapper ! Mais nous pouvons les étudier, les approfondir, pour voir comment les mettre en oeuvre. C'est la lectio divina. Une attention priante

Nous pouvons conclure que ce temps de l'Avent que nous inaugurons aujourd'hui nous est donné pour renouveler notre façon de veiller, — toutes les façons de veiller, — pour accueillir la Venue de notre Seigneur.

En effet, de dimanche en dimanche, ou même chaque jour, la liturgie nous offre d'abord un choix de Paroles qui précisent le conditions de sa venue, telles que données par Isaïe et les autres prophètes, puis par le Précurseur, Jean-Baptiste et enfin par la Vierge Marie elle-même. Il y a là une occasion pour renouveler notre lectio divina sur des textes particulièrement interpellants.

Et, après la liturgie de la Parole, nous pouvons encore vivre plus intensément sa venue, car il s'agit alors d'accueillir le Seigneur qui vient mystérieusement dans le partage du pain. En communiant à son partage, en offrant à notre tour tout ce que nous sommes, sans toujours savoir à quoi cela nous mènera, il nous éveille à la vraie vie. Et en vivant tous les mystères du Christ de sa Naissance à sa Passion, nous pourrons aboutir à la célébration de sa Pâque. Nous pouvons alors entendre l'appel qu'il adresse à nous aussi : « Éveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi, et le Christ t'illuminera. » (Eph 5,14)

 

Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais !

C’est toi, Seigneur, notre père ; « Notre-rédempteur-depuis-toujours », tel est ton nom. Pourquoi, Seigneur, nous laisses-tu errer hors de tes chemins ? Pourquoi laisser nos cœurs s’endurcir et ne plus te craindre ? Reviens, à cause de tes serviteurs, des tribus de ton héritage. Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais, les montagnes seraient ébranlées devant ta face.

Voici que tu es descendu : les montagnes furent ébranlées devant ta face. Jamais on n’a entendu, jamais on n’a ouï dire, nul œil n’a jamais vu un autre dieu que toi agir ainsi pour celui qui l’attend. Tu viens rencontrer celui qui pratique avec joie la justice, qui se souvient de toi en suivant tes chemins. Tu étais irrité, mais nous avons encore péché, et nous nous sommes égarés. Tous, nous étions comme des gens impurs, et tous nos actes justes n’étaient que linges souillés. Tous, nous étions desséchés comme des feuilles, et nos fautes, comme le vent, nous emportaient. Personne n’invoque plus ton nom, nul ne se réveille pour prendre appui sur toi. Car tu nous as caché ton visage, tu nous as livrés au pouvoir de nos fautes. Mais maintenant, Seigneur, c’est toi notre père. Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l’ouvrage de ta main. – Parole du Seigneur.

Is 63, 16b-17.19b ; 64, 2b-7

Berger d’Israël, écoute, resplendis au-dessus des Kéroubim ! Réveille ta vaillance et viens nous sauver.

Dieu de l’univers, reviens ! Du haut des cieux, regarde et vois : visite cette vigne, protège-la, celle qu’a plantée ta main puissante.

Que ta main soutienne ton protégé, le fils de l’homme qui te doit sa force. Jamais plus nous n’irons loin de toi : fais-nous vivre et invoquer ton nom !

79 (80), 2ac.3bc, 15-16a, 18-19

Nous attendons de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ

Frères, à vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ. Je ne cesse de rendre grâce à Dieu à votre sujet, pour la grâce qu’il vous a donnée dans le Christ Jésus ; en lui vous avez reçu toutes les richesses, toutes celles de la parole et de la connaissance de Dieu. Car le témoignage rendu au Christ s’est établi fermement parmi vous. Ainsi, aucun don de grâce ne vous manque, à vous qui attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ. C’est lui qui vous fera tenir fermement jusqu’au bout, et vous serez sans reproche au jour de notre Seigneur Jésus Christ. Car Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à vivre en communion avec son Fils, Jésus Christ notre Seigneur.

1 Co 1, 3-9

Veillez, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Prenez garde, restez éveillés : car vous ne savez pas quand ce sera le moment. C’est comme un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et demandé au portier de veiller. Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin ; s’il arrive à l’improviste, il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis. Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »

Mc 13, 33-37

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