Homélie du 13 septembre 2020

Je ne te dis pas de pardonner jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois

24ème dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Une homélie de fr.

Les Évangiles parlent souvent de pardon et de réconciliation, parce que Jésus sait combien cette démarche est décisive pour la conversion à l'Évangile. Cette exigence est toujours d'actualité, à grande échelle, bien sûr, mais si nous voulons bien regarder notre vie quotidienne, nous devons reconnaitre qu'il n'est pas non plus facile d'accueillir pleinement, « de tout son coeur » ceux avec lesquels nous vivons.

>Charles de Foucauld disait :

« Donner, c'est difficile.
Se donner est encore beaucoup plus difficile.
Mais pardonner ! Qui en est capable ? Le pardon, le don parfait est en effet le paroxysme du don.
»

Il est vrai que nous ne pardonnons pas spontanément. Mais l'évangile d'aujourd'hui est très clair : « Si vous ne pardonnez pas de tout coeur... » Comment pouvons-nous entendre cet évangile ?

Il faut, je crois, d'abord distinguer deux situations :
Le pardon mutuel
Le pardon unilatéral

Dans le premier cas il y a eu, par exemple, une dispute ou même une rupture, mais une initiative de réconciliation est prise et accueillie de part et d'autre. C'est alors (relativement) facile. Ensemble il est possible de trouver la façon de dépasser la cause de la dispute. Il ne s'agit donc pas d'« oublier l'erreur du prochain », comme le pensait le Siracide. Pardonner n'est pas remettre le compteur à zéro, et « nul et non advenu » ! Non ! le tort est bel et bien advenu ; la blessure est bien réelle. Mais la cicatrice qui reste est désormais la référence à la réconciliation qui a suivi. Elle est le rappel d'une étape dans la construction d'un plus grand amour. On peut alors dire : « Heureuse faute qui nous valut un tel dépassement ! ». Il faut seulement nous entraider à ne pas avoir peur de parler, comme le Père Martin le disait dimanche passé, en commentant l'évangile qui précède celui d'aujourd'hui.

Mais quand le pardon n'est pas réciproque, tout devient beaucoup plus difficile. Où trouver la force de pardonner unilatéralement ?

Notre monde est empoisonné par ces torts commis, et dont personne ne veut accepter la responsabilité. Les souvenirs accumulés d'injustice, de trahison, d'humiliation ou d'exploitation finissent par créer un climat de soupçon qui affecte toutes les relations, et qui se transmet de génération en génération. Certains alors ne peuvent plus y vivre et sont prêts à tout casser.

Mais il n'est même pas nécessaire de parler ici de terroristes ou de dictateurs qui attisent la colère de tout un peuple. À beaucoup plus petite échelle nous remarquons parfois comment notre entourage peut être pollué par de vieux ressentiments, des rancoeurs recuites, des désirs de vengeance latents, provoqués par des expériences de mensonge, de mépris ou d'indifférence. Tant dans nos relations interpersonnelles que dans nos communautés il peut y avoir de telles situations qui entravent la vie pleinement heureuse, qui bloquent certains contacts et aboutissent finalement à la résignation, sinon à un certain cynisme. Comment alors assainir ce climat qui nous paralyse ?

C'est ici que l'évangile d'aujourd'hui peut nous aider. Jésus nous y invite à rester dans le mouvement, le mouvement qui traverse tout l'Évangile.

« Aimez-vous les uns les autres, — comme je vous ai aimés. »
« Vous avez reçu gratuitement, — donnez gratuitement. »
« Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié, — comme moi j'ai eu pitié ? »
« Pardonne-nous nos offenses, — comme nous pardonnons... »

Dans le cas où il n'y a pas de réciprocité dans le pardon, le plus grand risque que nous courrons est précisément de nous enfermer dans cette situation bloquée, désespérante. Or Jésus nous dit : restez dans le mouvement. Rappelez-vous que vous avez vous-mêmes été pardonnés, et de plus encore. Oui, si nous sommes un peu lucides, nous savons que nous avons-nous-mêmes beaucoup à nous faire pardonner. Il ne s'agit pas de nous culpabiliser, mais simplement de mieux prendre conscience de notre dette : nous avons beaucoup reçu, — à commencer par la vie reçue de nos parents ! Nous ne pourrons jamais rendre autant que nous avons reçu : nous serons toujours en dette. Alors, au lieu de céder à une mentalité de plainte et de revendication, parce que nous pensons que tout nous est dû, nous pouvons développer un climat de bienveillance et de gratitude. Notez : je ne dis pas qu'il faut tout tolérer benoitement, justifier l'hypocrisie et excuser l'exploitation du faible. On sait avec quelle fermeté Jésus a dénoncé tout cela. Mais ce qui importe est ce climat relationnel porté par un mouvement où nous savons que nous sommes les premiers à avoir besoin qu'on nous remette nos dettes et où nous ne commençons pas par revendiquer la justice la plus rigoureuse pour assurer nos propres droits.

Et dans ce climat dynamique les torts reçus et pour lesquels notre partenaire ne pense pas à nous à nous demander pardon, ces torts ne sont pas escamotés comme par enchantement. Les blessures demeurent, seulement elles peuvent désormais être situées dans un ensemble. Elles sont peut-être très graves, mais elles finissent par ne plus occuper tout le champ de notre conscience et elles ne peuvent plus nous bloquer dans le ressentiment et la rancoeur. Elles ne risquent plus de s'envenimer et de gâcher toute notre vie.

Mais cela n'est possible que dans un climat de prière. Car c'est la prière qui nous permet de rester dans le mouvement. Les paroles de Jésus entendues aujourd'hui suivent immédiatement sa remarque entendue dimanche passé : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d'eux ». Car c'est dans la prière que nous pouvons réaliser combien Dieu nous aime et qu'il nous a aimés le premier. Et nous découvrons alors que le pardon nous précède et nous suit toujours.

Aussi dans la prière que le Seigneur nous a enseignée, le 'Notre Père', la demande de pardon est une des quatre demandes essentielles. Nous avons besoin de pardon, comme nous avons besoin de pain et de liberté, vis-à-vis du mal. Fondamentalement le Père pardonne le premier, comme cela apparait clairement dans la parabole, mais ensuite, dans le 'Notre Père', nous sommes aussi appelés à prendre l'initiative de donner le pardon et de le recevoir : « pardonne-nous comme nous pardonnons ».

Je me suis demandé, en préparant cette homélie, comment mettre ensemble ces initiatives, celle du Père (dans la parabole) et la nôtre (dans le 'Notre Père'). N'est-ce pas un peu contradictoire ? En méditant plus longuement, j'ai mieux compris qu'en vivant selon l'Évangile nous baignons dans un climat d'amour réciproque. Nous portons les fardeaux les uns des autres. Nous ne nous demandons plus qui donne et qui reçoit, qui perd et qui gagne à ce marché. Jésus sait que nous avons constamment besoin d'être pardonnés et que nous sommes mis en demeure de pardonner à notre tour, tout au long du jour, et « jusqu'à 70 x 7 x ». Il nous invite à construire une vie tout entière portée par le pardon mutuel et la gratitude réciproque. Mais alors, dans ce climat d'humble complicité, nous pouvons vraiment « vaincre le mal par le bien ». Et nous pouvons libérer notre coeur de la peur. Parce que nous découvrons que, mystérieusement, cette volonté de pardonner existe finalement « au fond du coeur » de chacun des humains.

Oui, le pardon est difficile, il est le paroxysme du don, mais nous en sommes capable et nous sommes même invités à le réveiller au besoin autour de nous dans des situations difficiles. Oui, mes soeurs, mes frères, dans ce monde de violence et d'exclusions, à notre place, modeste, significative, — indispensable, — nous pouvons être les témoins de la beauté du pardon. Nous pouvons être des « ouvriers de la paix et des bâtisseurs d'amour ».

En suivant l'évangile de St Matthieu, dans la suite de dimanche passé, il est encore question aujourd'hui de la vie entre fr et sr, de l'accueil, du pardon mutuel. Je pense ici à ce qui est dit un peu plus haut dans ce même évangile : « Quand tu portes ton offrande à l'autel, (ce que nous faisons en ce moment) si tu te souviens---- » N.B. -.. ton frère : Il ne s'agit pas de ma culpabilité, Jésus ne dit pas que je devrais d'abord faire mon confiteor, pour me présenter les mains pures dev le Seigneur, mais il se préoccupe du climat d'entente entre ffr-.. Dans notre assemblée qui veut prier, c'est la 1ère chose qui importe en ce moment. Quand donc nous nous tournons vers la croix, pensons à tous nos ffr et sr, ici rassemblés, à tous ceux auxquels nous sommes liés d'une façon ou d'une autre, bonne ou mauvaise, et présentons à Dieu notre désir d'aimer-

Nous avons rendu grâce au Seigneur, autant que nous le pouvons, et maintenant nous voulons partager cette grâce reçue.

Nous commençons donc par prier comme le Seigneur Jésus nous l'a enseigné, en offrant du fond du coeur le pardon les uns aux autres. Alors nous pourrons aussi partager le pain, la présence de Dieu qui nous aime.

 

Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis

Rancune et colère, voilà des choses abominables où le pécheur est passé maître. Celui qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur ; celui-ci tiendra un compte rigoureux de ses péchés. Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis. Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme, comment peut-il demander à Dieu la guérison ? S’il n’a pas de pitié pour un homme, son semblable, comment peut-il supplier pour ses péchés à lui ? Lui qui est un pauvre mortel, il garde rancune ; qui donc lui pardonnera ses péchés ? Pense à ton sort final et renonce à toute haine, pense à ton déclin et à ta mort, et demeure fidèle aux commandements. Pense aux commandements et ne garde pas de rancune envers le prochain, pense à l’Alliance du Très-Haut et sois indulgent pour qui ne sait pas.

Si 27, 30 – 28, 7

Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être ! Bénis le Seigneur, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits !

Car il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ; il réclame ta vie à la tombe et te couronne d’amour et de tendresse.

Il n’est pas pour toujours en procès, ne maintient pas sans fin ses reproches ; il n’agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses.

Comme le ciel domine la terre, fort est son amour pour qui le craint ; aussi loin qu’est l’orient de l’occident, il met loin de nous nos péchés.

Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 9-10, 11-12

Si nous vivons, si nous mourons, c’est pour le Seigneur

Frères, aucun d’entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur. Car, si le Christ a connu la mort, puis la vie, c’est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants.

Rm 14, 7-9

C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère

En ce temps-là, Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois. Ainsi, le royaume des Cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. Il commençait, quand on lui amena quelqu’un qui lui devait dix mille talents (c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent). Comme cet homme n’avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette. Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : « Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout. » Saisi de compassion, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette.

Mais, en sortant, ce serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait cent pièces d’argent. Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant : « Rembourse ta dette ! » Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait : « Prends patience envers moi, et je te rembourserai. » Mais l’autre refusa et le fit jeter en prison jusqu’à ce qu’il ait remboursé ce qu’il devait. Ses compagnons, voyant cela, furent profondément attristés et allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé. Alors celui-ci le fit appeler et lui dit : « Serviteur mauvais ! je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ? » Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait.

C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. »

Mt 18, 21-35

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