Une homélie de fr. Emmanuel Verhaegen
Le lendemain, il (Jean le baptiste) voit Jésus venant vers lui et dit : « Voici l'agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c'est celui dont j'ai dit : derrière moi vient un homme qui est passé devant moi, car avant moi il était.
ET MOI, JE NE LE CONNAISSAIS PAS ; mais c'est pour qu'il soit manifesté à Israël que je suis venu en baptisant dans l'eau. » Et Jean rendit ce témoignage : « J'ai vu l'esprit descendre du ciel comme une colombe, et il demeura (μεινω) sur lui. ET MOI, JE NE LE CONNAISSAIS PAS, mais celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau, celui-là m'a dit : 'Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer (μενον) sur lui, c'est celui qui baptise dans l'Esprit Saint.'
Et moi, j'ai vu, et je rends témoignage : c'est lui le Fils de Dieu. »
le texte d'évangile de ce dimanche est assez court, mais n'est pas moins dense et essentiel.
Ecoutez plutôt : Jean présente rien moins que le personnage de Jésus à son auditoire de la Judée de l'époque et à tous les lecteurs de la Bible depuis près de 2.000 ans. Entrons donc hardiment dans cette révélation
Ce Jean, ne l'oublions pas, a été introduit dans le Prologue de l'évangile au v. 6 comme « un homme envoyé par Dieu ; son nom : Jean. IL est venu pour un témoignage, pour qu'il témoigne de la lumière, pour que tous croient à travers lui. » bref, une mission de pro-phète.
Voyant Jésus venir vers lui, Jean proclame à la foule de ceux qui le suivent « VOICI L'AGNEAU DE DIEU QUI ENLEVE LE PECHE DU MONDE ». Cette phrase, nous avons l'habitude de l'entendre ; trop l'habitude sans doute et son contenu va de soi, ça ne nous fait plus chaud ni froid, peut-être. Pourtant cette déclaration - que nous entendons à 3 reprises (fraction du pain) + une à chaque eucharistie - est unique en son genre : elle ne figure que dans l'évangile de Jean.
Comment cette titulature de présentation tellement inédite / nouvelle inscrit-elle Jésus dans le tissu de l'Alliance entre Dieu et son peuple ?
La première mention d'un agneau dans la Bible se trouve en Gn 22, quand Abraham et son fils Isaac montent sur la montagne pour un sacrifice dans la bouche d'Isaac : « Où est l'agneau pour l'immolation ? » et dans la réponse d'Abraham : « Dieu saura voir l'agneau pour l'immolation ».
On trouve ensuite l'agneau de la Pâque dans le livre de l'Exode au moment critique où le peuple hébreu va quitter l'Egypte car Dieu, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob veut les délivrer de l'esclavage en Egypte et les amener dans la terre de la promesse en leur faisant traversant la mer. Le mot Pâque (Pessah en hébreu) signifie « passage » et sur l'ordre de Dieu, les fils d'Israël vont manger l'agneau debout, la ceinture autour des reins, les sandales aux pieds, et le bâton de marche à la main, Et vous le mangerez en hâte : c'est un passage pour le Seigneur. (Ex 12,11) Et c'est le sang de l'agneau de sacrifice, répandu sur les linteaux et les montants des maisons des fils d'Israël, qui les protégera du passage de l'ange exterminateur.
Les 4 chants du serviteur dans le livre d'Isaïe (42, 49, 50 et 53,3b-7) sont également une étape-relais où le prophète présente un serviteur souffrant (lu lors de l'office du vendredi saint) tel un agneau muet et qui se laisse conduire à la mort.
Voilà les résonnances bibliques appelées par cette titulature nouvelle proclamée par Jean devant son auditoire forcément juif.
Pour les chrétiens que nous sommes, une dernière mention d'un agneau dans la Bible figure (abondamment, d'ailleurs) dans le tout dernier chapitre du livre de l'Apocalypse (qui signifie « révélation », et non pas catastrophe de la fin du monde). Je lis les v. 1 et 3 du ch. 22 : « [l'Ange] me montra un fleuve d'eau de vie, brillant comme du cristal, surgissant du trône de Dieu et de l'Agneau. (...) Et plus aucune malédiction ne sera. Et le trône de Dieu et de l'Agneau sera en elle (la Jérusalem céleste)... »
Ainsi, comme l'écrit très bien Sœur Marie Thérèse Hautier dans le Dimanche de ce 18 janvier, « cette mention de l'Agneau de Dieu met toute la Bible sous nos yeux de chrétiens », depuis le vrai sacrifice d'Abraham et Isaac (Gn 22), depuis la délivrance du peuple hébreu dans une préfiguration du baptême dans l'eau, jusqu'au livre de l'Apocalypse qui affirme avec force la victoire de l'agneau de Dieu sur le mal et le péché.
Deuxième révélation de Jean : CELUI-CI EST L'ELU DE DIEU - OU LE FILS DE DIEU, suivant les manuscrits. Comment peut-il affirmer cela ? parce que, dit Jean « J'ai vu l'Esprit descendre, telle une colombe venue du ciel, et rester sur lui » et que
« Celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau, - c'est le moment de nous rappeler du verset :'il y eut un homme envoyé de Dieu, son nom : Jean' celui-là m'avait dit, 'CELUI SUR QUI TU VERRAS L'ESPRIT DESCENDRE ET RESTER SUR LUI, C'EST LUI QUI BAPTISE DANS L'ESPRIT SAINT' et moi j'ai vu et je témoigne que celui-ci est l'Elu / le Fils de Dieu »
Remarquons, au passage, que ce texte présente la trinité en interaction : le Père qui d'une part, envoie Jean baptiser dans l'eau pour que soit manifesté l'Agneau qui enlève le péché du monde (Jésus) et d'autre part lui indique comment reconnaître cet agneau de Dieu grâce à la présence de l'Esprit qui va descendre sur lui et rester avec lui et l'Esprit qui se manifeste sur Jésus comme le Père l'avait annoncé.
Tout texte est un tissu, et l'évangile de Jean plus que tout autre
Et l il y a bien d'autres fils à tirer dans ce petit passage lu aujourd'hui :
la notion/mission de « témoignage » de Jean qui est présente depuis le v. 6 du prologue et qui va jusqu'au ch. 3
il n'était pas la lumière mais il devait rendre témoignage à la lumière (1,6)
« je ne suis pas », ni le Christ, ni Elie, ni le prophète (1,19-21)
Je ne le connaissais pas mais ... (v. 31.33)
la différence / ressemblance entre Jean et Jésus
avant - après // après - devant
baptiser dans l'eau / dans l'esprit
Troisième révélation de Jean : à deux reprises, il affirme « Et moi je ne le connaissais pas » MAIS...
Et nous, le connaissons-nous ? le connaissons-nous assez ? sommes-nous prêts à vouloir le connaître mieux en nous laissant guider par la Parole de Dieu et par l'Esprit ?
Osons le plongeon, le baptême qui nous fera rester dans l'union d'amour du Père, du Fils et de l'Esprit pour nous libérer de la fatalité du péché.
Le Seigneur m'a dit : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur. » Maintenant le Seigneur parle, lui qui m'a façonné dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob, que je lui rassemble Israël. Oui, j'ai de la valeur aux yeux du Seigneur, c'est mon Dieu qui est ma force. Et il dit : « C'est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d'Israël : je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu'aux extrémités de la terre. »
- Parole du Seigneur.
Is 49, 3.5-6
D'un grand espoir j'espérais le Seigneur : il s'est penché vers moi Dans ma bouche il a mis un chant nouveau, une louange à notre Dieu.
Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles ; tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j'ai dit : « Voici, je viens. »
Dans le livre, est écrit pour moi ce que tu veux que je fasse. Mon Dieu, voilà ce que j'aime : ta loi me tient aux entrailles.
Vois, je ne retiens pas mes lèvres, Seigneur, tu le sais. J'ai dit ton amour et ta vérité à la grande assemblée.
Ps 39 (40), 2abc.4ab, 7-8a, 8b-9, 10cd.11cd
Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être apôtre du Christ Jésus, et Sosthène notre frère, à l'Église de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus et sont appelés à être saints avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre.
À vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.
- Parole du Seigneur.
1 Co 1, 1-3
Le lendemain, voyant Jésus venir vers lui, Jean le Baptiste déclara : « Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c'est de lui que j'ai dit : L'homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. Et moi, je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l'eau, c'est pour qu'il soit manifesté à Israël. » Alors Jean rendit ce témoignage : « J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau m'a dit : ?Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l'Esprit Saint.? Moi, j'ai vu, et je rends témoignage : c'est lui le Fils de Dieu. »
- Acclamons la Parole de Dieu.
Jn 1, 29-34