Homélie du 29 septembre 2019

Tu as reçu le bonheur, et Lazare, le malheur. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance

Dimanche, 26ème Semaine du Temps Ordinaire - Année C

Une homélie de fr.

Cet évangile est assez terrible pour nous, chrétiens, catholiques ou non, car à une très large majorité, nous sommes des riches à différents titres ; nous vivons à l'aise, nous avons reçu une bonne éducation, nous sommes riches de nos idées, de nos convictions. Inversement, les pauvres n'entrent guère dans nos églises ; ils sont à nos portes pour tendre la main. Et si nous sommes branchés aux médias, nous les voyons sur nos écrans de télévision par milliers, nous les voyons même débarquer dans nos pays en flot presque continu en quête d'un peu de dignité. Et nous sommes inquiets ; certains voudraient leur dire : rentrez chez vous, vous allez prendre notre pain. Je sais que la question des immigrés est complexe, et qu'elle suscite des divisions à n'en plus finir. Elle ne se limite d'ailleurs pas à la seule question économique, il s'y ajoute souvent une dimension raciale. Nous parlerons donc de notre entourage plus immédiat. Nous élèverons le débat à un niveau plus spirituel qui laisse sans doute plus de liberté, mais pas moins de questionnement car si ce pauvre était Jésus lui-même qui attend au fond de notre coeur un peu d'affection, un peu de tendresse, que ferions-nous ? Le Christ mendiant d'amour tel était le titre d'un livre de Bernard Bro des années 70 du siècle passé.

Que nous dit l'évangile ? Que, dans cette histoire, il y avait deux personnages très contrastés dont le seul point commun est de vivre un enfermement : un riche qui faisait la fête tous les jours d'un côté : il n'était pas méchant, il s'amusait avec ses amis qu'il réjouissait par ses festins quotidiens, sa musique, sa grande culture. Un pauvre de l'autre côté qui espérait recevoir des miettes de tous les festins du riche : il ne demandait rien de plus que de recevoir les miettes, ce que le riche va jeter comme on jette à la poubelle ce que nous avons en trop. Mais rien n'y fait car le riche n'a même pas réalisé la présence du pauvre à sa porte. Tous les deux sont enfermés dans leur condition de vie. Il ne semble pas y avoir de communication. L'auditeur de la parabole est en droit de se demander comment il peut sortir de cet enfermement.

La suite de l'histoire se déroule dans les cieux, après la mort : le riche va en enfer et le pauvre Lazare va au ciel. L'histoire n'est pas tout à fait finie : un dialogue, surréaliste, se noue entre les deux protagonistes par Abraham le père des croyants interposé, celui aussi qui a avait bon accueil aux anges de Dieu. Le riche voudrait donc que Lazare - maintenant il réalise son existence ! - vienne adoucir ses souffrances en enfer, et puis qu'il aille prévenir ses frères en richesse de ne pas commettre les mêmes erreurs que lui. Il en fait la demande à Abraham. Mais c'est un dialogue de sourds. Abraham lui répond chaque fois que c'est impossible : la vie après la mort est la continuité de la vie terrestre. Ce qui a été accompli sur terre, l'enfer ou le paradis est irréversible : notre sort est scellé dès ici-bas.

Autrement dit : les souffrances que toi le riche tu n'as pas épargnées aux autres, tu les subiras dans l'au-delà ; et inversement, lui Lazare, il recevra un bon accueil au ciel, lui qui n'as cessé d'espérer recevoir ce que le riche n'a jamais voulu lui donner en guise de partage ou de communion.

Vous me direz certainement qu'aujourd'hui, on ne doit plus croire à l'enfer, qu'il n'existe plus. Mais non, il existe bien aujourd'hui ici et là sur notre terre : pour les Musulmans Rohinga de Birmanie par exemple chassés de leur terre, pour les Congolaises de l'est du Congo violées par les soldats des armées rebelles, pour les Yéménites qui subissent une guerre par nations rivales interposées depuis plus de dix ans et plus près d chez nous dans des foyers où la femme violentée par son mari et dans bien d'autres situations que nous connaissons tous et chacun.

Revenons encore une fois à la parabole de Jésus dans le but avoué de saisir ce que nous pourrions faire pour ne pas subir le même sort funeste que le riche de la parabole. Quel est le reproche fondamental que Jésus lui adresse ? Quel est son défaut viscéral ? Il n'a rien fait de mal, il n'a pas violenté le pauvre mais il l'a ignoré. Il n'a pas voulu le secourir alors qu'il était à sa porte pour lui demander quelque chose de ce qu'il avait en trop. Il n'a rien fait, il a péché par omission. C'est aussi un péché d'aveuglement. Il lui est reproché de ne pas regarder autour de lui pour voir si quelqu'un avait besoin de lui, il lui est reproché de vivre égoïstement, de vivre sans se soucier de la misère des autres qui l'entourent. C'est sans doute le péché le plus commun que nous puissions commettre : ne pas faire ce que notre humanité commune avec d'autres frères nous oblige.

Ce reproche nous est adressé à nous tous qui vivons dans l'aisance. Nous ne faisons pas de festin chaque jour, mais nous avons de nombreuses assurances pour ne pas tomber dans la misère. Notre société est ainsi faite qu'elle nous prémunit contre la pauvreté. Elle est souvent loin de nous. Par-dessus le marché, nous avons de la chance que certaines organisations de la société civile prennent la défense des personnes désavantagées. Celle-ci a pris le relais des nombreuses organisations caritatives qui venaient en aide aux pauvres en leur prêtant assurance. Je suis toujours dans une profonde admiration des membres de ces associations qui offrent une partie de leur temps à défendre leurs droits, à leur offrir ne fût-ce que provisoirement nourriture et logement.

Tous ces avantages que notre société nous lègue devraient nous rendre plus attentifs à tous ceux qui n'ont pas les mêmes chances que nous. Nous pouvons créer des enfers à cause de notre inaction, de notre indifférence à la souffrance des autres. Inversement créer des paradis sur cette terre est à notre portée. C'est même ce que les chrétiens doivent essayer de faire, en brisant les chaînes de solitude, les murs d'indifférence, voire de mépris pour nos frères et soeurs qui sont dans le besoin.

Terminons cette homélie par une note spirituelle : si, comme je le disais au début, le pauvre qui est à notre porte pour tendre la main afin de recevoir un peu de notre attention, de notre affection était le Christ, est-ce que nous allons l'ignorer, lui dire peut-être : tu me déranges, j'ai autre chose à faire ? Sinon, la prochaine fois que nous verrons un pauvre tendre la main, empressons-nous de bien le recevoir, de l'accueillir comme le Christ ainsi que le recommandent l'évangile (Mt 25 : j'étais pauvre et vous m'avez nourri) et saint Benoit dans sa Règle : recevoir l'hôte comme le Christ.

 

La bande des vautrés n’existera plus

Ainsi parle le Seigneur de l’univers : Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Sion, et à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie. Couchés sur des lits d’ivoire, vautrés sur leurs divans, ils mangent les agneaux du troupeau, les veaux les plus tendres de l’étable ; ils improvisent au son de la harpe, ils inventent, comme David, des instruments de musique ; ils boivent le vin à même les amphores, ils se frottent avec des parfums de luxe, mais ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël ! C’est pourquoi maintenant ils vont être déportés, ils seront les premiers des déportés ; et la bande des vautrés n’existera plus.

Am 6, 1a.4-7

Le Seigneur garde à jamais sa fidélité, il fait justice aux opprimés ; aux affamés, il donne le pain ; le Seigneur délie les enchaînés.

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles, le Seigneur redresse les accablés, le Seigneur aime les justes, le Seigneur protège l’étranger.

Il soutient la veuve et l’orphelin, il égare les pas du méchant. D’âge en âge, le Seigneur régnera : ton Dieu, ô Sion, pour toujours !

Ps 145 (146), 6c.7, 8.9a, 9bc-10

Garde le commandement jusqu’à la Manifestation du Seigneur

Toi, homme de Dieu, recherche la justice, la piété, la foi, la charité, la persévérance et la douceur. Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle ! C’est à elle que tu as été appelé, c’est pour elle que tu as prononcé ta belle profession de foi devant de nombreux témoins.

Et maintenant, en présence de Dieu qui donne vie à tous les êtres, et en présence du Christ Jésus qui a témoigné devant Ponce Pilate par une belle affirmation, voici ce que je t’ordonne : garde le commandement du Seigneur, en demeurant sans tache, irréprochable jusqu’à la Manifestation de notre Seigneur Jésus Christ. Celui qui le fera paraître aux temps fixés, c’est Dieu, Souverain unique et bienheureux, Roi des rois et Seigneur des seigneurs, lui seul possède l’immortalité, habite une lumière inaccessible ; aucun homme ne l’a jamais vu, et nul ne peut le voir. À lui, honneur et puissance éternelle. Amen.

1 Tm 6, 11-16

Tu as reçu le bonheur, et Lazare, le malheur. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance

En ce temps-là, Jésus disait aux pharisiens : « Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux. Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare, qui était couvert d’ulcères. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères. Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra. Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; levant les yeux, il vit Abraham de loin et Lazare tout près de lui. Alors il cria : « Père Abraham, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise. – Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur pendant la sienne. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance. Et en plus de tout cela, un grand abîme a été établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient passer vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous. » Le riche répliqua : « Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père. En effet, j’ai cinq frères : qu’il leur porte son témoignage, de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de torture ! » Abraham lui dit : « Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent ! – Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront. » Abraham répondit : « S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus. » »

Lc 16, 19-31

pageData
Array
(
    [page] => Array
        (
            [title] => Homélie
            [description] => 
            [headerLogo] => Array
                (
                )

        )

    [description] => Monastère Saint-André de Clerlande
)
GET
Array
(
    [page] => liturgie
    [page2] => homelie
    [page3] => 10468
    [page4] => Tu_as_recu_le_bonheur_et_Lazare_le_malheur_Maintenant_lui_il_trouve_ici_la_consolation_et_toi_la_souffrance
)
tooltip