Homélie du 1 mars 2020

Jésus jeûne quarante jours, puis est tenté

1er Dimanche de Carême - Année A

Une homélie de fr.

Au premier dimanche du Carême, la liturgie nous entraine chaque année au désert. La plus grande partie du texte de l'évangile raconte comment Jésus y a été tenté. Mais avant méditer sur la tentation, nous faisons bien de méditer sur cette décision d'aller au désert. Pourquoi ce détour ? Notons d'abord que ce n'est pas sa décision à lui. C'est l'Esprit qui l'y a conduit, et même poussé, comme le dit l'évangéliste Marc, pour une démarche importante. Il faut donc se demander pourquoi il était nécessaire de passer par là.

En fait, tous les évangélistes ont noté que Jésus a fait deux démarches avant de commencer sa prédication. Il a d'abord demandé le baptême à Jean. Il est descendu dans la boue du fleuve Jourdain, pour se solidariser avec tous les pécheurs qui affluaient là. Ensuite il est allé au désert, pour partager le sort de tant de personnes condamnées à l'errance, à l'indigence et à la solitude. Le désert a bien sûr encore d'autres significations, mais, en ce cas, cette décision, inspirée par l'Esprit, correspond à la mission de Jésus, à sa volonté de s'incarner le plus totalement dans notre condition humaine. Il avait vécu trente ans une vie ordinaire, en travaillant comme tout le monde. Mais ces deux démarches inaugurales me semblent significatives pour son option de rejoindre plus spécialement ceux qui, dans le monde, sont le plus bas et ont particulièrement besoin d'être aidés.

En allant au désert pendant quarante jours, Jésus ne fuyait donc pas les humains, (comme on l'a vu, plus tard, prendre quelquefois un peu de répit, en s'enfuyant dans un endroit désert, pour prier). Il ne devait pas non plus régler un problème personnel, vérifier notamment sa capacité de surmonter les difficultés qu'il allait rencontrer. Il allait pour affronter la 'tentation', c'est à dire les situations pénibles, angoissantes désespérantes qui sont le sort, tôt ou tard, de tous les humains. Il voulait développer une solidarité avec eux.

Voyons donc comment il s'y est pris en allant au désert. Même si le désert géographique ne nous est plus normalement accessible, les situations qu'il évoque nous sont bien connues : isolement, peur, faims et soifs de toutes sortes, handicap, inquiétude pour la santé, la santé des autres, fatigue, grand âge. Ce sont là toutes des situations qui nous éloignent de la vie normale et comportent des tentations. Ces tentations sont parfois même obsessionnelle, comme la tentation de s'identifier à sa maladie, à toutes ces situations et de perdre tout espoir. Mais nous savons que Jésus a aussi voulu les connaitre.

L'évangile nous dit qu'il les a affrontées en opposant chaque fois une parole de la Bible. Qu'est-ce que cela veut dire pour nous ? Je crois que, de fait, il est toujours bon de pouvoir nous rappeler telle ou telle phrase pour faire face à la tentation. Un Père du désert, Évagre le Pontique a même composé tout un recueil de telles textes pour contrattaquer, l'Antirhétique. Nous devrions méditer ce petit arsenal et nous pourrions même en constituer un personnel, familial, communautaire. Plus simplement, en méditant régulièrement la Parole de Dieu et en confiant à notre mémoire les paroles qui nous touchent le plus, nous pouvons être assurés qu'au moment venu les réponses justes se présenteront spontanément à notre attention.

D'ailleurs il ne faut pas prendre à la lettre la façon dont Jésus répond à chaque tentation, en citant chaque fois un texte percutant. Pour répondre à une tentation, il nous faut plutôt opposer une démarche évangélique évidente, comme une Béatitude : douceur, compassion pureté de coeur, exigence de justice. Et même la béatitude des pauvres, des affligés ou des persécutés. Car il ne s'agit pas tellement de s'opposer aux situations qu'évoque le désert, mais plutôt de discerner les possibilités qui y sont contenues, de négocier prudemment une issue. Il ne faut pas avoir une image trop antagoniste de la vie spirituelle (une image un peu baroque), comme s'il fallait toujours combattre, éliminer l'ennemi, faire triompher la vertu. Bien sûr, il ne faut admettre aucune compromission avec le mal, et, en particulier, quand il s'agit de combattre l'injustice, l'oppression des pauvres, il faut être implacable. Mais dans la vie ordinaire, avec nos situations parfois pénibles, nos tentations ordinaires, il ne faudrait pas trop parler de combat acharné, mais plutôt de discernement patient et de négociation humble. Comme le dit saint Benoît : «  haïr les vices, mais aimer le frère  » (même un peu vicieux). Et il continue, dans ses conseils à l'Abbé, qui valent pour chacun : «  Il doit agir avec prudence et sans excès : de crainte qu'en voulant trop racler la rouille, il ne brise le vase. Et par là nous n'entendons pas qu'il puisse laisser les vices se fortifier, mais qu'il les détruise avec prudence et charité.  » Détruire les vices avec charité : voilà tout un programme de Carême !

Je voudrais encore ajouter quelques mots au sujet des situations que la liste des Béatitudes comporte aussi, pauvreté, pleurs, persécution. Même dans notre vie ordinaire, nous rencontrons parfois de telles situations, pas nécessairement tout à fait dramatiques, mais variées, comme le mépris, la déprime, la maladie, l'insuccès. Ce ne sont pas des tentations, mais plutôt des épreuves. Comment ne pas perdre courage en ces cas ? Comment ne pas perdre la foi ?

Il faut savoir que ce sont des situations que Jésus a aussi dû affronter. Nous ne pouvons probablement pas les éliminer. Mais nous pouvons aussi trouver des éléments de réponses dans les évangile, dans la prière, pour, comme on dit, faire de ces impasses des creusets, c'est à dire des occasions pour encore purifier l'or de notre coeur. Notre coeur est fondamentalement bon, mais par certains aspects, il peut être mélangé comme un minerai qui comporte beaucoup de scories. En ces cas l'évangile nous invite à regarder autour de nous, pour voir comment aider ceux qui doivent affronter des épreuves semblables à celles dont nous souffrons, le mépris, la tristesse, la déprime, la maladie, l'insuccès. En le faisant en connaissance de cause, parce que nous sommes dans les mêmes situations, nous pouvons être plus efficaces.

En fait nous sommes tous d'une façon ou d'une autre dans de telles situations. Il y donc là aussi un beau programme de Carême pour tous, et pas seulement pour le Carême : c'est un programme pour tous les temps.

 

Création et péché de nos premiers parents

Le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. Le Seigneur Dieu planta un jardin en Éden, à l’orient, et y plaça l’homme qu’il avait modelé. Le Seigneur Dieu fit pousser du sol toutes sortes d’arbres à l’aspect désirable et aux fruits savoureux ; il y avait aussi l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Or le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait faits. Il dit à la femme : « Alors, Dieu vous a vraiment dit : ‘Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin’ ? » La femme répondit au serpent : « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : ‘Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.’ » Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea. Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus.

Gn 2, 7-9 ; 3, 1-7a

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense.

Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi. Contre toi, et toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.

Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit. Ne me chasse pas loin de ta face, ne me reprends pas ton esprit saint.

Rends-moi la joie d’être sauvé ; que l’esprit généreux me soutienne. Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange.

Ps 50 (51), 3-4, 5-6ab, 12-13, 14.17

Là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé

Frères, nous savons que par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et que par le péché est venue la mort ; et ainsi, la mort est passée en tous les hommes, étant donné que tous ont péché. Si, en effet, à cause d’un seul homme, par la faute d’un seul, la mort a établi son règne, combien plus, à cause de Jésus Christ et de lui seul, régneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent en abondance le don de la grâce qui les rend justes.

Bref, de même que la faute commise par un seul a conduit tous les hommes à la condamnation, de même l’accomplissement de la justice par un seul a conduit tous les hommes à la justification qui donne la vie. En effet, de même que par la désobéissance d’un seul être humain la multitude a été rendue pécheresse, de même par l’obéissance d’un seul la multitude sera-t-elle rendue juste.

Rm 5, 12.17-19

Jésus jeûne quarante jours, puis est tenté

En ce temps-là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Mais Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »

Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »

Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. »

Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient.

Mt 4, 1-11

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