Homélie du 19 août 2019

Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux

Lundi, 20ème Semaine du Temps Ordinaire - Année Impaire

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Cet évangile nous offre une des rare paroles où Jésus nous révèle sa vie intérieure. Il n'enseigne pas ni n'interpelle personne, mais il laisse s'échapper comme un cri, son expérience la plus intime. On se souvient de cette autre exclamation retenue par saint Luc où Jésus parle de son rapport avec son Père : « Je te bénis, Père- Oui, c'est ainsi que tu l'as voulu dans ta bienveillance- » A la Dernière Cène, il dit aussi : « J'ai désiré d'un grand désir manger cette Pâque avec vous ». Et au Jardin des Oliviers ou dans sa Passion, il prie encore avec angoisse son Père- Mais il n'y a pas beaucoup d'autres moments qui nous permettent d'entrevoir le vécu personnel de Jésus. Ces quelques versets de l'évangile d'aujourd'hui sont une précieuse révélation sur le sens de la vie de Jésus.

Essayons donc de recueillir l'appel qu'il nous adresse ici quand il nous dit en confidence pourquoi il est venu : « Je suis venu apporter un feu sur la terre- », mais aussi par quoi il doit passer : « Je dois recevoir un baptême- » Il est en effet sur le chemin de Jérusalem. Il est bien conscient qu'en allant témoigner à Jérusalem de son expérience puisée dans son intime communion avec le Père, il risque d'être persécuté et même tué. Mais il marche résolument. A la Transfiguration, Luc note d'ailleurs que Jésus parlait avec Moïse et Élie « de son exode qui allait s'accomplir à Jérusalem ». Il pressent que cette marche vers Jérusalem sera comme un exode à travers la mer, une immersion totale, un baptême, mais aussi un passage, car le baptême est une traversée de la mer. Et au-delà de cette épreuve, il sait que son exode se poursuivra mystérieusement, car le feu qu'il est venu apporter, le feu de son Esprit, se répandra à la Pentecôte sur les disciples pour embraser finalement toute la terre, en tout cas tous ceux qui voudront l'accueillir.

C'est ici que nous devons nous poser la question : ce feu que Jésus désirait tant voir allumé partout, comment s'est-il répandu dans l'Église depuis lors et jusqu'aujourd'hui ? Est-ce qu'il nous atteint, nous aussi ? Nous avons vu des saints qui se sont laissé brûler par ce feu, et ils en ont été tout à fait consumés. Quant à nous, il semble que nous soyons plus difficilement inflammables, parce que nous sommes faits d'une pâte pour une part réfractaire. Et cependant, mes frères, mes soeurs, ce feu nous atteint aussi. Être chrétien, c'est être responsables de ce feu.

Voyons donc auprès des saints disciples comment le feu a pris chez eux, pour que nous puissions, nous aussi l'accueillir et le rayonner ? Je vois deux façons de s'y prendre, et éventuellement une troisième.

Une première voie qui est possible à tous est la méditation des Écritures, et tout particulièrement de ce qu'elles nous disent de Jésus. Nous pouvons avoir confiance qu'en lisant et relisant paisiblement, patiemment ces textes, notre coeur de pierre réfractaire deviendra un coeur de chair, et nous découvrirons que notre coeur en devient tout brûlant, quand Jésus lui-même nous explique ces Écritures. Il faut seulement rester vigilants pour que la brûlure de ce feu ne puisse plus se cicatriser.

Saint Benoît, dans sa Règle des moines (une règle dont beaucoup de non-moines tirent grand profit) nous indique un autre chemin pour marcher « sous la guidance de l'Évangile ». Il nous demande de développer entre nous la « bonne ardeur ». C'est pratiquement le dernier chapitre de sa Règle, le résumé et le coeur de sa doctrine spirituelle. La « bonne ardeur » est en effet ce feu intérieur que nous devons laisser nous embraser. Le risque de la vie monastique, — de toute vie, — est la tiédeur, mais nous savons, comme le dit l'Apocalypse, que Dieu vomit les tièdes. C'est pourquoi saint Benoît nous indique quelques démarches simples pour entretenir cette « ardeur toute de bonté, (-) à laquelle les moines doivent s'adonner avec le plus fervent amour. Ils auront les uns pour les autres une profonde prévenance. Ils supporteront avec une patience sans limite leurs infirmités de corps et d'esprit. Chacun cherchera à obéir aux autres.et tous vivront d'un coeur pur la vie de charité fraternelle. » Tout cela peut paraître bien élémentaire. Mais si nous voulons bien regarder honnêtement notre comportement quotidien, nous devons reconnaître que cela n'est pas si facile ! Comme le dit le Bien-Aimé du Cantique des Cantique, « Les flammes de l'amour sont des flammes ardentes, un feu sacré. Car l'Amour est fort comme la mort ». Mais il nous faut immédiatement ajouter que l'amour est aussi faible, fragile, comme la vie. C'est pourquoi, il ne s'agit pas de faire du zèle, du forcing. Mais simplement d'aller sans crainte par le chemin qui nous est tracé.

Et nous découvrirons un jour que ce grand feu intérieur qui nous habite nous permet de traverser les vallées de l'ombre, les épreuves de notre vie fragile. Saint Benoît prévoit cela aussi dans un autre chapitre (le septième) où il évoque un autre aspect du feu, et notamment le nécessaire passage par l'humilité : « l'Écriture dit encore 'Tu nous as éprouvés, ô Dieu, tu nous as fait passer par le feu, comme on fait passer l'argent par le feu du creuset.' »

 

Le Seigneur suscita des juges. Mais ils n’obéissaient pas non plus à leurs juges

En ces jours-là, les fils d’Israël firent ce qui est mal aux yeux du Seigneur, et ils servirent les Baals. Ils abandonnèrent le Seigneur, le Dieu de leurs pères, qui les avait fait sortir du pays d’Égypte, et ils suivirent d’autres dieux parmi ceux des peuples d’alentour. Ils se prosternèrent devant eux, et ils irritèrent le Seigneur. Ils abandonnèrent le Seigneur pour servir Baal et Astarté. Alors la colère du Seigneur s’enflamma contre Israël. Il les livra aux mains des pillards, les abandonna aux ennemis qui les entouraient, et ils furent incapables de leur résister. Dans toutes leurs expéditions, la main du Seigneur était contre eux, pour leur malheur, comme il le leur avait dit, comme il en avait fait serment. Ils furent dans une très grande détresse.

Alors le Seigneur suscita des juges pour les sauver de la main des pillards. Mais ils n’obéissaient pas non plus à leurs juges. Ils se prostituèrent en suivant d’autres dieux, ils se prosternèrent devant eux. Ils ne tardèrent pas à se détourner du chemin où leurs pères avaient marché en obéissant aux commandements du Seigneur ; ils n’agirent pas comme eux. Lorsque le Seigneur suscitait pour eux un juge, le Seigneur était avec le juge, et il les sauvait de la main de leurs ennemis aussi longtemps que le juge était en vie ; car le Seigneur se laissait émouvoir quand ils gémissaient sous la violence de leurs oppresseurs. Mais quand le juge était mort, ils recommençaient et poussaient la corruption plus loin que leurs pères : ils suivaient d’autres dieux, les servaient et se prosternaient devant eux ; ils ne renonçaient en rien à leurs pratiques ni à leur conduite obstinée.

Jg 2, 11-19

Avec nos pères, nous avons péché, nous avons failli et renié. Ils vont se mêler aux païens, ils apprennent leur manière d’agir.

Alors ils servent leurs idoles, et pour eux c’était un piège : ils offrent leurs fils et leurs filles en sacrifice aux démons.

De telles pratiques les souillent ; ils se prostituent par de telles actions. Et le Seigneur prend feu contre son peuple : ses héritiers lui font horreur.

Tant de fois délivrés par Dieu, ils s’obstinent dans leur idée, Et lui regarde leur détresse quand il entend leurs cris.

Ps 105 (106), 6.35, 36-37, 39-40, 43ab.44

Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux

En ce temps-là, voici que quelqu’un s’approcha de Jésus et lui dit : « Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? » Jésus lui dit : « Pourquoi m’interroges-tu sur ce qui est bon ? Celui qui est bon, c’est Dieu, et lui seul ! Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements. » Il lui dit : « Lesquels ? » Jésus reprit : « Tu ne commettras pas de meurtre. Tu ne commettras pas d’adultère. Tu ne commettras pas de vol. Tu ne porteras pas de faux témoignage. Honore ton père et ta mère. Et aussi : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Le jeune homme lui dit : « Tout cela, je l’ai observé : que me manque-t-il encore ? Jésus lui répondit : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi. »

À ces mots, le jeune homme s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.

Mt 19, 16-22

pageData
Array
(
    [page] => Array
        (
            [title] => Homélie
            [description] => 
            [headerLogo] => Array
                (
                )

        )

    [description] => Monastère Saint-André de Clerlande
)
GET
Array
(
    [page] => liturgie
    [page2] => homelie
    [page3] => 10254
    [page4] => 
)
tooltip