Homélie du 21 mai 2017

Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur

6ème Dimanche de Pâques - Année A

Une homélie de fr. Raphaël Buysse

C'est clair. Il va partir.

Oh, ils s'en doutaient bien. Il ne tient pas en place. Ils l'avaient bien deviné. Lorsqu'il était quelque part, il disait « allons ailleurs », « passons sur l'autre rive ». Quand on voulait le retenir, il se remettait en route. Et lorsqu'on commençait à l'acclamer, « il allait son chemin ». Alors, oui, ils s'en doutaient : cela devait arriver.

Ils l'avaient pris pour un instable, ils le trouvaient changeant et un brin fantaisiste. Ils le considéraient comme une espèce de va-nu-pieds.

À vrai dire, il les fatiguait un peu, les disciples. Quand deux ou trois se croyaient arrivés et lui disaient : « dressons ici trois tentes », il répondait « reprenons le chemin », « c'est pour cela que je suis sorti ». Il faut dire qu'il avait de qui tenir : certains lui donnaient Abraham comme ancêtre-

Quelqu'un lui demandait de prendre du temps pour enterrer son père, il répondait sèchement : « Suis-moi, et les laisse les morts enterrer leurs morts ». Si les renards ont des terriers et les oiseaux du ciel des nids, lui n'avait pas de pierre où reposer sa tête.

Ils le pensaient sans racine, sans maison. Ils le plaignaient d'être sans demeure jusqu'au jour où à force de le côtoyer ils ont compris qu'il habitait le ciel. Non, pas exactement le ciel : il habitait en Dieu. Le Père était sa vraie demeure, le lieu-dit de sa solitude et la source joyeuse de sa grande liberté. C'est en lui et en lui seul qu'il avait - premier d'une longue lignée - fait voeu de stabilité. C'est cette stabilité qui libérait en lui l'amour. Sa présence constante dans le coeur de son Père lui fixait rendez-vous aux carrefours des hommes et des femmes de son temps.

C'est là tout le paradoxe de Jésus : plus il était enraciné, plus il se sentait libre de s'en aller, de reprendre la route et de s'installer jamais nulle part. L'enracinement comme condition de sa mobilité-

« D'ici peu de temps, le monde ne me verra plus- »

« Vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi »

Dans cet enracinement de Jésus en son Père, nous avons de la graine à prendre pour nos vies. Apprendre de lui à demeurer en terre d'évangile, à faire de sa Parole le Livre de notre vie. A devenir par elle de vrais aventuriers, des voyageurs infatigables. Apprendre de sa Parole à sortir de l'inquiétude stérile qui fait que l'on accumule des choses et des savoirs, des habitudes et des traditions plutôt que de vivre chaque jour comme un tout nouveau jour. Apprendre du nomade de Nazareth à sortir comme lui plutôt que de nous calfeutrer, et aller au devant de l'inattendu au lieu de rester chez soi craignant sans cesse les mornes lendemains.

Puisqu'il s'en va, le Christ, puisqu'il se met en route toujours, c'est l'heure de le suivre. Et de s'enraciner en lui pour devenir plus libres d'aller et de venir. C'est l'heure d'oser-

« Je ne vous laisserai pas orphelins » avait-il dit. N'ayez pas peur de cela. Je ne vous laisserai pas seuls, pas isolés, pas dépeuplés, pas désolés. « Je prierai le Père de vous envoyer un défenseur », un avocat et un allié.

Il évoquait le Souffle qu'il enverrait sur notre terre, ce souffle de vie qui habite le coeur de chaque être humain. Un souffle qui donnerait à la vie des disciples une épaisseur nouvelle, une nouvelle qualité d'être, une plus haute qualité d'existence.

Ce souffle nouveau qui ferait de leur vie ordinaire le lieu de Dieu lui-même. Un « défenseur », l'Esprit de vérité qui mettrait ciel sur terre, comme disent nos frères orientaux. Un Esprit de vérité qui ferait passer l'engrais de Dieu dans nos sillons humains, qui ferait sauter les verrous, les protections, les fermetures et les enfermements-

Pas seulement les verrous de la peur, mais aussi les verrous qui nous enferment dans les certitudes. Vous savez : ces certitudes qui se glissent insidieusement en nous, certitudes que l'on sait tout, qu'on a toujours raison, qu'on a la vérité et que les autres ont forcément toujours tort. Cet Esprit annoncé nous défendrait de nous-mêmes, heureux esprit de délivrance. Un souffle de liberté.

Il nous faut ce matin accueillir cette promesse de Jésus. Non pas en devenant de pieux dévôts qui ânonnent leurs prières mais des hommes et des femmes qui exposent leur vie - même lorsqu'elle est fragile - au souffle du Seigneur qui provoque toujours les mêmes questions : est-ce que nous sommes bien au service des hommes et des femmes de ce temps ? Est-ce que nos façons de faire, nos paroles, nos jugements sont d'abord et toujours des actes de confiance en l'homme ?

La fidélité au Souffle du Seigneur nous ramènera toujours à cette question : est-ce que nos communautés sont bien au coeur des vrais besoins des hommes et des femmes d'aujourd'hui ? A l'écoute de leurs désirs profonds ? Et nos balbutiements sont-ils des éléments de réponse à leur quête de vie et de bien-être ? On ne peut pas être des disciples de Jésus sans se poser toujours ces questions là.

Il leur a dit aussi : « Je reviens vers vous ».

Il ne sert donc à rien de regarder le ciel et de fixer nos yeux sur l'horizon. Nous avons à le chercher et à le trouver parmi les visages que nous croisons, dans les visages proches de nous, visages qui nous regardent, visages qui nous appellent. Les seules traces de lui qui attestent sa présence dans le monde d'aujourd'hui sont les vivants que nous essayons d'être qui travaillent à donner une place sur cette terre aux lépreux et aux exclus de toutes sortes. Il est bien là, en nous et autour de nous, quand la haine ou la peur ne régissent plus les relations, quand la compassion l'emporte sur le mépris, quand le respect empêche la violence capable des pires instincts, quand l'accueil de l'étranger nous garde de tout repli sur soi !

Amis, c'est à nous d'attester maintenant par nos visages et par nos voix, par nos actions et par nos choix, la vitalité du Ressuscité. C'est à nous d'attester par nos façons de vivre, par nos allers et venues à la rencontre de nos contemporains, que le Seigneur revient et qu'il est là. Car il revient : nous en sommes la trace, premières lueurs de sa venue, premiers présages de ce « soleil levant qui vient nous visiter ».

Il n'a pas aujourd'hui d'autres mains que les nôtres, pas d'autres regards que les nôtres, pas d'autres oreilles que les nôtres, pas d'autres gestes que ceux que nous faisons, ici et maintenant, en mémoire de Lui.

Dans quelques instants, nous allons communier à sa vie comme nous avons déjà communié à sa Parole. Nous allons « devenir ce que nous recevons ».

« Celui qui reçoit mes commandements et les garde, dit Jésus, c'est celui-là qui m'aime ; et celui qui m'aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l'aimerai, et je me manifesterai à lui »

Résonne en moi cette hymne magnifique du Père Didier Rimaud :

Oui, vraiment , quoi faire d'autre qu'ouvrir nos coeurs à son souffle de vie ? Sa vie se greffera à nos âmes qu'il touchera. Nous deviendrons ce peuple nouveau qu'il fait renaitre des eaux. Il respirera en notre bouche plus que nous-mêmes ! Puisqu'il revient, offrons nos coeurs aux langues de son Feu : par nous brûlera enfin le coeur de la terre, et il se pourrait bien que nos vies annoncent alors le mystère de la sienne. Puisqu'il vient et qu'il est déjà là, livrons sans crainte nos êtres aux germes de son Esprit venus se joindre à toute souffrance. Demandons-lui sa violence à son service. Si nous tournons nos yeux vers cet hôte intérieur, sans rien vouloir d'autre que sa présence, il nous fera vivre de l'Esprit. Et il habitera tous nos silences et toutes nos prières [*]-

*: [1] Il faut ici aller relire, chanter, murmurer, prier cette hymne magnifique

 

Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils reçurent l’Esprit Saint

En ces jours-là, Philippe, l’un des Sept, arriva dans une ville de Samarie, et là il proclamait le Christ. Les foules, d’un même cœur, s’attachaient à ce que disait Philippe, car elles entendaient parler des signes qu’il accomplissait, ou même les voyaient. Beaucoup de possédés étaient délivrés des esprits impurs, qui sortaient en poussant de grands cris. Beaucoup de paralysés et de boiteux furent guéris. Et il y eut dans cette ville une grande joie.

Les Apôtres, restés à Jérusalem, apprirent que la Samarie avait accueilli la parole de Dieu. Alors ils y envoyèrent Pierre et Jean. À leur arrivée, ceux-ci prièrent pour ces Samaritains afin qu’ils reçoivent l’Esprit Saint ; en effet, l’Esprit n’était encore descendu sur aucun d’entre eux : ils étaient seulement baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils reçurent l’Esprit Saint.

Ac 8, 5-8.14-17

Acclamez Dieu, toute la terre ; fêtez la gloire de son nom, glorifiez-le en célébrant sa louange. Dites à Dieu : « Que tes actions sont redoutables ! »

Toute la terre se prosterne devant toi, elle chante pour toi, elle chante pour ton nom. Venez et voyez les hauts faits de Dieu, ses exploits redoutables pour les fils des hommes.

Il changea la mer en terre ferme : ils passèrent le fleuve à pied sec. De là, cette joie qu’il nous donne. Il règne à jamais par sa puissance.

Venez, écoutez, vous tous qui craignez Dieu : je vous dirai ce qu’il a fait pour mon âme ; Béni soit Dieu qui n’a pas écarté ma prière, ni détourné de moi son amour !

Ps 65 (66), 1-3a, 4-5, 6-7a, 16.20

Dans sa chair, il a été mis à mort ; dans l’esprit, il a reçu la vie

Bien-aimés, honorez dans vos cœurs la sainteté du Seigneur, le Christ. Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. Ayez une conscience droite, afin que vos adversaires soient pris de honte sur le point même où ils disent du mal de vous pour la bonne conduite que vous avez dans le Christ. Car mieux vaudrait souffrir en faisant le bien, si c’était la volonté de Dieu, plutôt qu’en faisant le mal. Car le Christ, lui aussi, a souffert pour les péchés, une seule fois, lui, le juste, pour les injustes, afin de vous introduire devant Dieu ; il a été mis à mort dans la chair ; mais vivifié dans l’Esprit.

1 P 3, 15-18

Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité, lui que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous. Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. »

Jn 14, 15-21

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