Homélie du 3 novembre 2019

Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu

Dimanche, 31ème Semaine du Temps Ordinaire - Année C

Une homélie de fr. Yves de patoul

En cette fête de la Toussaint, nous rappelons à notre mémoire, nous rendons hommage, nous célébrons, nous fêtons tous les saints au sens très large. Un peu comme saint Paul dans une de ses épitres désignait les disciples de Jésus, par le terme « les saints », c'est-à-dire ceux qui sont sanctifiés par l'E.S. qu'ils ont reçu au baptême. Rappelons-nous aussi que nous sommes tous appelés à la sainteté. Abandonnons les propos défaitistes qui sourdent en nous : « Je ne suis pas un saint, je ne veux d'ailleurs pas le devenir. Les saints sont des héros qui ne m'intéressent pas. Tout au plus ont-ils été des modèles pour leurs contemporains, mais aujourd'hui je les vois plutôt comme des modèles inaccessibles ». A ce tableau sombre, ajoutons encore le fait que les béatitudes peuvent nous paraître comme une sorte de mur infranchissable, qui nous décourage rien que de le regarder : il y a tellement de choses difficiles dans tout cela pensons-nous.

J'aimerais vous aider à trouver une image positive de la sainteté, une image qui vous donnerait des ailes pour voler vers la sainteté. Ce n'est pas si difficile que nous ne le pensons. Mettons d'abord les choses au clair : l'Eglise fête aujourd'hui tous les saints, ceux qu'elle a choisi de mettre en honneur, de fêter comme des icônes que l'on contemple, que l'on prie comme des femmes ou des hommes qui ont accompli une certaine perfection de vie chrétienne. Ce sont les Apôtres, les martyrs (nombreux aux tout débuts de l'Eglise), les Docteurs (nombreux entre le 4e et le 12e siècle), les prêtres et évêques pasteurs ou abbés fondateurs), les religieux (hommes et femmes qui sont aussi très nombreux), des simples laïcs mariés ou non qui se sont illustrés par une vie chrétienne exemplaire. A ma connaissance, ils sont peu nombreux, ceux qui ont été « canonisés ».

Mais c'est tous ceux-là précisément, ceux qui ne sont pas canonisés, que nous fêtons aujourd'hui, et ils sont une multitude, des myriades de myriades (Ap 5). Beaucoup sont morts et l'histoire universelle a perdu la mémoire d'un grand nombre d'entre eux. Seuls des documents exceptionnels permettent de retrouver l'aura qu'ils avaient en leur temps. Dans cette catégorie, il y en a de deux sortes : les grandes figures humaines qui ne sont pas « chrétiennes » tel Gandhi, Mandela ou bien cette jeune femme juive Etty Hillesum qui a aidé un grand nombre de ses coreligionnaires à vivre dignement leurs fins de vie au milieu de l'enfer de l'Holocauste. Et puis il y a ces innombrables chrétiens qui ont vécu toute leur vie dans l'humilité, la fidélité conjugale, la prière, la miséricorde envers les petits et les pauvres, le combat pour la paix et la justice, qui ont éduqué leurs enfants dans l'amour de Dieu et du prochain.

Nous en venons ainsi aux béatitudes dont le pape François disait dans une de ses catéchèses qu'elles étaient « une carte d'identité du chrétien ». Oui certes, les béatitudes sont effectivement le programme de tout chrétien. Mais je serais plus réservé sur la question de savoir si les béatitudes sont la seule affaire des chrétiens. Etre humble, être doux, pacifique, être miséricordieux envers les pauvres, être militant pour la paix ou la justice, ce sont autant d'attitudes, de comportements, des visées humaines qui ne dépendent nullement de la religion ou d'une quelconque appartenance sociale, politique ou raciale.

Les béatitudes expriment de façon universelle comment il faut se comporter pour être un homme selon la volonté de Dieu. Nous avons tous, ou presque tous, fait l'expérience au moins une fois dans notre vie que l'accueil est souvent meilleur dans un milieu musulman que dans une paroisse catholique. Les béatitudes sont par excellence l'exemple d'une morale ouverte : le désir de paix ou de justice dont parlent les béatitudes ne sont nullement l'affaire d'une communauté, il doit s'étendre à toutes les nations sans aucune exclusive sans quoi la paix et la justice resteront de vains mots. Les chrétiens ont parfois le devoir de transiger à des règles ou des morales particulières qui ne respectent pas la liberté ou le bien-être, celui des femmes ou des enfants en particulier.

Les béatitudes et aussi la sainteté ne sont pas des voies difficiles, inaccessibles. La touche chrétienne des béatitudes tient probablement en ceci, qu'elles n'ont pas de limite. La charité doit s'appliquer à tout homme. Rappelons-nous la parabole du Samaritain. La sainteté consiste toujours à accomplir le plus pleinement possible l'humanité qui est commune à tout homme. Est-ce difficile d'être humain ? Et de l'être en dehors de son groupe social, religieux. Pour cela, Gandhi est une belle figure, lui qui a lutté toute sa vie pour que hindous, musulmans et chrétiens puissent vivre pacifiquement.

Ce caractère radicalement universel des béatitudes a sa source en Dieu. Dieu aime chacun sans exception, car il est l'Amour de manière absolue et inconditionnelle. La première béatitude sur la pauvreté de coeur donne de vivre dès à présent de cette réalité du Royaume. Être pauvre de coeur, c'est en effet recevoir sa vie de Dieu comme un don immérité. Cette pauvreté spirituelle correspond à la nature filiale de notre existence : être fils, c'est recevoir sa vie d'un autre. Ils sont très nombreux sur terre à vivre ainsi humbles et pauvres accomplissant tous leurs devoirs de parents, de travailleurs au service de la communauté locale. Nous en connaissons certainement plusieurs. C'est eux qu'ils soient morts ou vivants que nous fêtons aujourd'hui parce que nous leur devons quelque chose ou beaucoup, parce qu'ils nous ont inspiré parce qu'ils ont été des modèles vivants d'humanité ou de sainteté, c'est presque équivalent.

Je termine sur une note qq peu humoristique qui peut vous aider à relativiser votre jugement sur vous-même : ne vous croyez jamais être un saint car, comme le dit saint Benoit dans sa règle il faut « le devenir d'abord, alors on le sera avec plus de vérité » (RB 4,62). Et encore, comme l'a écrit Fénelon dans une lecture qui illustrait dimanche dernier l'évangile du « Pharisien et du publicain : « L'âme se salit toujours un peu par la vue de sa vertu. - Cette manière de s'approprier les grâces est très subtile et très imperceptible dans certaines âmes qui paraissent droites et simples : elles n'aperçoivent pas le larcin qu'elles font. ... Ces âmes ne cessent de s'approprier leurs vertus que quand elles cessent de les voir et que tout semble leur échapper. ». Pour mettre en application tous ces conseils : soyons doux, pur d'esprit, humble, miséricordieux, sans presque le savoir, uniquement pour l'amour de Dieu afin que son nom soit sanctifié et que son règne vienne.

 

Tu as pitié de tous les hommes, parce que tu aimes tout ce qui existe

Seigneur, le monde entier est devant toi comme un rien sur la balance, comme la goutte de rosée matinale qui descend sur la terre. Pourtant, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’ils se convertissent. Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes œuvres ; si tu avais haï quoi que ce soit, tu ne l’aurais pas créé. Comment aurait-il subsisté, si tu ne l’avais pas voulu ? Comment serait-il resté vivant, si tu ne l’avais pas appelé ? En fait, tu épargnes tous les êtres, parce qu’ils sont à toi, Maître qui aimes les vivants, toi dont le souffle impérissable les anime tous.

Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent, pour qu’ils se détournent du mal et croient en toi, Seigneur.

Sg 11, 22 – 12, 2

Je t’exalterai, mon Dieu, mon Roi, je bénirai ton nom toujours et à jamais ! Chaque jour je te bénirai, je louerai ton nom toujours et à jamais.

Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ; la bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce et que tes fidèles te bénissent ! Ils diront la gloire de ton règne, ils parleront de tes exploits.

Le Seigneur est vrai en tout ce qu’il dit, fidèle en tout ce qu’il fait. Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent, il redresse tous les accablés.

Ps 144 (145), 1-2, 8-9, 10-11, 13cd-14

Le nom de notre Seigneur Jésus sera glorifié en vous, et vous en lui

Frères, nous prions pour vous à tout moment afin que notre Dieu vous trouve dignes de l’appel qu’il vous a adressé ; par sa puissance, qu’il vous donne d’accomplir tout le bien que vous désirez, et qu’il rende active votre foi. Ainsi, le nom de notre Seigneur Jésus sera glorifié en vous, et vous en lui, selon la grâce de notre Dieu et du Seigneur Jésus Christ.

Frères, nous avons une demande à vous faire à propos de la venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui : si l'on nous attribue une inspiration, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n'allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer. »

2 Th 1, 11 – 2, 2

Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu

En ce temps-là, entré dans la ville de Jéricho, Jésus la traversait. Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche. Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là. Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie. Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. » Zachée, debout, s’adressa au Seigneur : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. » Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »

Lc 19, 1-10

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