Une homélie de fr. Benoît Standaert
Bienvenue à vous tous, chères sœurs, chères frères, vous tous ici présents et vous qui nous suivez grâce au service de l'internet rétabli. Célébrons le dimanche, jour de la résurrection, célébrons le Christ ressuscité, célébrons la joie de notre foi où tout se cristallise dans la personne de Jésus, reconnue comme le Christ, le Fils du Dieu vivant. Aujourd'hui Jésus lui-même interroge ses disciples les plus proches : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Cette question est placée au centre de l'évangile de Marc et est reprise comme telle au centre de l'évangile Matthéen ; elle est répercutée également chez Luc et chez Jean. La vie évangélique que nous voulons mener tous, nous ramène tôt ou tard à cette question bien directe : « Et toi, qui dis-tu que je suis ? » Laissons-nous interpeller.
Ressaisissons-nous dans notre adhésion du cœur la plus intime, et commençons, comme nous faisons chaque fois, par invoquer humblement avec tous les pauvres de la Bible : Kyrie, eleison. « Seigneur, prends pitié » !
Seigneur Jésus, envoyé par le Père pour guérir et sauver tous les hommes, Sgeigneur prends pitié
O Christ, plénitude messianique qui nous comble de miséricorde et de pardon, o Christ, prends pitié
Seigneur, élevé à la droite du Père où tu intercèdes sans cesse pour nous tous, Seigneur, prends pitié.
Homélie
Chers amis.
Nous avons commencé cette liturgie par la très simple invocation : Seigneur, prends pitié. Kyrie, eleison. Tout est dit en cette double expression : la confession du Nom de Dieu et la confession et aveu de notre pauvreté. Toute une vie nous creusons cette relation... La formule peut rester la même, sa signification s'enrichit, sa résonnance en nous peut gagner en profondeur car les deux pôles - celui de Dieu et celui de l'humain - sont susceptibles de grandir en force et en beauté au fil des années, à la suite d'expériences nouvelles, tantôt humiliantes, tantôt glorieuses. Car plus je m'abaisse - volontairement ou involontairement - plus il gagne en présence et rayonnement salvifique en moi.
Simon Pierre dans les évangiles en est un bel exemple. Il y a quelques semaines on l'a vu vaincre un moment sa peur, en voyant en face de lui Jésus marcher sur les eaux. Il s'adresse au Christ en disant : « Seigneur, si c'est bien toi, dis-moi de venir jusqu'à toi sur les eaux ! » Il confesse : « Seigneur ! », mais il n'est pas entièrement sûr : « Si c'est bien toi », au conditionnel ! Jésus lui dit : « Viens ! ». Et il marche ! Mais, dit le texte, « en voyant le vent, il eut peur et, commençant à couler, il s'écria: « Seigneur, sauve-moi! ». Cette fois son cri est tout pur : « Seigneur, sauve-moi ! » Et aussitôt il sent la forte main du Christ qui l'agrippe et le tire hors de l'eau ! Il n'a jamais senti aussi fortement la proche présence du Seigneur qu'au moment où il se sentait perdu, en train de couler ! « Seigneur, sauve-moi » ! Kyrie, eleison ! Et que lui dit Jésus ? « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Il y a la foi et il y a le doute. Ainsi est fait notre for intérieur. Mais ici on voit que le doute a conduit à un cri plus fort, plus pur et à une expérience de foi incomparable : il a senti comme jamais auparavant la main forte du Sauveur qui le tirait de l'eau !
Aujourd'hui Pierre s'avance à nouveau, et prend la parole, sans doute au nom de tous les autres à ses côtés, pour dire avec force : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » ! C'est assez énorme, ce qu'il dit là ! Mais c'est ce qu'il a compris de Jésus au fil des mois qu'il a vécu avec lui, le voyant à l'œuvre, dans ses actes et par ses paroles. « Tu es le Christ », le Messie, celui qui vient combler toutes les attentes messianiques que nos pères nous ont transmises en espérance. Oui, « tu es le Fils du Dieu vivant » ! Tu as un accès intime à Dieu, comme un fils parle avec son père, et tu nous as introduits dans cette intimité et réciprocité bouleversantes. Cette confession de Pierre est là, au milieu des évangiles, comme un roc solide. Quelqu'un en premier dans l'histoire de la vie de Jésus a vu autant en Jésus ! Ce fut sans doute un choc et pour Pierre et pour Jésus ! Quelqu'un voit autant en moi ? Jésus également se connaît, comme nous-mêmes, sur la face des autres.
Il réagit lui aussi en force. « Ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela mais mon Père ! » Le Père révèle le Fils, le Fils révèle le Père. Il y a quelques semaines on entendait le passage célèbre de Matthieu 11, 27 : « Nul ne connaît le Fils si ce n'est le Père ». Et donc si Pierre reconnaît le Fils, c'est que le Père le lui a fait connaître ! « et nul ne connaît le Père si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler » ! Le Père veut bien révéler le Fils et le Fils veut bien révéler le Père. Il y a au fond de Dieu une volonté de se communiquer et de révéler cette merveilleuse réciprocité : chacun de nous devient fils dans le Fils et peut dire à Dieu, Père, Abba, « notre Père ».
C'est sur cette « pierre » que Jésus tient à bâtir sa communauté, son église ! Non pas sur la chair et le sang de Pierre, celui qu'on a vu couler dans le lac tout à l'heure. Mais sur sa foi, son discernement inspiré, sa découverte du Dieu qui se révèle en Jésus.
Pierre n'est pas encore arrivé au bout de sa foi : il se scandalisera de la croix (on l'entendra la semaine prochaine et le récit de la passion le rapporte, par son triple reniement !), il fuira et retournera à ses filets en Galilée... Mais là il verra son Seigneur, et reprendra avec entrain la direction du groupe des disciples. À Rome on sait qu'il est mort en martyr, confessant sa foi sous Néron : il est mort en croix comme son maître.
Grandeur de ce premier appelé en qui Jésus a eu confiance malgré ses trop et ses trop peu. Grandeur de notre foi commune qui discerne en Jésus une plénitude messianique et la révélation divine où chacun de nous est invité à entrer dans un rapport filial avec Dieu. La transparence et réciprocité avec Dieu nous sont données en ce Jésus Messie et Fils de Dieu. Sachons voir en ce personnage évangélique de Simon Pierre tout ce qui relève de la faiblesse humaine et en elle tout ce qui pointe vers la beauté divine révélée. Méditons et contemplons. Dieu se communique non pas malgré mais le plus souvent à travers et par-delà nos faiblesses.
Paul a lui aussi fait cette expérience cruciale dans tout son vécu. « C'est quand je suis faible que je suis fort ! Ce n'est plus moi qui vit mais Christ, vivant en moi ! » Aujourd'hui il conclut ses réflexions par une hymne d'émerveillement. Ecoutons-la encore une fois pour conclure cette liturgie de la parole :
O profondeur de la richesse, de la sagesse et de la connaissance de Dieu ! Que ses décisions sont insondables et ses chemins impénétrables !
Qui en effet a connu la pensée du Seigneur ? Ou bien qui a été son conseiller ?
Ou encore qui lui a donné en premier, pour mériter d'être payé en retour ?
Car tout est de lui, et par lui, et pour lui.
À lui la gloire éternellement ! Amen ».
Glorifions Dieu avec les apôtres Paul et Pierre. Vivons leur foi dans notre génération. Chaque confession sincère crée à nouveau l'événement de l'Eglise, « mon Église », comme dit Jésus à Pierre aujourd'hui. Communions à cette foi et rendons grâces en intercédant largement pour tout notre monde en besoin du Sauveur. Amen.
Parole du Seigneur adressé à Shebna le gouverneur : « Je vais te chasser de ton poste, t'expulser de ta place. Et, ce jour-là, j'appellerai mon serviteur, Éliakim, fils d'Helcias. Je le revêtirai de ta tunique, je le ceindrai de ton écharpe, je lui remettrai tes pouvoirs : il sera un père pour les habitants de Jérusalem et pour la maison de Juda. Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David : s'il ouvre, personne ne fermera ; s'il ferme, personne n'ouvrira. Je le planterai comme une cheville dans un endroit solide ; il sera un trône de gloire pour la maison de son père. »
- Parole du Seigneur.
Is 22, 19-23
De tout mon c?ur, Seigneur, je te rends grâce : tu as entendu les paroles de ma bouche. Je te chante en présence des anges, vers ton temple sacré, je me prosterne.
Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité, car tu élèves, au-dessus de tout, ton nom et ta parole. Le jour où tu répondis à mon appel, tu fis grandir en mon âme la force.
Si haut que soit le Seigneur, il voit le plus humble. de loin, il reconnaît l'orgueilleux. Seigneur, éternel est ton amour : n'arrête pas l'?uvre de tes mains.
Ps 137 (138), 1-2a, 2bc-3, 6.8bc
Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la connaissance de Dieu ! Ses décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables ! Qui a connu la pensée du Seigneur ? Qui a été son conseiller ? Qui lui a donné en premier, et mériterait de recevoir en retour ? Car tout est de lui, et par lui, et pour lui. À lui la gloire pour l'éternité ! Amen.
- Parole du Seigneur.
Rm 11, 33-36
En ce temps-là, Jésus, arrivé dans la région de Césarée-de-Philippe, demandait à ses disciples : « Au dire des gens, qui est le Fils de l'homme ? » Ils répondirent : « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres encore, Jérémie ou l'un des prophètes. » Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne que c'était lui le Christ.
- Acclamons la Parole de Dieu.
Mt 16, 13-20