Homélie du 15 août 2020

Heureuse la mère qui t’a porté en elle !

Assomption de la Vierge Marie -

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Nous célébrons aujourd'hui la fin de la vie de Marie, mais l'évangile raconte des faits qui concernent les débuts. C'est le cas de presque tous les textes qui la concernent. Nous célébrons plus volontiers le 'oui' prononcé à l'Annonciation ; nous méditons sur la grâce, la promptitude, l'entière nouveauté de sa foi. L'image privilégiée de la Vierge Marie (cf. la statue) est celle d'une jeune maman qui porte fièrement son enfant. Et le mois apparemment le plus adapté pour la fêter est le mois de mai, le mois des fleurs.

Mais aujourd'hui, pour célébrer sa fête la plus solennelle, nous sommes dans le mois des moissons. Il ne faudrait pas oublier que, si Marie est associée aux fleurs, elle est plus encore celle qui a porté, qui a donné le Fruit (« et le fruit de tes entrailles est béni »). Aujourd'hui donc ce n'est pas une jeune maman que nous fêtons, mais une personne âgée qui achève sa vie, entourée de quelques disciples fidèles. Toutes les grâces de Dieu qu'elle a reçues et gardées dans son coeur, nous savons qu'aujourd'hui elle les moissonne en gloire. Et résonnent de façon plus pleine les versets du Magnificat : « Désormais tous les âges me diront bienheureuse-Son amour s'étend d'âge en âge ».

Mais quelle est cette gloire ? Et comment entrer dans cette fête ?

Rappelons-nous qu'avant d'être la fête de l'Assomption et du Couronnement de la Vierge au ciel, il s'agit aujourd'hui de la Dormition de la B.V.M., c'est-à-dire de sa mort sereine (cfr. L'icône). Nous sommes donc invités à d'abord méditer sur la Dormi-tion qui est en quelque sorte le versant terrestre du mystère, tandis que l'Assomption inaugure le versant céleste.

Or que voit-on sur cette icône ? Marie se repose sur un lit. Elle s'abandonne entre les mains de son Sei-gneur : elle donne un ultime consentement à la volonté de Dieu. Ce dernier fiat était comme un écho du pre-mier, par lequel elle est entrée dans cette surprenante collaboration avec Dieu. Et cette collaboration a conti-nué durant toute sa vie, jusqu'au jour où, en se cou-chant dans la mort, elle a remis son esprit.

Mais il ne suffit pas de bien commencer. Nous sommes également invités, aujourd'hui en particulier, à prononcer cet autre fiat, ? ce même fiat,? pour l'accomplissement de cette collaboration avec Dieu.

Oui, cette fête nous invite tous à élargir et équili-brer notre vie pour Dieu. Comme je le disais en com-mençant, nous sommes spontanément plus attentifs aux commencements, à la grâce du premier départ, à la candeur du nouveau-né. Nous remontons volontiers aux sources de notre amour. Et partir semble plus beau que revenir, ? surtout quand il s'agit de revenir de va-cances ! Et cependant il ne faudrait pas vivre unique-ment les commencements prometteurs. Il y a peut-être un certain désespoir inavoué à ne vouloir vivre que d'espoir. Il est vrai que, quand nous avons fini un tra-vail, nous sommes souvent déçus. Mais nous ne de-vrions pas avoir peur des accomplissements, des re-tombées.

La fête de la Dormition nous invite précisément à dépasser cette peur secrète d'être déçus à l'arrivée. Elle nous pousse à marcher avec confiance vers le terme, à l'exemple de Marie qui a été jusqu'au bout de sa vie, comme symbolisée par le cierge qui achève de se con-sumer. Il est vrai que cette acceptation de la volonté de Dieu au terme du travail, au terme de la vie, se fait souvent dans des circonstances plus difficiles, dans des situations plus pesantes et plus opaques, voire plus compromises, alors que les débuts étaient légers et lu-mineux. Le consentement demandé ici ne consiste plus à accepter d'entreprendre un travail risqué, mais bien à accueillir les difficultés quotidiennes, la souffrance, la maladie, l'âge, parfois la solitude ou la séparation. N'est-ce pas la situation de nombreuses personnes parmi nous ? Elles ont terminé leur mission, du moins apparemment. Elles ont terminé l'éducation de leurs enfants, leur tâche dans la société et elles disparaissent de la scène, considérées comme désormais peu utiles, peu productives-

Or nous savons que Marie a continué à vivre long-temps ainsi. Son rôle dans l'histoire du salut était ter-miné, apparemment. Mais on la revoit au pied de la croix et elle est encore avec les apôtres à la Pentecôte. La suite de son pèlerinage sur terre n'a pas été sans im-portance ; sa présence n'a pas été anecdotique, rési-duelle. C'est la période de sa vie où elle a pu 'aimer jusqu'au bout' et où son amour a atteint son accomplis-sement dans une prière inlassable pour l'Eglise, pour tous les humains. Il ne faudrait jamais dissocier trois images de la Vierge :

• La jeune Marie de Nazareth qui a mis au monde et éduqué Jésus ;

• La femme, debout au pied de la croix ;

• La mère de Jésus en prière avec les apôtres au Cé-nacle.

C'est la dernière image d'elle dans le Nouveau Testa-ment. Nous savons que Marie a continué à vivre ainsi, (vraisemblablement) pendant de nombreuses années, dans la prière, pour que l'Esprit de Jésus vienne et agisse dans l'Eglise et le monde. Et de fait, sur l'icône nous voyons Marie toujours en prière, entourée des apôtres, comme au jour de la Pentecôte. Elle nous rap-pelle qu'une telle prière qui se consume est essentielle pour la vie du monde. Une telle existence, au-delà de l'efficacité mesurable, est même essentielle pour que soient gardées les vraies valeurs.

Et quand le pèlerin arrive enfin tout à fait au terme de son voyage, il est fourbu, 'rendu', tout abandonné, mais c'est précisément ainsi qu'il peut soudain décou-vrir la vraie beauté du sanctuaire dans lequel il pénètre. C'est alors qu'il découvre cette gloire qui surpasse tout ce qu'il avait prévu et tout ce qu'il avait imaginé pour se donner le courage d'aller.

Il ne faut pas vouloir trop décrire cette gloire, ? la gloire de Marie et la gloire qui nous est promise, ? toutes ces descriptions restent évidemment dérisoires. Mais nous pouvons déjà la pressentir au creux de notre abandon, quand nous découvrons, comme Marie, que « le Puissant a fait pour moi des merveilles ».

 

Une Femme, ayant le soleil pour manteau et la lune sous les pieds

Le sanctuaire de Dieu, qui est dans le ciel, s’ouvrit, et l’arche de son Alliance apparut dans le Sanctuaire.

Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et la torture d’un enfantement. Un autre signe apparut dans le ciel : un grand dragon, rouge feu, avec sept têtes et dix cornes, et, sur chacune des sept têtes, un diadème. Sa queue, entraînant le tiers des étoiles du ciel, les précipita sur la terre. Le Dragon vint se poster devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l’enfant dès sa naissance. Or, elle mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les conduisant avec un sceptre de fer. L’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son Trône, et la Femme s’enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place. Alors j’entendis dans le ciel une voix forte, qui proclamait : « Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! »

Ap 11, 19a ; 12, 1-6a.10ab

Écoute, ma fille, regarde et tends l’oreille ; oublie ton peuple et la maison de ton père : le roi sera séduit par ta beauté.

Il est ton Seigneur : prosterne-toi devant lui. Alors, les plus riches du peuple, chargés de présents, quêteront ton sourire.

Fille de roi, elle est là, dans sa gloire, vêtue d’étoffes d’or ; on la conduit, toute parée, vers le roi.

Des jeunes filles, ses compagnes, lui font cortège ; on les conduit parmi les chants de fête : elles entrent au palais du roi.

Ps 44, (45), 11-12a, 12b-13, 14-15a, 15b-16

En premier, le Christ ; ensuite, ceux qui lui appartiennent

Frères, le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. En effet, de même que tous les hommes meurent en Adam, de même c’est dans le Christ que tous recevront la vie, mais chacun à son rang : en premier, le Christ, et ensuite, lors du retour du Christ, ceux qui lui appartiennent. Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père, après avoir anéanti, parmi les êtres célestes, toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance. Car c’est lui qui doit régner jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort, caril a tout mis sous ses pieds.

1 Co 15, 20-27a

D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?

En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. »

Marie resta avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.

Lc 1, 39-56

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