Homélie du 1 décembre 2019

Veillez pour être prêts

1er Dimanche de l'Avent - Année A

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

A partir d'aujourd'hui tous nos regards sont tournés vers Noël. Nous nous y préparons pendant quatre semaines, parce qu'il n'est pas possible d'entrer tout de go dans un tel évènement ; il nous faut du temps pour y préparer notre coeur, pour que l'attente puisse grandir et tout à fait nous habiter. La liturgie nous aide. Dans l'évangile, Jésus « nous parle de sa venue », à travers tous les alea, les dangers et les surprises de notre temps. Nous sommes donc invités à méditer sur le mystère de cette venue du Seigneur Jésus, pour alors pouvoir mieux l'accueillir à Noël. Le temps de l'Avent (adventus) est littéralement le temps de la Venue. Mais que signifie pour nous cette annonce que la liturgie nous redit : le Seigneur vient ?

En fait elle nous dit : Il est venu, il vient, il viendra. Passé, présent et avenir. Car, bien sûr, nous célébrons un évènement du passé. Notre foi plonge ses racines dans deux mille ans et même quatre mille ans d'histoire. Mais notre vie n'est pas pour autant programmée depuis toujours, et nous ne faisons pas que rejouer chaque année, indéfiniment, un scenario écrit jadis. Parce que, s'il est vrai qu'il est venu, il est aussi certain qu'il vient encore aujourd'hui, et d'ailleurs aussi qu'il viendra. (C'est le dernier mot de notre évangile.) Il viendra, mais quand ? On attend toujours cette venue en gloire, et plus on l'attend, plus elle s'éloigne- La parousie est si imprécise qu'elle a perdu toute force d'attraction.

Il ne faudrait donc pas laisser notre foi être comme phagocytée par un avenir improbable, et pas non plus par le passé nostalgique. Mais il nous faut malgré tout garder à l'esprit toutes ces dimensions du mystère de Jésus, venu dans le passé, qui vient aussi aujourd'hui, et que cependant nous attendons encore. On ne peut pas fixer sa venue en un moment, en l'année 0, parce que la présence de Jésus est dynamique. Le Seigneur que nous prions, que nous écoutons et que nous servons dans nos frères et soeurs « nous prend en chemin ».

Aujourd'hui, dans l'incertitude qui nous habite, nous serions tentés de nous contenter du présent, mais la présence ne peut pas nous combler. On parle beaucoup d'une spiritualité de l''ici et maintenant'. C'est bien, mais il ne faudrait pas nous noyer dans un présent absolu qui nous ferait oublier le passé et le futur. Le présent doit être responsable, conscient de tout le passé reçu, et aussi ouvert sur un avenir, accueillant pour ce qui nous sera donné. Le présent ne devrait pas épuiser notre attente. En tout cas, la présence de Jésus parmi nous, en nous, est une grâce qui ne peut nous combler, nous rassasier ; elle est toujours habitée par une attente.

Nous attendons Jésus à Noël, comme on dit qu'une mère 'attend un enfant'. (Il faudrait qu'une femme puisse parler ici à ma place. Ça viendra bientôt, j'espère.) Son enfant est là, bien présent (oh combien !), — mais il n'est pas encore là. C'est cela attendre : savoir que l'être aimé est présent, mais aussi qu'il doit encore venir, 'venir au monde'. Le Dieu que nous attendons, nous le portons en nous, au plus intime de notre coeur, mais il nous faut encore le mettre au monde : tel est bien notre vocation chrétienne.

Pendant ce temps de l'Avent, nous sommes invités à vivre plus intensément ce mystère de la présence de Dieu en nous. Dimanche prochain il sera question de Jean-Baptiste, celui qui pressentait déjà qu'« il y a parmi nous quelqu'un que vous ne connaissez pas... il vient après moi- » La liturgie nous présentera ensuite Marie qui « gardait tout cela en son coeur et le méditait- ».

Oui, nous portons Dieu en nous ; il y a en nous cette « image de Dieu », imprimée au plus vrai de notre être, inscrite, dès la Création, en tout humain. Il faut faire confiance en cette présence mystérieuse. Certains parlent ici d''embryon divin'. Il faut l'accueillir, le protéger, le nourrir. Thomas Merton a un jour très bien évoqué cette présence : « Au centre de notre être est un point qui est vierge de péché et d'illusion, une étincelle qui appartient entièrement à Dieu, qui ne nous appartient jamais. Cette petite pointe de pauvreté absolue est la gloire de Dieu en nous. C'est pour ainsi dire, son Nom écrit en nous, sous forme de notre indigence, de notre qualité de fils et files de Dieu »

Mes frères, mes soeurs, oui, restons présents à cette présence de Dieu en nous. Comme nous y invite la liturgie par la voix de saint Paul, accueillons ce temps de l'Avent, qui est un temps favorable pour nous éveiller et pour voir poindre le jour de la venue du Seigneur en nous et parmi nous. Nous savons que, pour cela, il faut prendre du temps, un temps de silence et d'adoration, le temps de la patience, si nécessaire pour que grandisse en nous cet 'embryon divin', pour qu'il puisse venir au monde, discrètement, respectueusement, — évidemment. C'est un temps d'attente confiante, aimante, pleine d'espérance, mais aussi déjà plein d'énergie pour répondre aux exigences de celui qui va venir. Même dans le fracas des évènements terribles que nous décrivent les apocalypses de la Bible, comme d'ailleurs aussi les media, chaque jour, même dans l'incertitude sur l'avenir qui pourrait nous faire perdre courage, il est possible et nécessaire de rester présents à cette présence de Dieu en nous. Quand nous en prenons mieux conscience, personnellement, nous réalisons alors aussi qu'il est également présent en chacun de nos frères et soeurs, et nous pouvons d'autant mieux les respecter et les servir.

Car cette présence de Dieu en nous est active : elle est communion à l'action de Dieu qui nous engage, chacun, là où nous sommes, pour construire un monde nouveau où, « de leurs épées, les hommes forgeront des socs de charrue et de leurs lances, des faucilles ». Chacun à sa place, au fond d'un monastère, derrière les casseroles, à une place décisive pour la société, — simplement à notre place, nous pouvons voir où sont les épées et les lances qui attendent notre intervention, pour les convertir en instruments de paix. Prions les uns pour les autres pour que nous soyons toujours davantage éveillés à cette présence agissante de Dieu en nous, pour que nous devenions à notre tour des artisans de paix, de joie et de communion.

 

Le Seigneur rassemble toutes les nations dans la paix éternelle du royaume de Dieu

Parole d’Isaïe, – ce qu’il a vu au sujet de Juda et de Jérusalem.

Il arrivera dans les derniers jours que la montagne de la maison du Seigneur se tiendra plus haut que les monts, s’élèvera au-dessus des collines. Vers elle afflueront toutes les nations et viendront des peuples nombreux. Ils diront : « Venez ! montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob ! Qu’il nous enseigne ses chemins, et nous irons par ses sentiers. » Oui, la loi sortira de Sion, et de Jérusalem, la parole du Seigneur.

Il sera juge entre les nations et l’arbitre de peuples nombreux. De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre.

Venez, maison de Jacob ! Marchons à la lumière du Seigneur.

Is 2, 1-5

Quelle joie quand on m’a dit : « Nous irons à la maison du Seigneur ! » Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem !

Jérusalem, te voici dans tes murs : ville où tout ensemble ne fait qu’un ! C’est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur.

C’est là qu’Israël doit rendre grâce au nom du Seigneur. C’est là le siège du droit, le siège de la maison de David.

Appelez le bonheur sur Jérusalem : « Paix à ceux qui t’aiment ! Que la paix règne dans tes murs, le bonheur dans tes palais ! »

À cause de mes frères et de mes proches, je dirai : « Paix sur toi ! » À cause de la maison du Seigneur notre Dieu, je désire ton bien.

Ps 121 (122), 1-2, 3-4ab, 4cd-5, 6-7, 8-9

Le salut est plus près de nous

Frères, vous le savez : c’est le moment, l’heure est déjà venue de sortir de votre sommeil. Car le salut est plus près de nous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants. La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. Rejetons les œuvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière. Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans orgies ni beuveries, sans luxure ni débauches, sans rivalité ni jalousie, mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ.

Rm 13, 11-14a

Veillez pour être prêts

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme. En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme. Alors deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé. Deux femmes seront au moulin en train de moudre : l’une sera prise, l’autre laissée. Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. Comprenez-le bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »

Mt 24, 37-44

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