Homélie du 3 mai 2020

Je suis la porte des brebis

Dimanche, 4ème Semaine du Temps Pascal - Année A

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Jésus est la porte. Cette image ne nous inspire pas tellement, au premier abord. Nous devons toujours penser à fermer la porte. Mais la porte est aussi une ouverture dans le mur, un passage, une issue. C'est cela que Jésus veut nous dire dans cet évangile : il est pour nous un accès à la vie en abondance.

En célébrant la fête de Pâques durant ces 50 jours, la liturgie nous invite à vivre, nous aussi, ce passage vers une vie plus abondante, et, par ces lectures, elle nous dit aussi comment.

Le passage par la Mer Rouge, cette traversée dans l'angoisse qui a débouché sur la libération, est à l'origine du peuple de Dieu. Pour Jésus, la Pâque a aussi été une traversée, un passage par la souffrance et la mort, pour accéder à une vie nouvelle. Et pour nous également ce chemin récapitule notre vie chrétienne. Voyons comment.

Il faut d'abord bien comprendre que la vie du Christ ne nous est vraiment communiquée, que lorsqu'elle peut faire dans notre coeur comme une brèche, une blessure. C'est ce que nous raconte la lecture des Actes de Apôtres : ceux qui, le jour de la Pentecôte, ont entendu Pierre parler de la mort et de la résurrection du Christ « eurent le coeur transpercé », nous dit le texte, traduit ici faiblement par « ils furent touchés au coeur ». Mais il faut garder toute la force de ce mot 'transpercé'. C'est le même que celui que l'évangéliste Jean utilise quand il écrit qu'au Calvaire, « un soldat, avec sa lance, transperça le coeur » de Jésus. Oui, mes frères, mes soeurs, quand nous avons vraiment écouté l'histoire de Jésus, les paroles de l'évangile, notre coeur n'en a-t-il pas été touché, ne fût-ce qu'une fois, interpelé, atteint, et même 'blessé' ? On ne parle plus beaucoup aujourd'hui de la 'componction', mais c'est pourtant bien de cela qu'il s'agit : une ponction. On sait ce qu'est une 'ponction lombaire' ; ici il s'agit d'une 'ponction cardiaque'. Médicalement, cela n'est pas à conseiller, mais spirituellement, c'est le chemin du salut. Soyons attentifs à l'état de notre coeur : est-il comblé, tout lisse, blindé, ou au contraire, inquiet, préoccupé pour tous ceux que nous aimons, plein de sollicitude et d'espérance ? Est-il ouvert à l'Évangile et à l'appel que Jésus nous y adresse personnellement ? Saint Benoît nous recommande d'être assidus à « la componction du coeur dans notre prière ». Quand nous avons été un jour touchés par une rencontre avec le Christ, il est important d'empêcher que se cicatrise cette blessure, si nous voulons rester vivants et accueillants. L'écoute de la Parole, ou des appels, parfois angoissés, que nous adressent nos frères et soeurs est vitale. Aussi nous chantons volontiers cette prière : « Ne permets pas que leur blessure en nous se ferme ! » pour que l'appel du Christ reste vibrant en nous.

Rappelons-nous que le jour de Pâques, c'est en montrant aux disciples ses blessures, son coeur transpercé, que Jésus leur dit « La paix soit avec vous ! ». La paix nous vient de ses blessures. En effet, c'est parce qu'il est passé par ses souffrances qu'il peut nous apporter la paix, la vie.

Et dans l'épitre, saint Pierre nous rappelle aussi que c'est « par ses blessures (que) nous sommes guéris ». Il précise : « C'est pour vous que le Christ a souffert, (-) afin que vous suiviez ses traces ». Nous sommes appelés à marcher à sa suite, à traverser, avec lui, les passages parfois angoissants, quand nous devons « traverser les ravins de la mort ». Mais nous savons qu'« il est avec nous ; son bâton nous guide et nous rassure ». Oui, « nous étions errants, comme des brebis ; mais à présent nous sommes retournés vers le berger, le gardien de nos âmes ».

Mais, comment concrètement « suivre ses traces » ?

Si nous avons le coeur éveillé, ouvert, nous pouvons essayer de comprendre ce que dit saint Pierre dans son épître. Il demande quelque chose de vraiment difficile, du moins au premier abord. « Supporter la souffrance, alors que nous avons fait le bien. C'est bien à cela que vous avez été appelés- » Nous voulons bien supporter les conséquences pénibles d'une mauvaise action, mais accueillir de la souffrance quand nous avons fait le bien, cela est plus difficile à accepter ! C'est révoltant ! Sommes-nous vraiment appelés à cela ? Pour répondre de façon réaliste, je crois qu'il faut d'abord éviter de personnaliser ces situations. Il y a des cas où nous sommes personnellement mis en cause, mais, le plus souvent, la non-violence évangélique que nous sommes appelés à développer consiste à affronter de l'incompréhension, de l'inertie, l'indifférence mondialisée. Plus généralement encore, nous devons rencontrer la malchance, la frustration, l'oubli. Ce ne sont pas des souffrances aigües, seulement elles peuvent miner notre espérance, et nous résigner à une certaine stagnation, une expérience de l'impasse. Mais Jésus nous appelle à avancer, à passer, même par une porte étroite. Oui, il dépend de nous que ces situations restent des impasses ou deviennent des creusets. Un creuset, ce n'est pas un endroit commode ! C'est le lieu d'une épreuve, comme par le feu, d'où le meilleur peut se dégager. C'est là qu'est créée une nouvelle situation, une nouvelle chance. Ce que nous subissons comme une injustice peut alors devenir une occasion pour une nouvelle étape de notre vie, plus féconde au service de la justice et de la paix. Il ne faut pas attendre (indéfiniment) des situations exceptionnelles pour vivre cela.

Mais c'est bien cela, me semble-t-il, que saint Pierre essaie de nous faire comprendre en ce temps de Pâques. Même à notre petite mesure, dans notre vie quotidienne, nous pouvons passer à une vie plus intense, si nous gardons notre coeur ouvert. Parce qu'alors nous pouvons découvrir et suivre les traces de Jésus qui nous ouvre de nouveaux horizons. Et si nous passons par lui, par la porte qu'il constitue en quelque sorte, nous pouvons accéder à la vie, et la vie en abondance.

 

Dieu l’a fait Seigneur et Christ

Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et fit cette déclaration : « Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié. » Les auditeurs furent touchés au cœur ; ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? » Pierre leur répondit : « Convertissez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés ; vous recevrez alors le don du Saint-Esprit.

Car la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera. » Par bien d’autres paroles encore, Pierre les adjurait et les exhortait en disant : « Détournez-vous de cette génération tortueuse, et vous serez sauvés. »

Alors, ceux qui avaient accueilli la parole de Pierre furent baptisés. Ce jour-là, environ trois mille personnes se joignirent à eux.

Ac 2, 14a.36-41

Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre ; il me conduit par le juste chemin pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis ; tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ; j’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours.

Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6

Vous êtes retournés vers le berger de vos âmes

Bien-aimés, si vous supportez la souffrance pour avoir fait le bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu. C’est bien à cela que vous avez été appelés, car c’est pour vous que le Christ, lui aussi, a souffert ; il vous a laissé un modèle afin que vous suiviez ses traces. Lui n’a pas commis de péché ; dans sa bouche, on n’a pas trouvé de mensonge. Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice. Lui-même a porté nos péchés, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris. Car vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes retournés vers votre berger, le gardien de vos âmes.

1 P 2, 20b-25

Moi, je suis la porte des brebis

En ce temps-là, Jésus déclara : « Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. »

Jésus employa cette image pour s’adresser aux pharisiens, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait. C’est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. »

Jn 10, 1-10

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