Homélie du 17 octobre 2021

je suis parmi vous comme celui qui sert

dimanche, 29ème Semaine du Temps Ordinaire — Année B

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Homélie :
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L'Évangile de ce dimanche est clair. Pour d'autres passages entendus ces derniers temps, il faut commencer par expliquer le contexte, rappeler que langage de la Bible est quelquefois hyperbolique, et que Jésus ne demande pas vraiment d'arracher l'oeil mauvais, mais seulement d'être particulièrement attentifs à la façon dont nous regardons. Aujourd'hui pas besoin de telles explications. Les situations évoquées sont évidentes et toujours d'actualité. Nous savons bien comment font beaucoup de « chefs des nations » contemporains pour défendre à tout prix leur pouvoir. Et quand Jésus redit par trois fois « parmi vous » , nous savons qu'il ne s'agit pas uniquement des fils de Zébédée et des autres apôtres, mais de situations actuelles et bien de chez nous.

Nous réalisons effectivement que « parmi nous » , chez nous, ici, même si nous ne sommes pas des « grands de ce monde » , les questions de pouvoir et de préséances sont toujours présentes. Nous nous identifions volontiers à notre pouvoir supposé, à notre savoir ou encore à notre avoir. Notre ambition, parfois bien cachée à nous-mêmes, est de briller aux yeux de tous, grâce à cela. Même dans les monastères, de façon plus ou moins consciente, ces trois façons de nous prévaloir sont importantes, et si nous n'avons pas beaucoup d'avoir à étaler, nous aimons être reconnus pour notre savoir, notre expérience ou notre pouvoir de persuasion, ? comme j'essaie de le faire, au moment où je vous parle !

Mais, heureusement, à d'autres moments, dans la prière ou la méditation, nous comprenons qu'au plus profond, au plus vrai de nous-mêmes, nous ne nous nous ne pouvons pas nous identifier à ces performances. En ces moments de vérité, elles apparaissent même comme assez dérisoires. D'ailleurs nous savons bien que, si nous sommes aimés, par nos frères et soeurs, par Dieu, c'est précisément quand, devant eux, devant lui, nous nous exposons dans notre totale impuissance, notre inconnaissance foncière et notre grand dénuement.

Quand alors nous dépassons ainsi notre solipsisme, nous réalisons enfin la bienheureuse interdépendance qui nous unit tous. Nous comprenons que notre seule vraie ambition est le partage : partage de notre avoir, de notre pouvoir ou de notre savoir. Et pratiquement nous pouvons faire cela dans une démarche de service. Comme vous le savez, ce mot « service » revient des dizaines de fois dans les évangiles, et nous serions tentés d'entendre cette injonction avec un peu de résignation : « soit, nous sommes engagés, nous allons faire tout notre possible pour être de bons serviteurs'.

Mais je voudrais vous dire aujourd'hui que ce n'est pas triste ! Servir comme Jésus est une des plus grande sources de joie. Il est vrai que le mot est moins positif que celui de » partage « , parce que nous l'associons à son côté dégradant, quand nous pensons à des travaux » serviles', à ces situations de « servitude' que nous devons combattre.

Mais plus fondamentalement, nous savons aussi que le service est une des plus belles expression de l'amour. Souvenons-nous de l'hymne à l'amour que saint Paul expose dans son épitre : quand il veut décrire son action, la première chose qui lui vient à l'esprit est que «  l'amour est patient et rend service  ». Le service est la manifestation concrète, quotidienne de l'amour, Je dirais que le service donne corps au lien qui nous unit et qui autrement risque de n'être que qu'un voeu pieux.

Ensuite, pour sauver le service de ce qu'il peut avoir d'humiliant ou de mesquin, nous devons toujours nous rappeler les vastes perspectives que la Bible lui donne. Dans la première lecture, le prophète Isaïe, dit: «  Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes  » et dans l'Évangile : «  Le Fils de l'homme est venu (...) pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude.  » Vous reconnaissez certainement les paroles de la consécration, à la messe, où Jésus dit : «  Prenez, et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang (...) qui sera versé pour vous et pour la multitude  ». Le sacrifice, le service est un don qui débouche toujours sur un large horizon. Il ne faudrait pas l'oublier. Si modeste soit-il, le service n'est jamais confiné à un lieu, un moment limité. Il est toujours l'expression d'une mystérieuse solidarité, une communion universelle.

En méditant la Bible nous pouvons encore faire une autre découverte : un même mot, le verbe » abad « , signifie à la fois » servir « et » adorer « . On chante par exemple : » Servez le Seigneur dans l'allégresse ! « , pour exprimer notre louange et notre adoration. En effet le service, même très humble, est un geste de respect absolu, quand il est accompli consciemment. Vécu ainsi, il s'adresse même au Seigneur. C'est là en tout cas une révélation essentielle que Jésus nous a annoncée : «  Ce que vous avez fait à l'un de ces petits, en le servant, c'est à moi que vous l'avez fait ...  » Telle est bien la perspective qu'il nous révèle. Le service de nos frères et soeurs est toujours une démarche » théologale', comme disent les théologiens : au-delà de l'aide à une personne précise, il atteint finalement Dieu lui-même.

Pour développer concrètement cette démarche évangélique de service, et pour pouvoir mieux l'apprécier, je voudrais encore évoquer la tradition monastique du contentement. Il faut dédramatiser le service qui nous est imposé. Si nous sommes un personnage important, bien sûr, il est inconvenant de nous demander de remplir des tâches serviles, comme de faire la vaisselle. Mais puisque nous ne sommes que «  des serviteurs ordinaires  », comme dit l'évangile, ce n'est pas grave. Certes, il n'y a pas de «  service sans peine  ». Celui qui veut suivre le Christ et qui s'engage à servir concrètement ses frères et soeurs, doit savoir que cela le mènera tôt ou tard à beaucoup supporter et finalement à tout devoir donner : pas seulement des choses qu'il possède, mais il lui faudra donner de sa substance, de son indigence. Car si l'on refuse systématiquement de prendre de la peine, on tombe dans l'acédie, la tristesse. La sagesse monastique est précise à ce sujet. Saint Benoît insiste sur l'importance de l'accueil bienveillant des contraintes qui nous sont imposées. Il parle souvent du « contentement » que les moines doivent développer, en espérant de toujours tout recevoir. Ce contentement est en fait la face quotidienne de l'espérance. Sur ce chemin, nous découvrons alors qu' « Il y a plus de joie à donner qu'à recevoir » , comme aurait dit un jour le Christ, d'après saint Paul. Saint Benoît invite même à l'ardeur, la « bonne ardeur » . Cela consiste à empoigner résolument ce service, avec promptitude et une entière disponibilité aux circonstances. Alors, curieusement, ce qui semblait au départ une servitude imposée peut devenir un beau travail. Le joug et le fardeau dont parle Jésus, ? les symboles mêmes de la servitude, ? se révèlent ainsi doux et léger.

A travers tout cela se manifeste un message essentiel de l'Évangile : il ne faut jamais séparer la peine et la joie. Contrairement à une certaine idéologie, ce n'est pas en épargnant la peine qu'on trouve la joie. Mais en réalisant fidèlement et paisiblement notre service, nous entendons le Seigneur nous assurer : « Bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton Maître ! »

 

S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours

Broyé par la souffrance, le Serviteur a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira. Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes.

Is 53, 10-11

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ; il est fidèle en tout ce qu’il fait. Il aime le bon droit et la justice ; la terre est remplie de son amour.

Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour, pour les délivrer de la mort, les garder en vie aux jours de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur : il est pour nous un appui, un bouclier. Que ton amour, Seigneur, soit sur nous comme notre espoir est en toi !

Ps 32 (33), 4-5, 18-19, 20.22

Avançons-nous avec assurance vers le Trône de la grâce

Frères, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi. En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours.

He 4, 14-16

Le Fils de l’homme est venu donner sa vie en rançon pour la multitude

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

Mc 10, 42-45

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