Homélie du 9 août 2020

Ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux

19ème dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Une homélie de fr. Benoît Standaert

Bienvenue à vous tous, chers frères et soeurs, ici présents ou grâce à internet, en communion avec notre assemblée. Le monde entier a été secoué cette semaine par l'explosion à Beyrout au Liban. Comment prier sans avoir présent à l'esprit, cette tragédie humaine, avec plus de cent morts, des milliers de blessés et ces 300.000 personnes qui en quelques secondes se sont retrouvées au milieu de ruines- Pensons à toute l'aide déployée par médecins, infirmiers, secouristes, et à la solidarité qui vient de partout. Le Liban est devenu, bien malgré lui, le centre de l'attention humaine universelle et que notre prière, si pauvre soit-elle, prenne à coeur ce drame et invoque au nom de tous le Dieu de la vie, et ce Christ sauveur, victorieux du Mal. Invoquons-le en nous tournant vers la Croix et en reconnaissant notre misère et notre immense besoin de salut. Kyrie eleison.

Homélie

Bien chers frères et soeurs.

Le fragment du cycle du prophète Élie que nous avons entendu comme première lecture, nous replace dans un des moments les plus critiques de la vie du prophète. Lui, l'homme de feu, le zélote terrible qui a liquidé pas moins de cinq cents prophètes de Baal au pied du mont Carmel, voilà qu'il s'est enfui. Il a peur. La reine Jézabel a décidé de le tuer à son tour. Il a traversé tout le pays, du Nord au Sud, et est allé bien au-delà de Béer Shéva, marchant quarante jours et quarante nuits dans le désert jusqu'à la montagne de Moïse. Là il a trouvé la grotte du prophète qui est à l'origine de toute la foi dans le Seigneur unique. Et Dieu l'appelle à ce moment-là : « Sors et tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur, car il va passer » ! Elie va rencontrer son Dieu, déclarant en force combien il est habité par un zèle et un amour jaloux pour le seul Dieu vivant, mais qu'il est aussi absolument le seul fidèle et on lui en veut à mort. Dieu va passer. Et passant il va se révéler tel qu'il est. Prépare-toi !

Eh ! voilà qu'il y eut « un ouragan qui fendait les montagnes et brisait les rochers- Mais le Seigneur n'était pas dans l'ouragan. Puis un tremblement de terre- mais le Seigneur n'était pas dans le tremblement de terre. Puis un feu, mais le Seigneur n'était pas dans le feu ». Où est le Seigneur ? Tout ce qui passe devant lui n'est pas encore lui-même ! Elie avait un lien avec ces puissances cosmiques, lui qui pouvait faire tomber le feu du ciel ou fermer ce même ciel pendant trois années pleines sans une goutte de pluie qui tombe- Mais Dieu n'est plus là. Dieu éduque son prophète à mourir à une représentation du divin pour découvrir quoi ? Par-delà ces manifestations toutes en puissance - ouragan, tremblement de terre et feu - « il y eut, dit le texte, la voix d'un silence pénétrant » ! Un parfait paradoxe : voix d'un silence, et d'un silence fin et pénétrant comme une aiguille. Élie est touché, il sort, le dialogue reprend, sa mission est renouvelée. Il doit oindre un roi à Aram et un roi en Israël, puis oindre un successeur comme prophète. L'histoire reprend. Et Dieu ajoute : « Et sache que par-delà toutes les victimes des purifications à venir, il y aura encore 7.000 qui n'ont pas plié les genoux devant Baal » ! Elie reçoit un avenir, une mission et surtout d'autres yeux : il voit maintenant ce que dans son zèle ardent il était incapable de voir : il y en a encore sept mille qui n'ont pas plié leurs genoux devant Baal !

Renaître à une autre vision de Dieu. Non plus un Dieu du plein mais un Dieu paradoxal qui se communique en passant par la porte de l'humilité, par la voix du silence, par ce que saint Paul découvrira à son tour : « Ma grâce te suffit. Ma force se révèle dans la faiblesse ». Peut-être que c'est bien ce qu'il nous faut réentendre aujourd'hui au milieu du désastre dont nous sommes témoins au Liban.

La deuxième lecture nous fait entendre le même Paul qui s'exprime également au coeur d'un des points les plus pénibles de sa vie d'apôtre. Il songe à sa famille, à ses coreligionnaires, à son peuple, peuple de l'alliance, peuple des promesses messianiques et de l'espérance. Or il constate que le mouvement chrétien a un succès énorme chez des païens mais bute sur une résistance quasiment complète chez les gens de son peuple. Que deviendra-t-il d'eux ? « Dieu les aurait-il oubliés, rejetés », et « la Parole de Dieu aurait-elle échoué » ? Il va se débattre avec ces questions pendant trois chapitres qu'il vaut la peine de relire d'une traite : Romains 9 à 11. Or vous verrez qu'il trouve un élément précieux de la réponse dans l'histoire même d'Elie. Car lui aussi, Paul, zélote animé d'un feu sacré, a pu croire : je suis le seul qui sois resté fidèle ! Mais non, Dieu lui ouvre les yeux, et Paul cite, en se sentant consolé, le passage où Dieu dit à Élie : « Je me suis réservé sept mille hommes, ceux qui n'ont pas fléchi le genou devant Baal ».

Ces hommes de Dieu, au bout de leurs épreuves, découvrent au creuset même de ce qu'ils vivent de plus pénible, une étincelle d'espoir qui leur donne de reprendre vie. Un des évêques du Liban insistait dans son message : « et que surtout les jeunes ne tombent pas dans la désespérance ». Redonner vie et espoir malgré tant, malgré tout, notamment aux plus jeunes, c'est bien ce que fait l'Écriture quand nous l'écoutons jusqu'au bout.

Ces deux premiers textes ont été choisis en écho avec l'évangile du jour, où Matthieu a inséré un paragraphe très original qui met en jeu saint Pierre. C'est la nuit, on traverse le lac mais le Seigneur est absent. Le vent est contraire, la barque est battue par les vagues. On lutte sans voir clair du tout. Jésus « est monté dans la montagne pour prier à l'écart. Il était là, seul », dit le texte. Étrange tableau qui devient soudain comme un miroir pour nous. Dieu serait-il ailleurs, dans la nuit actuelle où nous voguons contre les éléments qui nous détruisent- ?

Vient alors comme pour Elie et comme pour Moïse le moment où Dieu « passe ». Ce passage se répète ici, sur le lac, avec Jésus marchant sur les eaux. Qui dit « passage » dit aussi « révélation ». Mais les disciples crient, ne reconnaissent rien ni personne, croient au fantôme ! Notre désarroi peut prendre des formes analogues. Vient alors la voix : « Confiance. C'est moi, n'ayez pas peur ». C'est alors que Pierre ose le dialogue : « Si c'est bien toi, Seigneur, dis-moi de venir à toi, sur l'eau ». Il entend clairement : « Viens » ! Et il marche- « mais, dit le texte, devant la violence du vent il eut peur, et commençant à couler, il s'écria : Seigneur sauve-moi ! Aussitôt, tendant la main, Jésus le saisit » ! il est sauvé. « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ! »

Croire, croire un peu, croire beaucoup, douter tout de même, douter beaucoup ? Douter et croire l'un dans l'autre ? Un proverbe oriental dit : « Si tu as assez de foi et si tu as assez de doute, alors tu peux entrer dans la grande lumière ». Voilà une sagesse qui peut nous aider à relire ce passage. Pierre s'est risqué dans la foi et connaissant le doute, il a crié avec foi : Seigneur, sauve-moi ! Et il a expérimenté comme jamais auparavant la poigne solide, ferme de son Seigneur et sauveur. De nouveau, comme pour Élie et Paul, à l'extrémité de l'épreuve il peut se révéler à nous juste le contraire.

Chers frères et soeurs, à l'école d'Elie, de Paul et de Pierre, nous pouvons regarder en face bien des épreuves qui nous assaillent, proches ou lointaines. La peur qui nous prend à la gorge, ils l'ont vécue eux aussi. Mais leurs témoignages nous inoculent un au-delà surprenant, une espérance paradoxale : « C'est quand je suis faible que je suis fort », dira Paul ailleurs, avec joie ! Et « Heureux êtes vous, écrira saint Pierre, même quand on vous outrage pour le nom du Christ, car l'Esprit de gloire qui est l'Esprit de Dieu repose sur vous ». « Espérer contre toute espérance », voilà la force dont parlent les Ecritures et qu'il s'agit de rejoindre par l'humilité de la foi au coeur de nos histoires actuelles éprouvantes. Faisons un moment silence avant de réciter ensemble notre credo et de célébrer les gestes de Jésus qu'il posa avec foi avant de mourir.

 

Tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur

En ces jours-là, lorsque le prophète Élie fut arrivé à l’Horeb, la montagne de Dieu, il entra dans une caverne et y passa la nuit. Le Seigneur dit : « Sors et tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur, car il va passer. » À l’approche du Seigneur, il y eut un ouragan, si fort et si violent qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, mais le Seigneur n’était pas dans l’ouragan ; et après l’ouragan, il y eut un tremblement de terre, mais le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre ; et après ce tremblement de terre, un feu, mais le Seigneur n’était pas dans ce feu ; et après ce feu, le murmure d’une brise légère. Aussitôt qu’il l’entendit, Élie se couvrit le visage avec son manteau, il sortit et se tint à l’entrée de la caverne.

1 R 19, 9a.11-13a

J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ? Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles. Son salut est proche de ceux qui le craignent, et la gloire habitera notre terre.

Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent ; la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice.

Le Seigneur donnera ses bienfaits, et notre terre donnera son fruit. La justice marchera devant lui, et ses pas traceront le chemin.

Ps 84 (85), 9ab-10, 11-12, 13-14

Pour les Juifs, mes frères, je souhaiterais être anathème

Frères, c’est la vérité que je dis dans le Christ, je ne mens pas, ma conscience m’en rend témoignage dans l’Esprit Saint : j’ai dans le cœur une grande tristesse, une douleur incessante. Moi-même, pour les Juifs, mes frères de race, je souhaiterais être anathème, séparé du Christ : ils sont en effet Israélites, ils ont l’adoption, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses de Dieu ; ils ont les patriarches, et c’est de leur race que le Christ est né, lui qui est au-dessus de tout, Dieu béni pour les siècles. Amen.

Rm 9, 1-5

Ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux

Aussitôt après avoir nourri la foule dans le désert, Jésus obligea les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. Quand il les eut renvoyées, il gravit la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul. La barque était déjà à une bonne distance de la terre, elle était battue par les vagues, car le vent était contraire.

Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils dirent : « C’est un fantôme. » Pris de peur, ils se mirent à crier. Mais aussitôt Jésus leur parla : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez plus peur ! » Pierre prit alors la parole : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » Jésus lui dit : « Viens ! » Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais, voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt, Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et ils lui dirent : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »

Mt 14, 22-33

pageData
Array
(
    [page] => Array
        (
            [title] => Homélie
            [description] => 
            [headerLogo] => Array
                (
                )

        )

    [description] => Monastère Saint-André de Clerlande
)
GET
Array
(
    [page] => liturgie
    [page2] => homelie
    [page3] => 12188
    [page4] => 
)
tooltip