Homélie du 10 avril 2016

Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson

3ème Dimanche de Pâques - Année C

Une homélie de fr. Yves de patoul

La première lecture nous a rappelés que l'évangile de Jésus Christ a toujours dérangé les pouvoirs publics. Au temps de Jésus, c'était davantage le pouvoir religieux qui poursuivait les déviants. C'est lui qui a condamné Jésus, c'est lui qui poursuit les Apôtres pour être coupables, selon lui, d'enseigner au nom de Jésus-Christ et même de prononcer son nom. Il est vrai que les persécutions actuelles de chrétiens sont le fait d'extrémistes musulmans ou hindous; ils disent agir au nom de leur religion, d'Allah ou et de sa grande miséricorde. Les Apôtres ont échappé à la mort grâce à l'intervention de Gamaliel, un membre modéré du grand Conseil. «  Si leur action vient de Dieu, disait-il à ses pairs, vous ne pourrez pas les faire tomber  ». Une des dominantes du livre des Actes des Apôtres est la prière et une de ces formes la louange.

La deuxième lecture est précisément une invitation à élargir notre prière et notre louange jusqu'à inclure toutes les créatures célestes et terrestres. Saint Jean nous emmène en effet dans une immense liturgie aux dimensions cosmiques qu'il perçoit et qu'il décrit avec des symboles tels que l'Agneau immolé pour désigner le Christ glorieux qui reçoit l'acclamation de tous les êtres vivants au ciel et sur la terre. Nous retiendrons de cette lecture que notre liturgie dominicale est largement imprégnée de cette liturgie apocalyptique, même si nous ne nous en rendons pas toujours compte. Ajoutons que chacun de ces grands symboles parfois étranges a un enracinement biblique. l'Agneau immolé, par exemple, est une allusion à un des chants du Serviteur d'Isaïe, cet Agneau qui est déclaré seul capable (digne) d'ouvrir le livre scellé des Ecritures anciennes.

Venons-en à l'évangile tiré du chapitre 19 de l'évangile saint Jean que beaucoup de spécialistes considèrent comme ajouté plus tard. J'aime bien la formule suivante : ce chapitre 19 est «  un prolongement ecclésiologique à un évangile à dominante christologique  ». Il nous donne en appendice des enseignements relatifs au gouvernement de l'Eglise que Jésus a voulue.

On peut distinguer facilement 2 parties : la dernière apparition de Jésus à un groupe de disciples, qui vivent avec lui une pêche miraculeuse et un repas quasiment eucharistique. Vient ensuite l'institution de Pierre comme premier pasteur de son Eglise. Mais il y a des liens très évidents qui traversent ces deux parties. C'est l'Apôtre Pierre qui fait ce lien. Dans la première partie, il décide hardiment de partir à la pêche. Même accompagnés d'autres disciples, il échoue. Cet échec est symbolique, vous l'aurez certainement deviné: sans la grâce de Dieu, Simon-Pierre échoue dans ses projets, fussent-ils très courageux. Pour exercer son ministère, il a besoin de faire un passage que Jésus va lui faire vivre. C'est tout l'enjeu de ce chapitre 19. On pourrait dire que c'est le passage d'une foi volontariste, qui est peut-être la nôtre aussi, à une foi confiante qui consiste essentiellement à s'en remettre à Dieu plutôt qu'à soi-même ou aux hommes.

Avouons que tout cela est subtil et délicat dans la mesure - osons-le dire - où la limite entre moi et Dieu n'est pas toujours très claire, et pourtant cela est très décisif. La foi de Simon-Pierre devait être assez forte au lendemain de Pâques, mais lui et ses compagnons, n'ont rien péché de toute la nuit, ils n'avaient donc rien non plus à manger ni à offrir à leur Seigneur. La proposition de Jésus de jeter le filet d'un autre côté va tout changer : ils font ce que leur Seigneur ressuscité leur dit de faire et ils sont comblés bien plus qu'ils ne l'espéraient. Tout le reste que nous connaissons est bien sûr symbolique : les 153 poissons, le filet qui est tiré par Simon-Pierre sur le rivage, qui ne se déchire pas malgré la grande quantité de gros poissons qu'ils ont pris : ce sont là tous des symboles de l'Eglise une qui doit arriver à bon port.

Essayons de comprendre ce qui s'est passé. D'abord une longue nuit de peine, d'angoisse, nuit infructueuse et désespérante. Et puis une question qui surgit à l'aurore «  Eh les enfants, n'auriez-vous pas un peu de poisson ?  », question de Jésus qui met le doigt sur la cause même de leur désespoir, sur ce qui n'a pas marché pas dans leur vie. Les limites humaines qui nous empêchent de bien vivre, voilà ce que Jésus vient toucher pour en faire un lieu de rencontre. Tout ce qui ne va pas, même le péché, voilà ce que Jésus vient toucher de façon un peu provocante. Jésus leur dit : « Jetez le filet à droite  » Dans une démarche de foi, il ne s'agit plus ici de réfléchir et de se dire : c'est mon métier, je sais comment faire ; et d'ailleurs j'ai déjà tout essayé, ça ne marche ni à gauche ni à droite. Pour Pierre, jeter le filet à droite c'est une manière de tout recommencer, ou mieux encore de prendre le risque de tout recommencer en faisant confiance à son Seigneur. Après que Jean lui ait dit que c'était le Seigneur, il se jette à l'eau après avoir revêtu quelque chose car il était nu comme tout bon pécheur à l'époque.Se jeter à l'eau est une belle expression française qui permet de bien comprendre toute la scène mais aussi pour nous de pouvoir nous mettre dans la peau de l'apôtre Pierre et de l'imiter dans certaines occasions où nous sommes invités par Jésus Christ notre Seigneur à lui faire totalement confiance. Au seuil de la mort, par exemple.

Pierre va donc se jeter à l'eau, pour quoi faire ? le texte ne le dit pas mais il nous le laisse deviner : c'est pour se prosterner au pied de Jésus, le remercier, le vénérer comme on voudra. Pierre va accéder à un autre statut. Il doit se préparer, se rhabiller et s'approcher de son maître. La manifestation du Ressuscité se poursuit par un repas d'alliance, un repas eucharistique à peine esquissé (qui rappelle un peu les noces de Cana au début de l'évangile de Jean). Il est suivi sans transition par la seconde partie de notre texte qu'on pourrait appeler l'institution de Pierre comme pasteur suprême.

Cela se passe à travers un dialogue extraordinaire entre Jésus et Pierre. Trois fois, jésus lui demande : M'aimes-tu ? en sous-entendant certainement : comme moi je t'aime et je te fais confiance pour la lourde tâche que je vais te confier. L'amour dont il s'agit est la confiance que Pierre doit avoir dans l'amour que Jésus lui porte. L'amour et la confiance l'un en l'autre se rejoignent totalement. Il faut que cet amour de Pierre pour Jésus soit très grand, que la confiance en lui soit totale. Désormais, c'est un autre qui te conduira, ce n'est plus toi-même.

La conclusion «  Suis-moi  » intervient après ce cheminement spirituel qui a abouti à une purification, une simplification. Que cette expérience soit la nôtre lorsque nos voies semblent infructueuses. Laissons-nous rejoindre par le Ressuscité qui en fera un lieu de rencontre d'où nous pourrons repartir pleins de force et de joie.

 

Nous sommes les témoins de tout cela avec l’Esprit Saint

En ces jours-là, les Apôtres comparaissaient devant le Conseil suprême. Le grand prêtre les interrogea : « Nous vous avions formellement interdit d’enseigner au nom de celui-là, et voilà que vous remplissez Jérusalem de votre enseignement. Vous voulez donc faire retomber sur nous le sang de cet homme ! » En réponse, Pierre et les Apôtres déclarèrent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous aviez exécuté en le suspendant au bois du supplice. C’est lui que Dieu, par sa main droite, a élevé, en faisant de lui le Prince et le Sauveur, pour accorder à Israël la conversion et le pardon des péchés. Quant à nous, nous sommes les témoins de tout cela, avec l’Esprit Saint, que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. »

Après avoir fait fouetter les Apôtres, ils leur interdirent de parler au nom de Jésus, puis ils les relâchèrent. Quant à eux, quittant le Conseil suprême, ils repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus.

Ac 5, 27b-32.40b-41

Quand j’ai crié vers toi, Seigneur, mon Dieu, tu m’as guéri ; Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles, rendez grâce en rappelant son nom très saint. Sa colère ne dure qu’un instant, sa bonté, toute la vie.

Avec le soir, viennent les larmes, mais au matin, les cris de joie ! Tu as changé mon deuil en une danse, mes habits funèbres en parure de joie !

Que mon cœur ne se taise pas, qu’il soit en fête pour toi ; et que sans fin, Seigneur, mon Dieu, je te rende grâce !

Ps 29 (30), 3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13

Il est digne, l’Agneau immolé, de recevoir puissance et richesse

Moi, Jean, j’ai vu : et j’entendis la voix d’une multitude d’anges qui entouraient le Trône, les Vivants et les Anciens ; ils étaient des myriades de myriades, par milliers de milliers. Ils disaient d’une voix forte : « Il est digne, l’Agneau immolé, de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et louange. »

Toute créature dans le ciel et sur la terre, sous la terre et sur la mer, et tous les êtres qui s’y trouvent, je les entendis proclamer : « À celui qui siège sur le Trône, et à l’Agneau, la louange et l’honneur, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. » Et les quatre Vivants disaient : « Amen ! » ; et les Anciens, se jetant devant le Trône, se prosternèrent.

Ap 5, 11-14

Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson

En ce temps-là, Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord de la mer de Tibériade, et voici comment. Il y avait là, ensemble, Simon-Pierre, avec Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), Nathanaël, de Cana de Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples. Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais à la pêche. » Ils lui répondent : « Nous aussi, nous allons avec toi. » Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, cette nuit-là, ils ne prirent rien. Au lever du jour, Jésus se tenait sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui. Jésus leur dit : « Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ? » Ils lui répondirent : « Non. » Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n’arrivaient pas à le tirer, tellement il y avait de poissons. Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Quand Simon-Pierre entendit que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau. Les autres disciples arrivèrent en barque, traînant le filet plein de poissons ; la terre n’était qu’à une centaine de mètres. Une fois descendus à terre, ils aperçoivent, disposé là, un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain. Jésus leur dit : « Apportez donc de ces poissons que vous venez de prendre. » Simon-Pierre remonta et tira jusqu’à terre le filet plein de gros poissons : il y en avait cent cinquante-trois. Et, malgré cette quantité, le filet ne s’était pas déchiré. Jésus leur dit alors : « Venez manger. » Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savaient que c’était le Seigneur. Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson.

C’était la troisième fois que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples.

Jn 21, 1-14

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