Homélie du 29 mars 2020

Je suis la résurrection et la vie

5ème Dimanche de Carême - Année A

Une homélie de fr. Benoît Standaert

Chers frères et soeurs, chers amis.

Aujourd'hui cette prière des deux soeurs à propos de leur frère Lazare, des milliers et des milliers la crient vers le Ciel: « Seigneur, celui que tu aimes est malade ».

Nous sommes réunis pour faire entendre ce cri, avec foi et espérance, au nom de ce nombre incalculable de familles frappées par la maladie de leurs proches, parfois suivie de la mort déjà, et sans l'occasion d'entourer les malades aux soins intensifs ni de vivre ensemble dignement le deuil entre amis et famille.

Ouvrons notre coeur, en ce dimanche encore confiné, avant que nous pourrons nous connecter à l'extérieur, et implorons avec grande confiance la miséricorde divine, toujours plus forte que la mort et ses multiples métamorphoses. Kyrie eleison.

Chers frères et soeurs, chers amis.

Montons vers Pâques, irrésistiblement !

Toute la nature nous y invite, jour après jour. Les oiseaux, les bourgeons, les fleurs les plus variées pointent vers le soleil et le printemps, malgré les froids nocturnes.

La liturgie nous soutient et nous inspire de dimanche en dimanche. Aujourd'hui tout parle de résurrection et de l'Esprit qui agit.

Ezéchiel ! Nous avons pris le temps d'écouter toute la vision et son application ! Le peuple en exil répète : « notre espérance est morte ». La pire des choses qu'un groupe de vivants puisse dire ! Spes nostra, notre invocation à Marie dans le Salve Regina, elle qui ouvre à la vie de gloire au-delà de la mort !

Fils d'homme, Parle à l'Esprit ! Prophétise ! Qu'il vienne le grand Souffle, des quatre vents ! Qu'il souffle sur ces ossements desséchés et qu'ils vivent !

Oui, J'ouvrirai vos tombeaux et j'enverrai mon Esprit ! le plus intime de Dieu nous rejoindra au plus intime de notre propre vitalité !

Comme nous avons besoin de cet élan, de cette force spirituelle, au milieu de notre captivité, nos cloisonnements, confinements, paralysies collectives, le blocage de tant d'entreprises, l'impasse pour tant de jeunes aux études, le chômage qui dure et épuise les familles- Viens, Esprit saint, Souffle sur ce monde qui gémit et rends-nous à la vie !

Paul, sonde ce qui agit au fond de nous : l'esprit de Dieu. L'Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus, nous l'avons reçu au baptême ! comment ne ressusciterions-nous pas ? Un même destin nous unit à lui, le Christ ressuscité, premier-né d'une multitude de frères : notre destinée est une destinée de gloire, de liberté et de beauté des enfants des hommes ! Tout y aspire, et l'Esprit se joint à notre esprit pour prier, pour intercéder, selon le coeur de Dieu !

Jésus. Il passe. Il rencontre, il s'affirme. Grandeur, grandeur étrange dès l'ouverture : je me réjouis de ce que je ne sois pas là, afin que vous croyiez !

Il rencontre les deux soeurs : avec Marthe d'abord, un échange des plus élevés : Je suis ! je suis la Vie, Je suis la résurrection ! Crois-tu cela ? - Tu es le Christ, le Fils de Dieu qui doit venir dans le monde !

Puis arrive Marie en courant et en pleurs. Il en est bouleversé. Lui aussi pleure. Le Verbe qui était auprès de Dieu, Lumière de la Lumière, Vie et Résurrection à jamais, voilà qu'il est descendu, qu'il s'est fait chair et se trouve confronté à la mort de l'ami, au deuil des amies - c'est déjà le quatrième jour- il sent déjà. Le Verbe descend au plus bas- jusqu'à être bouleversé à partir de notre commune condition humaine, notre chair. Un Psaume chante : « Le Seigneur fait miséricorde à ceux qui le craignent. Il sait de quoi nous sommes fait, il se souvient que poussière nous sommes ». Saint Grégoire le Grand commente : « Eh ! oui, il sait de quoi nous sommes faits, il se souvient, bien sûr, car il est passé par là en se faisant chair et homme mortel comme nous- »

Ému, bouleversé même, il voit dans l'autre ce qui l'attend. Il crie, Enlevez la pierre ! puis Lazare, viens au dehors ! et enfin Déliez-le !

Le narrateur prépare ainsi cette autre visite au tombeau quelques jours plus tard : là on retrouvera les bandelettes et le suaire qui recouvrait le visage- Mais le tableau est tout différent. Là il n'y aura plus rien à délier ! Les bandelettes sont à terre et les mouchoir qui recouvrait la tête roulé à part à un autre endroit. Il n'y a plus rien à délier. Il est sorti du tombeau, libre, se dégageant de ce qui le liait !

Voilà un récit fort, poignant même et catéchétique : la foi en Jésus qui est la Vie, ouvre vers une descente en humanité pour communiquer dès maintenant une vie victorieuse de la mort même.

Ezéchiel révèle ce que pense et désire Dieu pour tout son peuple. Un peuple debout ! Un peuple en alliance éternelle avec son Dieu !

Paul ressaisit cette puissance résurrectionnelle dans notre propre existence corporelle : l'homme extérieur s'en va en ruine, mais l'homme intérieur se renouvelle, de gloire en gloire, dans l'espérance.

Chers amis, Suivons ce qui nous est décrit. Allons de dépouillement en dépouillement, par une descente au plus bas, avec en nous peut-être des couches d'angoisse, les nôtres ou celles de nos proches, des couches d'ennui, de lassitude, de doute, d'une dépressivité lancinante. Mais au plus bas jaillit une source, nous disent les Écritures, celle de L'ESPERANCE !

Ruminons ces pages d'espoir, d'élan de vie nouvelle contre les apparences.

En Israël, sur une des collines derrière Aïn Karem, une statue avec ce texte d'Ezéchiel : « J'ouvrirai vos tombeaux, et je vous ferai revenir sur votre terre ». L'incroyable, l'inespéré est arrivé pour tout un peuple, après 25 siècles d'exil !... Au Japon, la lecture au réfectoire nous rapporte le témoignage du médecin Nagai, qui, après la bombe aptomique sur son quartier, construit sa petite hutte au milieu des ruines accumulées, signe de vie. De même les cloches de Nagasaki qu'il a fait retentir au-dessus de ce désert ravagé, consolation insigne pour des milliers et des milliers de victimes encore en vie. On en a fait un film qui a redonné aux millions de Japonais un goût de vie et d'espérance incomparable.

Hier un message du P. Abbé Notker Wolff. Pourrons-nous nous réunir à Vienne avec les musulmans ? « We should not be so pessimistic. I guess pessimism is not a Christian virtue. Germany will probably end the limitations by April 20th. So let us hope, and hope dies last. Notker Wolff ».

Nous n'avons besoin de rien de sensationnel, comme ce miracle de Lazare, réanimé pour quelques années encore- avant de retrouver la mort-mort réelle !

Nous avons besoin de ce ressort que donne l'Esprit vivifiant en nous, amour plus fort que la mort, lumière que la mort de notre corps ne viendra pas éteindre mais libérer.

Invoquant sans cesse l'Esprit saint, vivons doucement avec une espérance invincible au fond de nous. Car « c'est en espérance que nous sommes sauvés », dit saint Paul. Ainsi soit-il.

 

Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez

Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d’Israël. Vous saurez que Je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter, ô mon peuple ! Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ; je vous donnerai le repos sur votre terre. Alors vous saurez que Je suis le Seigneur : j’ai parlé et je le ferai – oracle du Seigneur.

Ez 37, 12-14

Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur, Seigneur, écoute mon appel ! Que ton oreille se fasse attentive au cri de ma prière !

Si tu retiens les fautes, Seigneur, Seigneur, qui subsistera ? Mais près de toi se trouve le pardon pour que l’homme te craigne.

J’espère le Seigneur de toute mon âme ; je l’espère, et j’attends sa parole. Mon âme attend le Seigneur plus qu’un veilleur ne guette l’aurore.

Oui, près du Seigneur, est l’amour ; près de lui, abonde le rachat. C’est lui qui rachètera Israël de toutes ses fautes.

Ps 129 (130), 1-2, 3-4, 5-6ab, 7bc-8

L’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus habite en vous

Frères, ceux qui sont sous l’emprise de la chair ne peuvent pas plaire à Dieu. Or, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si le Christ est en vous, le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché, mais l’Esprit vous fait vivre, puisque vous êtes devenus des justes. Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.

Rm 8, 8-11

Je suis la résurrection et la vie

En ce temps-là, Marthe et Marie, les deux sœurs de Lazare, envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait. Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. »

À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. » Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. » Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. » Alors Jésus se mit à pleurer. Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais certains d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? » Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. » Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. » Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. » Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.

Jn 11, 3-7.17.20-27.33b-45

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