Homélie du 19 juillet 2020

Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson

16ème dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Une homélie de fr. Benoît Standaert

Bienvenue à vous tous, chers soeurs et frères, en ce dimanche où la liturgie nous invite à une réflexion de sagesse, de patience, de lucidité et de courage. Nous avons tous besoin de ces qualités et vertus dans le temps que nous vivons depuis des mois. « Soyez forts, prenez courage », nous disent à plusieurs endroits les Psaumes. Oui, confions-nous à Celui dont le nom signifie « le Seigneur sauve », et invoquons-le, Jésus-Sauveur, avec grande confiance. Kyrie eleison.

Homélie

Commençons par réaliser combien nous sommes pauvres, démunis de tout, et contemplons du coup Dieu, avec tous ses attributs, révélés à Moïse, pour rejoindre l'histoire et ses conflits.

La première lecture de ce dimanche donne le ton. On nous a lu un extrait du livre de la Sagesse de Salomon. L'auteur contemple Dieu en lui-même, tout en nuances. Dieu n'est pas fana. Il aime toutes les oeuvres qu'il a créées, il veille, il attend avec une immense patience. Toujours il espère la conversion et sans cesse il est disposé à pardonner. Avec cette intelligence de qui est Dieu, le sage revient alors sur l'histoire vécue pour éclairer ce qui s'y passe. Osons faire la même chose : partir de la contemplation pour illuminer lucidement notre vécu.

Un même mouvement traverse le Psaume 86. Commençons par réaliser combien nous sommes pauvres, démunis de tout, et contemplons du coup Dieu, avec tous ses attributs, révélés à Moïse, pour rejoindre l'histoire et ses conflits. Dieu qui est bon et pardonne, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d'amour et de vérité. Et rejoignons à partir de là, la vie, l'histoire, les épreuves même, la densité de notre vécu personnel et communautaire.

De Paul, dans la deuxième lecture, la liturgie n'a retenu que deux versets. Mais ce sont les plus grands, ceux que toute la tradition a médité inlassablement chaque fois qu'il est question de la prière.Au départ Paul souligne notre radicale incapacité de prier. « Nous ne savons pas prier comme il faut ! » Il s'agit de descendre au plus bas, au plus pauvre, comme faisait le psalmiste juste avant.C'est alors qu'on découvre, dans le creuset de notre coeur démuni, comment Dieu vient à notre aide. Dieu nous rejoint, dit Paul, « l'Esprit vient au secours de notre esprit », il gémit au fond de nous en des « gémissements inénarrables », poursuivant en tout les intentions de Dieu.Heureux qui a découvert ce gémir divin au fond de lui. Il priera sans cesse.

Venons-en alors à la grande page de saint Matthieu, le coeur de son chapitre 13, qui est le grand discours parabolique que Matthieu a placé au milieu de tout son évangile, comme une grande sphère en miroir où nous voyons reflétée toute l'histoire, depuis avant la création et jusqu'après le jugement dernier ! Ce discours est composé de sept paraboles (7 plus une huitième) ! Trois grandes avec explication. Quatre petites, deux à deux, sans aucune explication ! Les trois grandes embrassent, le début, le milieu et la fin de l'histoire. Aujourd'hui nous entendons la parabole du centre, la plus large, qui occupe tout le milieu du discours. C'est aussi le moment miroir le plus fort pour la communauté matthéenne : celle-ci a dû se reconnaître, consternée et priant le Seigneur : « N'est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ, Seigneur ? D'où vient alors qu'il y a de l'ivraie ? »

Le vécu actuel est ambivalent. La réalité de l'Église au coeur de l'histoire est un corpus mixtum, une réalité mêlée, avec du bon et du mauvais. Comment s'y prendre. Certains voudraient prendre des mesures immédiates : « Veux-tu donc que nous allions l'enlever ? » Juger et arracher, avant le temps- « Non ! » est la réponse du Seigneur, on pourrait s'y méprendre : « Vous risquez d'arracher le blé en même temps ! » Patience donc. Le temps de l'histoire est ouvert pour que tous puissent se repentir avant la fin.Ne pas s'ériger en juge : un seul est juge. Laisser le jugement à Dieu. Les anges accompliront les tris nécessaires. Juger n'est pas un travail réservé aux hommes mais confié aux anges !Voilà la grande sagesse de Matthieu. Il a des vues larges, patientes, intégrantes. Au centre de la parabole il y a le verbe : « Laissez faire, laissez les pousser ensemble » ! Le tout premier mot de Jésus en Matthieu, adressé au Baptiste, est du même ordre : « Laisse faire. C'est ainsi qu'il nous faut accomplir toute justice » ! On sent un climat qui rappelle également l'esprit de la Règle de saint Benoît. Matthieu est sévère à l'égard de celui qui juge avant le temps. La main qui voudrait arracher la mauvaise herbe, doit être coupée, apprend-on quelques chapitres plus loin ! Ne pas juger ! Viendra le jugement, en son temps. L'histoire est le temps de la miséricorde. Le Jugement - rappelé à chaque page de son évangile - sera le temps du tri sévère. Alors il y aura « des pleurs et grincements de dents ! » « Matthieu, c'est sérieux ! » (P. Vincent Mora, bénédictin à Jérusalem). Comme saint Benoît !

Bien chers frères et soeurs,Aujourd'hui nous recevons une leçon de sagesse. Avec Matthieu on réapprend la largeur, la grande patience, et la capacité de voir loin, oui, de voir la fin de tout dans le présent actuel. Avec Paul redécouvrons la profondeur où nous rejoint le désir de Dieu par son Esprit qui gémit en nous « en gémissement inénarrables ». Avec l'écrit de Salomon on redécouvre le sens du divin dans toute la création et au coeur même de l'histoire, de nos histoires vécues. Enfin, avec le psaume et avec saint Benoît on s'exerce toute une vie à bien vivre l'équilibre des attributs divins. Rigueur et souplesse, tendresse et pardon, patience et nudité devant la Parole de Dieu.Marchons donc en personnes responsables. Lucides et confiants, doux et courageux. Au milieu des dangers ne soyons pas naïfs mais pas non plus des hyper-angoissés. Soyons avant tout confiants. Car il y a un Dieu qui accompagne toutes nos histoires ! Il aime ceux qu'il a créés à son image !

 

Après la faute tu accordes la conversion

Il n’y a pas d’autre dieu que toi, qui prenne soin de toute chose : tu montres ainsi que tes jugements ne sont pas injustes. Ta force est à l’origine de ta justice, et ta domination sur toute chose te permet d’épargner toute chose. Tu montres ta force si l’on ne croit pas à la plénitude de ta puissance, et ceux qui la bravent sciemment, tu les réprimes. Mais toi qui disposes de la force, tu juges avec indulgence, tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement, car tu n’as qu’à vouloir pour exercer ta puissance. Par ton exemple tu as enseigné à ton peuple que le juste doit être humain ; à tes fils tu as donné une belle espérance : après la faute tu accordes la conversion.

Sg 12, 13.16-19

Toi qui es bon et qui pardonnes, plein d’amour pour tous ceux qui t’appellent, écoute ma prière, Seigneur, entends ma voix qui te supplie.

Toutes les nations, que tu as faites, viendront se prosterner devant toi, car tu es grand et tu fais des merveilles, toi, Dieu, le seul.

Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d’amour et de vérité ! Regarde vers moi, prends pitié de moi.

Ps 85 (86), 5-6, 9ab.10, 15-16ab

L’Esprit lui-même intercède par des gémissements inexprimables

Frères, l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables. Et Dieu, qui scrute les cœurs, connaît les intentions de l’Esprit puisque c’est selon Dieu que l’Esprit intercède pour les fidèles.

Rm 8, 26-27

Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson

En ce temps-là, Jésus proposa aux foules une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla. Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi. Les serviteurs du maître vinrent lui dire : « Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ? » Il leur dit : « C’est un ennemi qui a fait cela. » Les serviteurs lui disent : « Veux-tu donc que nous allions l’enlever ? » Il répond : « Non, en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier. » »

Mt 13, 24-30

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