Homélie du 25 novembre 2018

C’est toi-même qui dis que je suis roi

Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l'Univers, année B - Année B

Une homélie de fr. Martin Neyt

La liturgie de ce jour reprend la question de Pilate : Es-tu le roi des Juifs et Jésus de répondre : « c'est toi qui le dis ! (Su legeis). Ma royauté n'est pas de ce monde- ». Et sur la croix, Jésus dira au bon larron « Aujourd'hui, avec moi, tu seras en Paradis. »

Roi, Royaume, Paradis, Règne de Dieu. Cette fête nous ouvre à de nouvelles dimensions de l'espace et du temps dont nous parle le Christ. L'élaboration du Règne de Dieu remonte aux Psaumes que nous chantons chaque jour, dans la tradition juive, elle est magnifiée dans le culte céleste des anges et dans le culte terrestre rendu au Temple de Jérusalem. Plus tard, le judaïsme vit dans l'attente d'un Messie libérateur qui délivrera le peuple de la domination romaine. Règne dans la durée, la dimension temporelle ; Royaume de Dieu, dans la dimension spatiale, les deux appellations se complétant.

Un homme a incarné cette espérance : Jean-Baptiste instaurant l'imminence de cette venue et instaure un baptême, le pardon des péchés avant le jugement dernier qui précède la venue du Règne de Dieu. Jésus se démarque de ses perspectives de trois manières.

Le premier point est capital : Quand Jésus parle du Règne de son Père, il n'aborde pas le phénomène politique. Ce Règne est ouvert à tous et pas seulement aux enfants d'Israël. Il vient accomplir la Loi dans une démarche de foi et d'amour. Dans l'Église, des Papes n'ont pas échappé à un désir d'affirmer leur soif de puissance et de pouvoir. Le Pape Pie XI, en 1925, affirme en créant la fête du Christ-Roi que toutes les nations doivent obéir aux lois du Christ. Cette vision s'inscrit dans une perspective triomphale du Christianisme dont on commence à sortir.

Érasme, au temps de Luther, s'est insurgé contre le pouvoir de l'Église qu'il dénonce dans une satire sur le Pape Jules II qu'il prive du Paradis. Voici l'histoire : Jules II arrive devant les portes du Paradis après sa mort et s'étonne de les trouver fermées alors qu'il en a la clef :

Qu'est-ce qui ne va pas ? Les portes ne sont pas ouvertes. J'ai l'impression que la serrure a été changée ou forcée.

• (Son génie protecteur) lui répond : Regarde plutôt si tu as apporté la bonne clef. Pourquoi n'as-tu pas apporté les deux clefs ? Celle-ci est la clef de la puissance, pas de la connaissance.

• Jules II : Mais jusqu'ici je n'en ai jamais eu d'autres et je ne vois pas à quoi servirait la clef de la connaissance puisque j'ai celle de la puissance !

• Et le voilà exclu du Paradis- La royauté du Père et de son Fils bien-aimé n'est pas celle d'un autoritarisme politique dont l'Église doit toujours se garder, de même que du cléricalisme. Son royaume est celui de la douceur, du pardon et de la paix, de l'Amour.

Un second point nous montre que Jésus ne partage pas le pessimisme de la fin des temps de type apocalyptique. Le monde n'est pas immédiatement lié aux ténèbres. Les Béatitudes sont l'envers des malheurs, des larmes, de la souffrance.

Dans l'apocalypse, Jésus est présenté comme le témoin fidèle du mystère divin, le premier-né d'entre les morts, le prince des rois de la terre. Il est venu pour rendre témoignage à la vérité et quiconque écoute sa voix appartient à la vérité. En parcourant avec ses disciples la terre d'Israël, il souligne la beauté de la création : « Regardez les oiseaux du ciel, observez les lis des champs, comme ils croissent : ils ne peinent ni ne filent. Je vous le dis, Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n'a jamais été vêtu comme l'un d'eux. Ne vous inquiétez. Votre Père des cieux sait ce dont vous avez besoin. Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice et tout cela vous sera donné par surcroît ». L'espace de la création apparaît comme un Paradis commencé sur terre.

Enfin apparaît mon troisième point : Si le Règne de Dieu est devant nous, au futur, il est éminemment présent, dans l'aujourd'hui. Dans le 'Notre Père' Jésus prie 'Que ton Règne vienne', que l'Esprit Saint éclaire notre quotidien. Car le Royaume est déjà parmi nous. Il est pareil à un grain de moutarde qui devient un grand arbre dans lequel nichent les oiseaux du ciel. Il est déjà là et Il est aussi espéré, attendu. Dans le Royaume des cieux, un Juif et un Chrétien se disputeront : l'un dira : le voici qui vient et l'autre répondra : mais il est déjà venu parmi nous.

Dans le procès dramatique devant Pilate, ce dernier tente de concilier les deux adversaires intransigeants. Finalement il rend une sentence de mort alors qu'il sait que Jésus ne mérite pas ce châtiment (Jn 19. 12). Jésus proclame que sa royauté n'est pas politique. L'accusation « roi des Juifs » mentionné dans les quatre évangiles devient sur le bois de la croix la reconnaissance par Pilate de la vérité de Jésus mentionnée en trois langues dans le style d'une inscription impériale (Jn 19. 20) .

Le mystère que nous célébrons aujourd'hui nous révèle la Royauté divine, empreinte de miséricorde et d'amour, des Béatitudes plus fortes que la mort, dans le Christ, premier-né d'entre les morts, témoin fidèle du Père dans ce monde et au-delà du temps.

Mes soeurs, mes frères.

Soyez les bienvenus à Clerlande en ce dimanche où nous célébrons la fête du Christ-Roi. Cette célébration clôture le cycle de l'année liturgique et annonce déjà le début de l'Avent dimanche prochain.

Comme dans un cercle, plus nous nous rapprochons du centre, plus nous sommes reliés les uns aux autres, ainsi en ce jour tournés vers le Christ qui nous ouvre le Royaume de Dieu, nous nous rapprochons les uns des autres par la prière et le soutien fraternel. Ce sont nos hôtes proches, amis de longue date, ce sont des visages nouveau.

En ce dimanche « autrement », la fraternité de Clerlande vient méditer et partager sur les textes liturgiques ; les Chevaliers de l'Ordre de Malte passent un temps de retraite chez nous. Dans notre communauté de Mambré à Kinshasa, le frère Joseph se prépare à la profession solennelle. C'est la 5e profession solennelle depuis la relance de ce monastère en 2012. Priez aussi pour Thierry Donck, président de notre ONG et moi-même qui partons demain matin à Kinshasa dans un pays qui se prépare à élire un président.

Toutes ses intentions et bien d'autres encore, entrent dans ce cercle de notre communion dominicale avec l'Église tout entière tournée vers le Christ Jésus. Recueillons-nous devant la Croix du Christ, source de Vie et de Compassion.

 

Sa domination est une domination éternelle

Moi, Daniel, je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite.

Dn 7, 13-14

Le Seigneur est roi ; il s’est vêtu de magnificence, le Seigneur a revêtu sa force.

Et la terre tient bon, inébranlable ; dès l’origine ton trône tient bon, depuis toujours, tu es.

Tes volontés sont vraiment immuables : la sainteté emplit ta maison, Seigneur, pour la suite des temps.

Ps 92 (93), 1abc, 1d-2, 5

Il a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père

Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né des morts, le prince des rois de la terre.

À lui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père, à lui, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Amen. Voici qu’il vient avec les nuées, tout œil le verra, ils le verront, ceux qui l’ont transpercé ; et sur lui se lamenteront toutes les tribus de la terre. Oui ! Amen !

Moi, je suis l’Alpha et l’Oméga, dit le Seigneur Dieu, Celui qui est, qui était et qui vient, le Souverain de l’univers.

Ap 1, 5-8

C’est toi-même qui dis que je suis roi

En ce temps-là, Pilate appela Jésus et lui dit : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus lui demanda : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? » Pilate répondit : « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? » Jésus déclara : « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. » Pilate lui dit : « Alors, tu es roi ? » Jésus répondit : « C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. »

Jn 18, 33b-37

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