Homélie du 2 fevrier 2020

Mes yeux ont vu ton salut

Présentation du Seigneur au Temple -

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Avec cette fête, 40 jours après Noël, nous concluons un temps tout particulier. Un temps de fêtes intimes, familiales, recueillies, mais qui débordent toujours sur « le salut préparé pour tous les peuples, lumière pour éclairer les nations ». Et nous voyons maintenant à l'horizon la fête de Pâques qui célèbre précisément ce salut apporté par toute la vie, la mort et la résurrection du Seigneur Jésus.

Les évangiles nous ont écrit la vie de la famille de Jésus, les questions que pose sa naissance, ses espoirs, ses craintes, et jusqu'aujourd'hui cette présentation du premier-né au Temple à Jérusalem, selon la coutume. Ce genre de petit rituel, prescrit par la loi, ne semble avoir intrigué personne dans le Temple, sauf deux vieillards qui, inspirés par l'Esprit, ont révélé le sens et les dimensions vraiment universelles de ce geste posé par les parents de Jésus.

L'évangéliste Luc a retenu cette scène, parce qu'elle exprime bien l'attitude de Jésus, encore porté dans les bras de sa mère, mais qui va au-devant de son Père, pour lui offrir toute sa vie. Quelques années plus tard, dans le même Temple, il dira à ses parents : « Ne saviez-vous pas que je me dois aux affaires de mon Père ? ». Cette même attitude traverse toute son existence. Et à l'offrande des 'prémices' de sa vie correspond le don ultime, quand, sur la croix, il remettra son esprit à son Père.

Pour illustrer cette démarche de l'enfant Jésus, il y a ici Syméon et Anne, à l'autre extrême de la vie. Ils ont tout donné, comme cette autre veuve du Temple, dont parlera Luc plus tard sans son évangile, celle qui avait tout donné « depuis son indigence ». Ainsi ces deux personnes âgées, sont-elles mystérieusement accordées avec ce petit enfant dans la foule, et elles ont été capables de discerner en lui « le Christ du Seigneur ». La petite enfance et l'extrême vieillesse ont en commun non seulement une grande faiblesse, mais aussi l'attente d'un dépassement. C'est pourquoi Syméon peut voir :

« Le salut pour tous les peuples,la lumière pour la révélation aux nations. »

C'est cette allusion à la lumière qui a donné à cette fête de la Présentation de Jésus au Temple le nom de 'Chandeleur'. Mais je me suis demandé s'il n'y avait pas un rapport plus fondamental entre l'offrande au Seigneur et la lumière. Est-ce que 'offrir' n'apporte-t-il pas toujours de la lumière ? Et d'abord, qu'est-ce que 'offrir' ? Nous connaissons bien le plaisir d'offrir. Nous aimons ce moment où nous voyons la joie de celui qui reçoit, — et notre joie est aussi grande. Quand nous pouvons ainsi établir une nouvelle communication entre les personnes par l'intermédiaire d'un objet, d'un mot, d'un geste, nous ouvrons un nouvel horizon. Et c'est la qualité, la sincérité, du don (pas son prix !) qui conditionne cette ouverture.

Nous voyons tout cela dans l'évangile d'aujourd'hui. Les deux caractéristiques de ce récit y sont liées : l'offrande et l'ouverture sur l'universel. C'est parce que Jésus, encore dans les bras de sa mère, puis de Syméon, s'offre à son Père sans restriction que l'horizon s'ouvre largement sur le « salut pour tous les peuples ».

Mais il en va de même pour nous. dans notre vie quotidienne. Voyons comment. Offrir ainsi quelque chose est encore assez facile ; — mais nous offrir nous-mêmes est beaucoup plus difficile ! Or c'est de cela qu'il est question ici, quand nous pouvons dire : « Voici, je viens pour faire ta volonté ». N'est-ce pas aussi à cela que nous sommes tous sont appelés ? Mes soeurs, mes frères, nous sommes ici au coeur du mystère de cette fête. La Présentation de Jésus au Temple est certes une fête que les religieux et religieuses aiment célébrer, en se souvenant de leur propre offrande totale, de leur 'consécration' religieuse, quand ils sont entrés au monastère. Mais ils n'en ont pas le monopole. Cette 'consécration' n'est aucunement une mise à part, comme on l'a prétendu à certain moment. Tout chrétien est appelé à se consacrer au Seigneur sans retour. Seulement ce don de soi n'est pas nécessairement reconnu officiellement, dans l'Église, comme c'est le cas pour les religieux. Cela importe peu, en définitive. L'important est la qualité de ce don de soi auquel nous sommes tous appelés.

En tout cas, en célébrant l'eucharistie nous vivons cela. Il faut d'abord avoir consenti à prendre le temps nécessaire pour aller à l'église, comme les pèlerins qui montent au temple. Et là, nous rencontrons tous nos voisins de l'assemblée, tous nos frères et soeurs qui « attendent » le Christ, qui cherchent à mieux le connaître et à prier ensemble pour tous nos frères humains. Oui, cette prière « dans la simplicité de notre coeur » est alors vraiment une offrande de nous-mêmes, en communion au sacrifice du Christ. C'est lui qui nous précède et nous offre toute sa vie, son corps partagé, et la coupe de l'Alliance nouvelle et éternelle toujours donnée pour la multitude.

 

Soudain viendra dans son Temple le Seigneur que vous cherchez

Ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que j’envoie mon messager pour qu’il prépare le chemin devant moi ; et soudain viendra dans son Temple le Seigneur que vous cherchez. Le messager de l’Alliance que vous désirez, le voici qui vient – dit le Seigneur de l’univers. Qui pourra soutenir le jour de sa venue ? Qui pourra rester debout lorsqu’il se montrera ? Car il est pareil au feu du fondeur, pareil à la lessive des blanchisseurs. Il s’installera pour fondre et purifier : il purifiera les fils de Lévi, il les affinera comme l’or et l’argent ; ainsi pourront-ils, aux yeux du Seigneur, présenter l’offrande en toute justice. Alors, l’offrande de Juda et de Jérusalem sera bien accueillie du Seigneur, comme il en fut aux jours anciens, dans les années d’autrefois.

- Parole du Seigneur.

OU BIEN

Ml 3, 1-4

Portes, levez vos frontons ! élevez-vous, portes éternelles : qu’il entre, le roi de gloire !

Qui est ce roi de gloire ? C’est le Seigneur, le fort, le vaillant, le Seigneur, le vaillant des combats.

Portes, levez vos frontons ! levez-les, portes éternelles : qu’il entre, le roi de gloire !

Qui donc est ce roi de gloire ? C’est le Seigneur, Dieu de l’univers ; c’est lui, le roi de gloire.

Ps 23 (24), 7, 8, 9, 10

Il lui fallait se rendre en tout semblable à ses frères

Puisque les enfants des hommes ont en commun le sang et la chair, Jésus a partagé, lui aussi, pareille condition : ainsi, par sa mort, il a pu réduire à l’impuissance celui qui possédait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable, et il a rendu libres tous ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d’esclaves. Car ceux qu’il prend en charge, ce ne sont pas les anges, c’est la descendance d’Abraham. Il lui fallait donc se rendre en tout semblable à ses frères, pour devenir un grand prêtre miséricordieux et digne de foi pour les relations avec Dieu, afin d’enlever les péchés du peuple. Et parce qu’il a souffert jusqu’au bout l’épreuve de sa Passion, il est capable de porter secours à ceux qui subissent une épreuve.

He 2, 14-18

Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes.

Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C’était un homme juste et religieux, qui attendait la Consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui. Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur. Sous l’action de l’Esprit, Syméon vint au Temple. Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait, Syméon reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. »

Lc 2, 22-32

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