Homélie du 28 mars 2016

Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront

Lundi, -

Une homélie de fr. Martin Neyt

L'aurore de ce matin de Pâques nous découvre le mystère de la mort de Jésus, de sa descente aux Enfers et de sa Résurrection. Un matin nouveau se lève qui éclaire doucement l'obscurité qui s'était étendue sur la terre au moment où Jésus remet son Esprit à son Père et s'était écrié : «  Tout est accompli  ».

Déjà Homère chantait l'aurore aux doigts de rose et l'Egypte pharaonique célébrait la déesse de la nuit étoilée, qui avait retenu cachée la présence du soleil et qui l'avait rendue le matin, lorsque l'aurore annonçait une espérance nouvelle. C'est aux premières lueurs du matin, le premier jour de la semaine, que les femmes apportent les aromates qu'elles avaient préparées et trouvent la pierre roulée devant le tombeau. Le mystère est là entier.

Le fr. Grégoire a chanté l'Exultet pascal : «  En cette nuit, le Christ, ayant rompu les chaînes de la mort (Act. 2.24), est remonté victorieux des Enfers. Ô nuit bienheureuse qui seule a pu connaître le temps et l'heure en lesquels le Christ est ressuscité des Enfers  ».

Job, dans sa souffrance, s'exclame : «  Que se voilent les étoiles de son aube, qu'elles ne voient point s'ouvrir les paupières de l'aurore  » Job 3. 9. Dieu lui répondra plus tard : «  Job, as-tu, une fois dans ta vie, commandé au matin ? assigné l'aurore à son poste  » ? Job 38. 12. Oui, l'aurore marque un tournant et la fin d'un long combat. Le patriarche Jacob se bat corps à corps avec Dieu toute la nuit jusqu'au lever de l'aurore et Dieu lui dit : «  lâche-moi ; l'aurore est levée  » Gen.32. 25. C'est alors que Dieu bénit Jacob et lui donna le nom nouveau, Israël. Moïse est attiré par Dieu près du buisson de feu où Il lui déclare son Nom :«  Je suis celui qui suis ; j'ai vu la misère de mon peuple. Tu le libéreras de ce pays et le conduiras à travers le désert  ».

Durant cette traversée du désert, une colonne de nuée leur indiquait la route le jour et une nuée lumineuse la nuit. Ex 13. 21-22. C'est aussi de bon matin que Moïse, seul sur la montagne, reçoit les tables de la Loi inscrites sur la pierre. Ce matin de Pâques, la pierre est roulée, le lieu est vide, le ressuscité est ailleurs.

Pareil au soleil qui se cache la nuit, Pâques est ce temps de passage, celui de l'obscurité qui a envahi le ciel le Vendredi Saint. Jésus s'est enfoncé jusqu'aux enfers le Samedi Saint et resurgit à l'aube de ce jour portant sur lui les stigmates de la Passion. Cette ligne lumineuse à l'horizon, annonçant la Résurrection du Christ, est signe de l'immense souffrance des hommes qui débouche sur une nouvelle espérance : «  Vraie Lumière, celle qui jaillit de la Nuit ; et vraie Nuit, celle d'où jaillit la Lumière  » écrit François Cheng.

L'Orient chrétien exprime ce Passage en des termes inoubliables que je reprends à mon tour. La terre a tremblé le Vendredi Saint, l'obscurité s'est étendue sur le monde, parce que Dieu s'est endormi dans la chair et qu'il est allé réveiller ceux qui dormaient depuis des siècles.

Il va visiter ceux et celles qui sont assis dans les ténèbres et à l'ombre de la mort. Le Seigneur Jésus entra dans les Enfers, tenant les armes victorieuses de la Croix, de la Passion qu'il a traversée pour nous. Lorsque le premier Père, Adam, le vit,plein de stupeur, il se frappa la poitrine et cria aux autres : «  Mon Seigneur soit avec vous  » et le Christ répondit à Adam : «  Et avec ton Esprit  ». Et lui ayant saisi la main, il dit : «  Eveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d'entre les morts et le Christ t'illuminera  ». Et il ajouta à tous : «  Levez-vous, soyez illuminés. Je ne vous ai pas créés pour demeurer ici, enchaînés dans les Enfers. Levez-vous, oeuvres de mes mains, créées à mon image. Partons d'ici. Car vous êtes en moi et moi en vous  ».

Mes soeurs, mes frères bien-aimés, voilà l'aurore pascale, voilà l'espérance nouvelle dont nous sommes les témoins. Aux premières lueurs du matin, le premier jour de la semaine, les femmes apportent les aromates qu'elles avaient préparées et trouvent la pierre roulée. Le Cantique des cantiques pose la question : «  Qui est celle qui surgit comme l'aurore ?  » Saint Jean y répond dans l'Apocalypse : «  C'est le peuple des croyants, la fiancée de Dieu, qui descend, parée comme une épouse pour son époux  ».

Pâques est à la fois l'aurore et le plein éclat du soleil. L'éclat du Christ ressuscité qui apparaîtra à Marie-Madeleine dans le matin de Pâques, aux disciples enfermés dans la crainte, aux disciples d'Emmaüs sur la route. Il demeure pour nous l'aurore du ciel à venir, d'une terre nouvelle et il nous demande d'oeuvrer à ce monde nouveau.

Guetteurs de l'aube, les moines ne cessent de chanter : «  Eveille-toi, harpe, cithare, que j'éveille l'aurore  » Ps 57. 9 ; 108. 3. «  Mon âme attend le Seigneur plus qu'un veilleur n'attend l'aurore  » Ps. 130. 6.

Si l'Esprit de Dieu lui-même nous accompagne dans notre marche, comme il a éclairé le peuple qui marchait dans le désert, nuée lumineuse le jour, colonne de feu la nuit, il nous rappelle sa présence tout au long de la vie des hommes. La vie et la mort de Jésus nous tournent vers la Pâque définitive. L'aurore de la Pâque 2016 est là. Nos coeurs sont dans la joie. Une joie qui traverse les douleurs du monde et les nôtres. Une douleur qui rejoint celle du Christ pascal. Une joie vécue de l'attente de la Pâque définitive où Jésus-Christ, Soleil de nos vies, nous réunira toutes et tous, vivants et morts, dans son Royaume de douceur, de paix, de communion.

 

Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins

Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et leur fit cette déclaration : « Vous, Juifs, et vous tous qui résidez à Jérusalem, sachez bien ceci, prêtez l’oreille à mes paroles. Il s’agit de Jésus le Nazaréen, homme que Dieu a accrédité auprès de vous en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes. Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir. En effet, c’est de lui que parle David dans le psaume : Je voyais le Seigneur devant moi sans relâche : il est à ma droite, je suis inébranlable. C’est pourquoi mon cœur est en fête, et ma langue exulte de joie ; ma chair elle-même reposera dans l’espérance : tu ne peux m’abandonner au séjour des morts ni laisser ton fidèle voir la corruption. Tu m’as appris des chemins de vie, tu me rempliras d’allégresse par ta présence. Frères, il est permis de vous dire avec assurance, au sujet du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été enseveli, et que son tombeau est encore aujourd’hui chez nous. Comme il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un homme issu de lui. Il a vu d’avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n’a pas été abandonné à la mort, et sa chair n’a pas vu la corruption. Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu sur nous, ainsi que vous le voyez et l’entendez. »

Ac 2, 14.22b- 33

Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge. J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu ! Seigneur, mon partage et ma coupe : de toi dépend mon sort. »

Je bénis le Seigneur qui me conseille : même la nuit mon cœur m’avertit. Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ; il est à ma droite : je suis inébranlable.

Mon cœur exulte, mon âme est en fête, ma chair elle-même repose en confiance : tu ne peux m’abandonner à la mort ni laisser ton ami voir la corruption.

Tu m’apprends le chemin de la vie : devant ta face, débordement de joie ! À ta droite, éternité de délices !

15 (16), 1-2a.5, 7-8, 9-10, 11

Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront

En ce temps-là, quand les femmes eurent entendu les paroles de l’ange, vite, elles quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue. » Elles s’approchèrent, lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui. Alors Jésus leur dit : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. » Tandis qu’elles étaient en chemin, quelques-uns des gardes allèrent en ville annoncer aux grands prêtres tout ce qui s’était passé. Ceux-ci, après s’être réunis avec les anciens et avoir tenu conseil, donnèrent aux soldats une forte somme en disant : « Voici ce que vous direz : « Ses disciples sont venus voler le corps, la nuit pendant que nous dormions. » Et si tout cela vient aux oreilles du gouverneur, nous lui expliquerons la chose, et nous vous éviterons tout ennui. » Les soldats prirent l’argent et suivirent les instructions. Et cette explication s’est propagée chez les Juifs jusqu’à aujourd’hui.

Mt 28, 8-15

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