Homélie du 1 septembre 2019

Quiconque s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé

22ème dimanche du Temps Ordinaire - Année C

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Une fois de plus, l'évangile nous montre Jésus à table. Vous savez qu'il y est souvent question de repas, de banquets de noces à Cana, de festins pour le retour du Prodigue, de table accueillante chez des amis, mais aussi de piquenique sur les collines, les miettes de la table des enfants que la pauvre Syro-Phénicienne ramasse, et surtout de ce repas d'adieu, la 'Dernière Cène' que nous évoquons en ce moment par l'eucharistie. Et n'oublions pas non plus la table d'Emmaüs et les autres repas pris avec les disciples après sa résurrection dont l'évangéliste Luc aime parler (cfr. Ac 1, 4). On pourrait encore évoquer le 'banquet eschatologique' où « beaucoup viendront du levant et du couchant prendre place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des cieux ». Oui, les repas sont importants dans la vie de Jésus, et il y est toujours attentif à ce qui se passe : pourquoi un notable l'invite, comment une femme connue dans la ville peut y entrer, comment Marthe s'affaire trop au détriment de l'échange amical, la joie du publicain Lévi, mais aussi, comme dans l'évangile d'aujourd'hui, la façon dont les invités choisissent leur place.

La table est en effet un lieu de vie fondamental, le lieu du partage, de l'échange, de la reconnaissance mutuelle. Mais le risque des échanges à table est toujours que l'un ou l'autre convive en profite pour se faire valoir et pour essayer d'en tirer profit, au lieu de simplement se réjouir de la compagnie. De fait, assez spontanément, nous cherchons partout notre avantage. Nous voulons bien donner, mais en c'est en espérant qu'on nous le rende. C'est pourquoi Jésus nous livre ici une recommandation qui lui tient à coeur : « Quand tu donnes un dîner, - invite les pauvres, et tu seras heureux, parce qu'ils n'ont rien à te rendre. »

Mes frères, mes soeurs, par ces quelques mots nous sommes d'emblée au coeur de l'Évangile qui est une expérience de la gratuité, ou plus précisément une expérience de la grâce. Dès ses premières interventions, comme, chez Luc, dans ce qu'on appelle 'le sermon dans la plaine', Jésus insiste : « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel sens cela a-t-il ? (-) Et si vous prêtez à ceux dont vous espérez qu'ils vous rendent, quel sens cela a-t-il ? Même les pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu'on leur rende l'équivalent. »

Jésus réagit toujours contre cette tendance, si profondément ancrée, de rechercher le rendement, ce qui est rentable. Parce qu'en voulant toujours rentabiliser nos dons, nous finissons par oublier les personnes, et l'accumulation de richesses devient une idolâtrie. Il nous rappelle au contraire la joie qu'il y a à donner sans compter : « tu seras heureux s'ils n'on rien à te rendre. »

Mais revenons à l'ensemble de ce passage d'évangile. Pour pouvoir l'accueillir concrètement, il nous faut bien le situer. En fait, il est comme un résumé de la parabole qui suit immédiatement notre texte, celle des invités à la noce qui se récusent tous, et que le Maitre du banquet remplace précisément par les mêmes pauvres (estropiés, aveugles et boiteux). C'est dire que nous ne devons pas prendre à la lettre cette demande de ne pas inviter les amis et parents, mais seulement les plus pauvres. Il s'agit en fait d'une espèce de parabole. Jésus ne nous demande pas d'ouvrir désormais l'hôtellerie du monastère au tout venant et de ne plus jamais demander de paiement à ceux qui en profitent. Mais il nous redit qu'« il y a plus de joie à donner qu'à recevoir » (Ac 20,35), surtout si la main gauche ignore ce que donne la main droite, je veux dire, si l'on donne comme les fleurs là-bas donnent leur parfum, avec légèreté et simplicité.

Il s'agit d'une attitude fondamentale d'accueil de la grâce qui passe, dans la gratitude et la gratuité. Le mot 'grâce' peut nous sembler un peu faible, mais il est central dans le Nouveau Testament. Déjà Marie était « pleine de grâce » et Jésus est venu pour annoncer un temps de grâce. Aussi, dans son Prologue, l'évangéliste Jean écrit : « Nous avons reçu de lui grâce sur grâce » (Jn 1, 16). Nous pouvons aussi accueillir ce don. Entrer dans cette démarche n'est pas un devoir, mais nous pouvons en reconnaitre le goût quand nous nous surprenons à donner ainsi sans arrière-pensée. C'est alors une source de grande joie. La grâce est toujours associée à la joie, même à travers la douleur. En tout cas, en laissant cette grâce de Dieu nous envahir peu à peu, et nous réjouir, nous sommes aussi spontanément attentifs à ceux qui, autour de nous, sont dans la tristesse, le besoin, les disgraciés, et nous sommes désireux de les inviter en quelque sorte à notre table.

Finalement, quand nous laissons l'Évangile nous pénétrer, nous ne cherchons plus de façon systématique, obsessionnelle, à défendre nos droits et à ce que les autres nous rendent toujours justice, mais c'est nous qui voulons rendre à chacun toute l'attention et l'affection qui lui revient.

Et nous aimons alors rendre grâce à Dieu. L'eu-charistie est précisément une 'action de grâce'. A cette table eucharistique, Jésus lui-même nous accueille, tels que nous sommes, pauvres, un peu estropiés, boiteux ou aveugles, tous graciés tous participants de son amour infini pour le monde.

 

Il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur

Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur. Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur. Grande est la puissance du Seigneur, et les humbles lui rendent gloire. La condition de l’orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui. Qui est sensé médite les maximes de la sagesse ; l’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute.

Si 3, 17-18.20.28-29

Les justes sont en fête, ils exultent ; devant la face de Dieu ils dansent de joie. Chantez pour Dieu, jouez pour son nom. Son nom est Le Seigneur ; dansez devant sa face.

Père des orphelins, défenseur des veuves, tel est Dieu dans sa sainte demeure. À l’isolé, Dieu accorde une maison ; aux captifs, il rend la liberté.

Tu répandais sur ton héritage une pluie généreuse, et quand il défaillait, toi, tu le soutenais. Sur les lieux où campait ton troupeau, tu le soutenais, Dieu qui es bon pour le pauvre.

Ps 67 (68), 4-5ac, 6-7ab, 10-11

Vous êtes venus vers la montagne de Sion et vers la ville du Dieu vivant

Frères, quand vous êtes venus vers Dieu, vous n’êtes pas venus vers une réalité palpable, embrasée par le feu, comme la montagne du Sinaï : pas d’obscurité, de ténèbres ni d’ouragan, pas de son de trompettes ni de paroles prononcées par cette voix que les fils d’Israël demandèrent à ne plus entendre.

Mais vous êtes venus vers la montagne de Sion et vers la ville du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, vers des myriades d’anges en fête et vers l’assemblée des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux. Vous êtes venus vers Dieu, le juge de tous, et vers les esprits des justes amenés à la perfection. Vous êtes venus vers Jésus, le médiateur d’une alliance nouvelle.

He 12, 18-19.22-24a

Quiconque s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé

Un jour de sabbat, Jésus était entré dans la maison d’un chef des pharisiens pour y prendre son repas, et ces derniers l’observaient. Jésus dit une parabole aux invités lorsqu’il remarqua comment ils choisissaient les premières places, et il leur dit : « Quand quelqu’un t’invite à des noces, ne va pas t’installer à la première place, de peur qu’il ait invité un autre plus considéré que toi. Alors, celui qui vous a invités, toi et lui, viendra te dire : ‘Cède-lui ta place’ ; et, à ce moment, tu iras, plein de honte, prendre la dernière place. Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t’a invité, il te dira : ‘Mon ami, avance plus haut’, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui seront à la table avec toi. En effet, quiconque s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »

Jésus disait aussi à celui qui l’avait invité : « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins ; sinon, eux aussi te rendraient l’invitation et ce serait pour toi un don en retour. Au contraire, quand tu donnes une réception, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; heureux seras-tu, parce qu’ils n’ont rien à te donner en retour : cela te sera rendu à la résurrection des justes. »

Lc 14, 1.7-14

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