Homélie du 30 novembre 2025

Veillez pour être prêts

1er Dimanche de l'Avent (semaine I du Psautier) - Année A

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Homélie :
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Pour commencer cette nouvelle année, il fut reconnaitre que la liturgie nous fait entendre un évangile qui n'est pas très encourageant. Il y est question de risque, de menaces, et de toutes les raisons de craindre pour l'avenir. Chez nous, au début de l'année, nous souhaitons plutôt les uns aux autres que ça ira mieux, désormais ; on peut toujours espérer ! Dans cet évangile, au contraire, on nous avertit surtout que 'ça pourrait encore être pire'. Curieuse façon de nous encourager à commencer une nouvelle année !

Ces chapitres apocalyptiques des évangiles sont difficiles à bien entendre, tellement différents, et même opposés à d'autres passages où Jésus nous dit : «  Votre Père des Cieux sait tout ce dont vous avez besoin ; ne vous inquiétez pas pour le lendemain ; le lendemain s'inquiétera bien de lui-même !  »

En fait, Jésus part toujours de l'actualité. On se souvient comment il évoquait cette histoire de la tour de Siloé qui s'est écroulée et a écrasé 18 personnes. La situation de la Palestine de son temps était très inquiétante, et on sait que, quelques années plus tard, cela a abouti à la destruction complète du temple et de la ville. Si donc il évoque toutes ces menaces et ces risques, ce n'est pas pour nous terroriser et nous inviter à ne rien entreprendre, c'est pour nous inviter avec force à être vigilants. Pas seulement en nous armant davantage, pour nous protéger contre tous les dangers, et pour que rien ne change. Il veut surtout que nous restions éveillés, attentifs aux signes du temps, pour y discerner les possibilités de changement, les invitations à la conversion.

Nous risquons toujours de vivre préoccupés par ce que nous entendons et voyons dans l'immédiat, tout ce qui nous inquiète ou nous stimule, mais sans voir le plus important : comment «  le Règne de Dieu vient  » parmi nous. Or c'est ce qui est inauguré à Noël, avec la venue de Jésus.

En effet, dès ses premiers mots, dans les évangiles, Jésus annonce «  la venue du Règne  ». La venue, adventus, d'où le mot aVENT. C'Est l'avènement. Le temps de l'Avent est celui où nous sommes invités à revoir notre capacité de discerner cette venue du Règne aujourd'hui, dans notre vie ordinaire et à travers tous les aléas de l'actualité. Désormais nous prions avec plus d'intensité : «  Que ton Règne arrive !  »

Qu'est-ce que ce 'Règne' ? Jésus en parle souvent, et il précise : «  Le Règne de Dieu est en nous, parmi vous  ». En réalité Dieu règne là où l'évangile est vraiment vécu, là où règne l'amour, l'esprit de Jésus.

Cela exige toute notre vie. Il ne s'agit pas de tâcher de saisir quelque chose de presque au-delà de notre portée, dans un effort héroïque. Car il a dit : «  Le Règne vient.  » C'est lui qui vient. Il faut l'accueillir, vraiment le laisser venir, en commençant par se recueillir.

Comme nous y invite la liturgie par la voix de saint Paul, accueillons donc ce temps de l'Avent, qui est un «  temps favorable  » pour nous éveiller, et pour voir poindre le jour de la venue du Seigneur en nous et parmi nous. Et nous savons que, pour cela, il faut prendre du temps, le temps du silence et de l'adoration, le temps de la patience : «  l'amour prend patience  ». C'est un temps d'attente confiante, aimante, pleine d'espérance, mais aussi déjà plein d'énergie pour répondre aux exigences de celui qui va venir. Même dans le fracas des évènements terribles que nous décrivent les apocalypses de la Bible, comme d'ailleurs aussi les media, chaque jour, même dans l'incertitude sur l'avenir qui pourrait nous faire perdre courage, il est possible et nécessaire de rester présents à cette présence de Dieu en nous. Le temps de l'Avent est une invitation à reprendre ce bon rythme, pour accueillir Dieu dans notre vie. Quand nous en prenons mieux conscience, personnellement, nous réalisons alors aussi qu'il est également présent en chacun de nos frères et sœurs, et nous pouvons d'autant mieux les respecter et les servir.

Car cette présence de Dieu en nous est active : elle est communion à l'action de Dieu qui nous engage, chacun, là où nous sommes, pour construire un monde nouveau où, «  de leurs épées, les hommes forgeront des socs de charrue et de leurs lances, des faucilles  ». Chacun à sa place, au fond d'un monastère, derrière les casseroles, ou à une place décisive pour la société, - simplement à notre place, nous pouvons voir où sont les épées et les lances qui attendent notre intervention, pour être converties en instruments de paix. Prions les uns pour les autres pour que nous soyons toujours davantage éveillés à cette présence agissante de Dieu en nous, pour que nous devenions à notre tour des artisans de paix, de joie et de communion.

 

Le Seigneur rassemble toutes les nations dans la paix éternelle du royaume de Dieu

Parole d'Isaïe, - ce qu'il a vu au sujet de Juda et de Jérusalem.

Il arrivera dans les derniers jours que la montagne de la maison du Seigneur se tiendra plus haut que les monts, s'élèvera au-dessus des collines. Vers elle afflueront toutes les nations et viendront des peuples nombreux. Ils diront : « Venez ! montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob ! Qu'il nous enseigne ses chemins, et nous irons par ses sentiers. » Oui, la loi sortira de Sion, et de Jérusalem, la parole du Seigneur.

Il sera juge entre les nations et l'arbitre de peuples nombreux. De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l'épée ; ils n'apprendront plus la guerre.

Venez, maison de Jacob ! Marchons à la lumière du Seigneur.

- Parole du Seigneur.

Is 2, 1-5

Quelle joie quand on m'a dit : « Nous irons à la maison du Seigneur ! » Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem !

Jérusalem, te voici dans tes murs : ville où tout ensemble ne fait qu'un ! C'est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur.

C'est là qu'Israël doit rendre grâce au nom du Seigneur. C'est là le siège du droit, le siège de la maison de David.

Appelez le bonheur sur Jérusalem : « Paix à ceux qui t'aiment ! Que la paix règne dans tes murs, le bonheur dans tes palais ! »

À cause de mes frères et de mes proches, je dirai : « Paix sur toi ! » À cause de la maison du Seigneur notre Dieu, je désire ton bien.

Ps 121 (122), 1-2, 3-4ab, 4cd-5, 6-7, 8-9

Le salut est plus près de nous

Frères, vous le savez : c'est le moment, l'heure est déjà venue de sortir de votre sommeil. Car le salut est plus près de nous maintenant qu'à l'époque où nous sommes devenus croyants. La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. Rejetons les ?uvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière. Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans orgies ni beuveries, sans luxure ni débauches, sans rivalité ni jalousie, mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ.

- Parole du Seigneur.

Rm 13, 11-14a

Veillez pour être prêts

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l'homme. En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu'à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l'homme. Alors deux hommes seront aux champs : l'un sera pris, l'autre laissé. Deux femmes seront au moulin en train de moudre : l'une sera prise, l'autre laissée. Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. Comprenez-le bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n'aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c'est à l'heure où vous n'y penserez pas que le Fils de l'homme viendra. »

- Acclamons la Parole de Dieu.

Mt 24, 37-44