Homélie du 6 septembre 2020

S’il t’écoute, tu as gagné ton frère

23ème dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Une homélie de fr. Martin Neyt

Mes soeurs, mes frères, soyez les bienvenus

Ce temps que nous vivons est un nouvel apprentissage à aimer. Certains ont même comparé le confinement à la vie monastique. Il nous ramène à l'essentiel, nous écarte des distractions mondaines, nous incite à chercher le sens de notre vie. L'amour ne fait rien de mal au prochain et aimons notre prochain comme nous-mêmes, nous redira St Paul.

Cette pandémie nous rappelle aussi que le mal existe, que l'homme n'en est pas directement responsable, qu'il doit veiller à ne pas y participer ni l'amplifier. Et bien sûr, qu'aucun sentiment de culpabilité ne tient devant ce fait.

Quand on se convertit, le voile est enlevé, écrit saint Paul (2 Cor 3. 16). Or, le Seigneur, c'est l'Esprit et là où l'Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté. Et nous tous, nous reflétons la gloire du Seigneur et nous sommes transformés en son image. Tournons nous vers sa Croix et que son Visage nous illumine chaque jour davantage.

Homélie

Dans son chapitre 18, l'Evangéliste Matthieu relie les soucis qu'il rencontre dans la communauté qui est la sienne aux enseignements de Jésus. Ces paroles de Jésus que nous entendons aujourd'hui, dans notre Eglise plutôt silencieuse, s'accordent-elles au confinement qui nous est imposé ?

C'est un fait que nous avons tous vécu le confinement alors que nous ne présentions aucun signe d'une maladie et ce mystérieux virus nous a obligés à vivre reclus dans nos logements. C'était, nous disait-on, le meilleur moyen d'endiguer ce fléau et de protéger nos contemporains. Chaque jour apportait son lot de décès et d'hospitalisations. Les médias ne connaissaient que cela et propageaient les mauvaises nouvelles à chaque instant : la peur avec son lot d'angoisses. La déstabilisation de la société était dominante.

Chrétiens, nous sommes devenus tout-à-coup responsables de la santé de l'autre avec un paradoxe : autrui se révèle être mortifère pour nous. Afin d'éviter d'être contaminés, nous avons une nouvelle pratique de distanciation. Nous pouvons être celui qui est atteint et celui qui propage le virus. Le masque est encore le signe visible que nous pouvons être dangereux. Les gestes d'affection et les embrassades nous sont interdits.

Chrétiens, nous avons été obligés par injonction à ne plus nous rendre dans nos lieux de célébration et même à ne plus pouvoir communier de Pâques à la Pentecôte et même après. Les restrictions sur le nombre des personnes admises dans nos églises sont encore valables. Dans la première lecture, le prophète Ezéchiel nous appelle à être des guetteurs de l'aube. Que signifie de nos jours cet appel ?

Face à nous-mêmes, nous sommes appelés à nous resituer dans notre foi et nos pratiques, à trouver un nouvel équilibre. Certes, les prêtres et les moines ont été parfois créatifs pour accueillir leurs hôtes, partageant même les célébrations dominicales par un écran télévisé interposé. Des chrétiens découvrent alors l'eucharistie sans présence physique, sans communion. Nous avons fait preuve d'adaptation et d'ingéniosité. Nous pourrions encore faire mieux en offrant le pain eucharistique à ceux qui le demandent.

St Paul nous dit : « N'ayez aucune dette envers qui que ce soit. Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Sur cet aspect, Matthieu insiste dans l'Eglise de son temps sur trois points :

- Si vous ne devenez pas comme des enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume de Dieu. Les enfants, les petits, les personnes âgées ou malades ont la priorité dans le Royaume de Dieu ;

- Ceux qui font du tort à ces petits, mieux vaut qu'on leur attache au cou une grosse meule et qu'on les précipite dans l'abîme de la mer ;

- Nous sommes aussi invités à encourager nos frères qui ont péché et à nous réunir pour prier en son nom.

Il faut savoir que dans les décisions prises par l'Etat, les réalités spirituelles - et donc la vie des chrétiens dans l'Eglise, ne sont pas considérés comme prioritaires. La pratique religieuse (tant par les politiques et l'opinion publique) est vue comme « facultative ». Pourtant, L'Eglise possède de l'Etat cette liberté à gérer sa pratique dans l'espace public. Les religions n'ont-elles pas vocation à être universelles et de ne pas être considérées comme catégories ?

Les chrétiens, guetteurs de l'aube du Royaume de Dieu, trouvent leur appartenance à la vie de l'Eglise comme à celle d'un monastère par la prière. Cette prière anime le coeur de nos communautés par le souffle de l'Esprit. Invoquons l'Esprit saint qui nous conduit au Christ Jésus et ayons foi dans sa Parole : « Je vous le déclare encore si deux d'entre vous, sur la terre, se mettent ensemble pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux. Car là où deux ou trois sont réunis en mon Nom, je suis au milieu d'eux ». Nous sommes conduits au Père par le Christ dans l'Esprit.

Que nous est-il demandé dans notre prière en ce temps de pandémie ? Je pense, d'abord, de reconnaître dans nos frères le visage du Christ, d'y découvrir la face du Seigneur au-delà des masques et des peurs.

Il nous est demandé aussi de songer aux petits et aux faibles. Comme l'a admirablement souligné Marie de Hennezel, dans nos homes et devant la mort, n'ayons pas peur. Soyons des êtres humains, des chrétiens aussi. Nous avons à lutter contre ce qui est inhumain et à témoigner de notre foi dans le Christ ressuscité.

Je ne nie pas les précautions et la prudence, mais accompagner les siens jusqu'au bout fait peur aux Européens et c'est un devoir qui s'inscrit dans les racines de l'humain, de l'humanité. Oui, nous avons à nous resituer dans notre foi chrétienne et dans nos pratiques.

Le confinement nous a mis à nu. Nous avons découvert en quoi et en qui nous croyons. La vie envahie par la peur mène à notre propre destruction. Prenons ce temps d'épreuve comme la découverte d'une formidable liberté et vivons de cette parole de saint Paul : « N'ayez d'autre dette envers qui que ce soit, sinon celle du prochain. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Quand nous partagerons le corps du Christ, prions aussi pour ceux et celles qui ne reçoivent pas cette présence qui est au coeur de ce que le Christ nous demande de vivre jusqu'à son retour ».

 

Si tu n’avertis pas le méchant, c’est à toi que je demanderai compte de son sang

La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part. Si je dis au méchant : ‘Tu vas mourir’, et que tu ne l’avertisses pas, si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sang. Au contraire, si tu avertis le méchant d’abandonner sa conduite, et qu’il ne s’en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie. »

Ez 33, 7-9

Venez, crions de joie pour le Seigneur, acclamons notre Rocher, notre salut ! Allons jusqu’à lui en rendant grâce, par nos hymnes de fête acclamons-le !

Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous, adorons le Seigneur qui nous a faits. Oui, il est notre Dieu ; nous sommes le peuple qu’il conduit.

Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? « Ne fermez pas votre cœur comme au désert, où vos pères m’ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

Ps 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9

Celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi

Frères, n’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel, car celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi. La Loi dit : Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas de vol, tu ne convoiteras pas. Ces commandements et tous les autres se résument dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. L’amour ne fait rien de mal au prochain.

Donc, le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour.

Rm 13, 8-10

S’il t’écoute, tu as gagné ton frère

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain. Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel.

Et pareillement, amen, je vous le dis, si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »

Mt 18, 15-20

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