Homélie du 11 juillet 2020

Ne craignez pas ceux qui tuent le corps

Samedi, 14ème Semaine du Temps Ordinaire - Année Paire

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Il y est en effet question de la perfection évangélique (Soyez parfaits), mais dans un contexte qui révèle toutes les dimensions de cette perfection et, du coup, permet d'éviter l'ambiguïté de cet idéal. De fait : l''école du service du Seigneur', fondée par saint Benoît, a souvent été considérée comme une école de perfection. Dans cette perspective, les monastères sont les conservatoires des vertus antiques, et la vie monastique est un chemin d'excellence, pour développer au maximum une pertinence dans le domaine religieux et permettre à certains de réaliser des performances étonnantes. Perfection, pertinence, performances : est-ce bien cela que saint Benoît a voulu ? Est-ce bien pour cela qu'il est le Patron de l'Europe ?

Non ! Si cet évangile selon saint Matthieu convient si bien à la fête de saint Benoît, c'est parce qu'il rappelle le vrai sens de la 'perfection' du Père céleste, sa générosité, évoquée dans cette partie du Sermon sur la Montage. « Lui qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes. » Et Benoît a eu précisément cette vision dans sa prière : comme l'a écrit saint Grégoire, il voyait toute la terre d'un seul regard, comme Dieu la voit, dans sa bienveillance. Il me semble donc que cet évangile récapitule bien la vie de saint Benoît. Il a vu cette image peu de temps avant sa mort, au terme de son parcours qui avait commencé dans une grotte étroite et s'épanouissait dans cette vision cosmique. Mais cette image est aussi un appel aux moines d'aujourd'hui et à tous ceux et celles qui vivent de son esprit.

Quand Jésus nous demande d'être « parfaits comme votre Père céleste est parfait », c'est pour nous appeler à cet amour universel, sans aucune discrimination, ni raciale, ni sociale, ni morale. Dieu donne indifféremment son soleil et sa pluie, non pas parce qu'il serait indifférent à ces particularités. Non ! car Dieu n'est pas simplement tolérant ; il est bienveillant, de cette bienveillance dont parlait Jésus en bénissant son Père qui a révélé aux tout petits le mystère de son amour : « Oui, Père, c'est ainsi que tu en as disposé dans ta bienveillance ». La perfection à laquelle nous sommes appelés est cette bienveillance qui, comme le soleil et la pluie, permet et développe la vie. L'évangéliste Luc, dans le passage parallèle, écrit : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux ». « Alors vous serez fils du Très-Haut, car il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants. »

Voilà, mes frères et mes soeurs, le « bon accomplissement » auquel nous convie saint Benoît. « Bon accomplissement », c'est ainsi que notre Père Frédéric définissait le but de toute la Règle de saint Benoît, au chapitre sur la « bonne ardeur que doivent avoir les moines ». Accomplissement est un autre mot pour perfection. « Soyez parfaits », en grec teleios signifie allez jusqu'au bout, comme Jésus nous a « aimés jusqu'au bout ».

C'est ce que nous nous souhaitons les uns aux autres en cette fête de saint Benoît, et nous demandons au Seigneur Jésus de faire passer au feu de son amour extrême ces souhaits et ces prières en les associant à son offrande pour la vie du monde.

 

Je suis un homme aux lèvres impures, et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers !

L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé ; les pans de son manteau remplissaient le Temple. Des séraphins se tenaient au-dessus de lui. Ils avaient chacun six ailes : deux pour se couvrir le visage, deux pour se couvrir les pieds, et deux pour voler. Ils se criaient l’un à l’autre : « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur de l’univers ! Toute la terre est remplie de sa gloire. » Les pivots des portes se mirent à trembler à la voix de celui qui criait, et le Temple se remplissait de fumée. Je dis alors : « Malheur à moi ! je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures : et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers ! » L’un des séraphins vola vers moi, tenant un charbon brûlant qu’il avait pris avec des pinces sur l’autel. Il l’approcha de ma bouche et dit : « Ceci a touché tes lèvres, et maintenant ta faute est enlevée, ton péché est pardonné. » J’entendis alors la voix du Seigneur qui disait : « Qui enverrai-je ? qui sera notre messager ? » Et j’ai répondu : « Me voici : envoie-moi ! »

Is 6, 1-8

Le Seigneur est roi ; il s’est vêtu de magnificence, le Seigneur a revêtu sa force.

Et la terre tient bon, inébranlable ; dès l’origine ton trône tient bon, depuis toujours, tu es.

Tes volontés sont vraiment immuables : la sainteté emplit ta maison, Seigneur, pour la suite des temps.

Ps 92 (93), 1abc, 1d-2, 5

Ne craignez pas ceux qui tuent le corps

En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur. Il suffit que le disciple soit comme son maître, et le serviteur, comme son seigneur. Si les gens ont traité de Béelzéboul le maître de maison, ce sera bien pire pour ceux de sa maison. Ne craignez donc pas ces gens-là ; rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux. Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux. »

Mt 10, 24-33

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