Homélie du 22 novembre 2020

Il siégera sur son trône de gloire et séparera les hommes les uns des autres

Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l'Univers - Année A

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Bien chers soeurs et frères.

Bienvenue à vous tous, dans le cercle de notre commu-nauté, vous qui nous voyez à partir de l'écran, grâce à la connexion internet. C'est fête aujourd'hui ! On célèbre le Christ, Roi de l'univers, dernier dimanche de l'année liturgique. Dans une semaine nous serons embarqués dans la belle montée vers Noël : l'Avent sera commencé, début d'une toute nouvelle année liturgique!

Or la liturgie nous éduque : elle place comme point final de l'année une grande fête christique. Un peu comme dans l'architecture ancienne, l'abside des églises était remplie par un grand Christ tout-puissant-pantocrator. C'est vers lui qu'on marche toute l'année et quand recommencera l'année nouvelle, chaque année le premier dimanche de l'Avent on nous replace devant la même perspective : le Christ, Fils de l'homme, qui vient sur les nuées, victorieux. Il règne, il régnera, il est ce que dans notre foi nous espérons vivement : le roi qui pour l'univers entier apporte pardon, justice, paix.

Nous n'y sommes pas encore mais dans l'espace liturgique on vibre déjà de ce qui est promis et espéré ! Tournons-nous, comme d'ha-bitude, vers le Christ qui remplit du haut la croix notre abside de Clerlande : il règne à partir de la croix, tout son corps transmettant une force sereine, une vie pacifique, un pardon qui nous purifie au plus secret de notre coeur. Invoquons-le avec foi pour tout notre monde malade et si incertain quant à son futur. Kyrie, eleison !

Homélie.

Chers frères et soeurs.

Qu'est-ce qu'il y avait quand il n'y avait encore rien ? Et qu'est-ce qu'il y aura quand ce sera la fin de tout ? La Bible aime ces questions que trop souvent nous n'avons plus le temps de nous poser. Oui, les enfants nous les posent, avec candeur, innocence et grand sérieux dans leur regard ouvert !

La liturgie est un lieu où on s'essaie de répondre à ces questions, avec plusieurs modèles qui se complètent, parfois se contredisent et obligent ainsi à poursuivre la réflexion. Nous sommes dans l'année A qui est l'année de saint Matthieu. Dans une semaine nous commencerons l'année B et ce sera saint Marc qui sera au menu pendant toute une année. Matthieu connaît Marc. Il a bien enregistré que pour Jésus il y a une fin absolue de l'histoire et de toutes nos histoires, et ce sera quand viendra le Fils de l'homme sur les nuées avec ses saints anges. Il reprend cette représentation solennelle qui se rattache au livre de Daniel 7. Jésus répète bien trois fois dans le seul évangile de Marc que le futur absolu vers lequel nous marchons, est cette venue du Fils de l'homme en puissance et en gloire ! La liturgie, pour boucler l'année matthéenne, place cette page conclusive du cinquième et dernier grand discours de Jésus dans Matthieu. C'est un discours trois fois plus long que celui parallèle en Marc ! Et la finale est éblouissante : Jésus y parle du même Fils de l'homme qui vient en gloire, sur son trône : il est Roi, il est Berger, il est Juge, il est le Fils qui salue d'abord les bénis de son Père : « Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde ». On est tout à la fin de l'histoire et on rappelle ce qui était préparé depuis avant la création du monde ! ça, c'est du Matthieu ! Vues larges, s'il en est ! Il y a un royaume à la fin qui était déjà préparé au tout début ! Notre vie, pauvre, humble, hésitante, rongée peut-être par des souvenirs d'échecs, de manques, de maladies, est destinée à un Royaume ! Accueillons avec surprise cette première révélation : sur bien des icônes le Christ tient un évangile ouvert et le texte qu'on peut y lire est assez souvent : « Venez, les bénis de mon Père. Recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde » !

Mais voilà que ce grand roi, assis sur son trône, avec une gloire qui pourrait nous écraser, voilà qu'il se met à dire à la première personne, au passé : j'avais faim, j'avais soif, j'étais étranger, j'étais nu, j'étais malade, j'étais en prison- Ceux qui l'écoutent, ne comprennent pas. Vraiment toi, tu étais là, ainsi parmi nous ? Un jour, nous de même, nous dit Matthieu, nous serons abasourdis : « Mais quand donc t'avons-nous vu nu, malade, en prison, ayant faim et soif ? » Or l'important n'est pas de l'avoir reconnu car aussi bien ceux qui ont fait du bien que ceux qui ne l'ont pas fait, ignorent au moment même qu'ils sont passés à côté du Frère christique, présent en toute cette humanité souffrante, si nombreuses à l'époque de Matthieu mais combien plus nombreuse encore aujourd'hui en novembre 2020. Nous serons jugés non pas sur notre reconnaissance du Christ dans le pauvre mais sur nos actes, sur le moindre « verre d'eau que l'on donne à l'un des ces plus petits de mes frères » (Mt 10).

Saint Benoît dans sa Règle était fasciné par cette page biblique, peut-être bien celle à laquelle il fait le plus fréquemment référence. L'hôte, le malade, les enfants, les vieillards, l'étranger et quiconque est en marge de la communauté sont des élus pour le regard du législateur. En eux, dit-il, on rencontre le Christ, et l'accueil se fait avec les sentiments du Christ. Dans la rencontre, quand elle se vit de la façon la plus juste, c'est le Christ qui rencontre le Christ. L'hôte est le Christ, reçu par l'hôtellier avec des entrailles christiques ; le malade est visité car le Christ a dit : « J'étais malade et vous m'avez visité » mais dans le visiteur le malade, dit saint Benoît, reçoit près de son lit le passage du Christ qu'il doit honorer comme Dieu.

Le Christ matthéen est grand, grave, juge sévère, assis sur son trône de gloire. Mais en ce moment même de sa révélation en gloire, il se dit et se montre nu, affamé, assoiffé, malade, en prison. Toujours chez Matthieu on peut noter le passage du plus élevé au plus humble, du plus grand au plus petit, du plus lointain au plus proche. Ainsi est Dieu et ainsi Matthieu a ressaisi la figure même du Christ. Cela devrait nous remplir à la fois d'une saine crainte de Dieu et d'une immense confiance : « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau et je vous soulagerai ! Prenez mon joug et apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur et vous serez consolés. Oui, je suis avec vous, dans une proximité qui vous guérit et vous sauve, tous les jours, jusqu'à la fin du monde ».

Chers frères et soeurs.

Allons de l'avant, marchons vers cette fin, avertis et pleins de confiance. Redécouvrons les gestes humbles auprès des plus petits, des isolés dans leur chambre à cause du Covid, téléphonons, envoyons un petit paquet avec quelque surprise amusante qui réjouit, partageons une lecture, offrons un cierge, une pomme du jardin, une belle feuille morte. Ayant contemplé le Roi doux et humble de coeur, rayonnons dans tout notre monde la patience et l'inventivité d'une charité alerte et généreuse. Amen.

 

Toi, mon troupeau, voici que je vais juger entre brebis et brebis

Ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que moi-même, je m’occuperai de mes brebis, et je veillerai sur elles. Comme un berger veille sur les brebis de son troupeau quand elles sont dispersées, ainsi je veillerai sur mes brebis, et j’irai les délivrer dans tous les endroits où elles ont été dispersées un jour de nuages et de sombres nuées. C’est moi qui ferai paître mon troupeau, et c’est moi qui le ferai reposer, – oracle du Seigneur Dieu. La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître selon le droit. Et toi, mon troupeau – ainsi parle le Seigneur Dieu –, voici que je vais juger entre brebis et brebis, entre les béliers et les boucs.

Ez 34, 11-12.15-17

Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre ; il me conduit par le juste chemin pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis ; tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ; j’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours.

Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6

Il remettra le pouvoir royal à Dieu le Père, et ainsi, Dieu sera tout en tous

Frères, le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. En effet, de même que tous les hommes meurent en Adam, de même c’est dans le Christ que tous recevront la vie, mais chacun à son rang : en premier, le Christ, et ensuite, lors du retour du Christ, ceux qui lui appartiennent. Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père, après avoir anéanti, parmi les êtres célestes, toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance. Car c’est lui qui doit régner jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort. Et, quand tout sera mis sous le pouvoir du Fils, lui-même se mettra alors sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis, et ainsi, Dieu sera tout en tous.

1 Co 15, 20-26.28

Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l'avez fait

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche.

Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi ! » Alors les justes lui répondront : « Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? tu étais malade ou en prison… Quand sommes- nous venus jusqu’à toi ? » Et le Roi leur répondra : « Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »

Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : « Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges. Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité. » Alors ils répondront, eux aussi : « Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, avoir soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ? » Il leur répondra : « Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait. »

Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. »

Mt 25, 31-46

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