Homélie du 6 octobre 2019

Si vous aviez de la foi !

Dimanche, 27ème Semaine du Temps Ordinaire - Année C

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Il s'agit vraiment d'une question d'actualité. Nous voyons que la foi diminue dans nos régions, parfois aussi dans notre famille. Il semble que certains ont même tout-à-fait perdu la foi. Alors nous nous demandons : quant à nous, que pouvons-nous faire aujourd'hui pour conserver, pour augmenter la foi autour de nous ?

Mais, pour répondre à cette question, il nous faut d'abord nous demander ce qu'est en réalité la foi. Si les apôtres demandent au Seigneur d'augmenter en eux la foi, c'est parce qu'il leur avait déjà souvent reproché leur manque de foi : « Gens de peu de foi, pourquoi avez-vous douté ? » Et par ailleurs, Jésus admirait la foi de la Syro-phénicienne ou du centurion romain, un autre païen : « En vérité, je vous le déclare, chez personne en Israël, je n'ai trouvé une telle foi. » Alors qu'est-ce que la foi que Jésus attend de nous et que nous lui demandons de voir croitre ?

Dans une situation où nous voyons que la foi diminue, commençons donc par regarder de plus près le texte de l'évangile, parce qu'il est la source de notre foi. Nous voyons alors que le Seigneur ne nous demande pas à nous d'augmenter la foi autour de nous ! C'est plutôt nous qui devons lui demander : « Augmente en nous la foi ! » (Augmente toi notre foi !) Il nous faut d'abord bien comprendre que nous ne pouvons pas nous-mêmes augmenter notre foi, — ni d'ailleurs celle des autres.

Bien sûr, il faut respecter le désir des parents et enseignants qui s'engagent à transmettre leur foi. C'est une très belle mission. Mais elle ne peut pas se réaliser de n'importe quelle façon. L'évangile de ce dimanche est tout à fait d'actualité, comme je vous le disais en commençant, précisément parce qu'il nous demande de revoir à nouveaux frais ce qu'est vraiment la foi pour nous, là où nous vivons aujourd'hui. Nous avons hérité d'une conception trop simpliste de la foi. Comme si elle était une chose posée devant nous, qu'on pouvait acquérir, donner ou perdre. On l'identifiait à son contenu notionnel, le symbole de la foi. Le credo est effectivement le symbole, la formulation de son contenu, mais il n'est pas la réalité, son dynamisme. Il ne suffit pas de le réciter, ni même de l'étudier pour être croyant. Ce n'est pas nécessairement en devenant théologien qu'on augmente sa foi.

Car, encore une fois, toutes les réalités vraiment importantes, comme la foi, l'amour, l'espérance, ne peuvent jamais être possédées, comme des propriétés personnelles. Un homme qui aime sa femme ne peut pas dire : « J'ai une femme », mais seulement : « Je suis à elle ». Ce qui nous est le plus essentiel ne nous appartient pas ; il nous est toujours donné, c'est une grâce. Ainsi de la foi. Nous ne pouvons pas l'avoir ni la transmettre telle quelle ; nous ne pouvons qu'en témoigner par notre vie.

Pour revenir plus précisément à l'évangile, vous aurez noté que Jésus ne répond pas directement à la question, des apôtres qui lui demandent d'augmenter leur foi. Il ne réalise pas pour eux des miracles mirobolants, sensés conforter leur foi. Les seuls miracles que Jésus effectue le sont par compassion, par amour, et jamais pour prouver quoi que ce soit. La foi ne se prouve pas : elle est toujours un risque, elle n'existe que comme une confiance donnée, sans exiger de garantie.

Mais, mes soeurs, mes frères, nous pouvons nous préparer à recevoir cette grâce. Et je crois que la suite de notre évangile peut nous éclairer. On pourrait se demander si cette deuxième partie n'a pas été proposée pour un peu rallonger notre texte qui autrement ne comporterai que deux versets. Elle semble en effet n'avoir aucun rapport avec le début. De fait, elle provient peut-être d'une autre source ; c'est possible. Quoi qu'il en soit, elle vient bien et elle m'éclaire beaucoup.

Jésus nous y rappelle que nous ne sommes que de 'simples serviteurs', des 'serviteurs quelconque'. Il faut avouer que ce n'est pas là un idéal, ce n'est pas la promotion que nous ambitionnons. Mais c'est pourtant notre situation. Que nous soyons un pauvre moine sacristain ou le responsable d'une vaste entreprise, technicien de surface, mère au foyer ou archevêque, nous sommes de simples serviteurs.

Or, dans les évangiles il est souvent question de serviteurs, de bons serviteurs, de « serviteurs fidèles et vigilants ». Jésus lui-même n'ambitionne rien de mieux : « Je suis parmi vous comme celui qui sert » Désormais nous savons que c'est le vrai service qui nous ennoblit, parce qu'en définitive, c'est Dieu que nous servons en nos frères et soeurs.

Ici l'attention au mot hébreux pour 'servir' vient nous aider. Ce mot 'abad signifie à la fois 'servir' et 'adorer'. Pensez aux psaumes que nous chantons : « Servez le Seigneur dans l'allégresse » ou « Venez, adorons le Seigneur- ». C'est le même mot. Aussi, quand nous voulons servir quelqu'un en toute humilité, nous faisons un geste d'adoration. Dans la Règle de saint Benoît le mot 'adorer' n'arrive qu'une seule fois, et c'est dans le chapitre sur l'accueil des hôtes où il est demandé à celui ou celle qui accueille de « se prosterner de tout son long devant l'hôte, pour adorer en lui le Christ que l'on reçoit »

Alors je conclus : il faut adorer pour croire. Adorer avant de croire. L'adoration est le chemin de la foi. Il ne faut pas attendre d'avoir saisi tous les mystères pour adorer Dieu, mais L'adorer concrètement, en servant efficacement et affectueusement nos frères et soeurs, parce que nous savons alors qu'en eux nous adorons leur absolue dignité, ce qu'ils ont de divin. Bien sûr, nous ne sommes que de simples serviteurs, mais ce service, fidèle et confiant, peut être l'expression d'un grand amour et aussi d'une foi concrète.

En réponse à la demande des apôtres, et à notre demande : « Seigneur, augmente en nous la foi ! », nous avons donc, semble-t-il, une réponse simple dans la suite du texte de l'évangile de ce dimanche : en témoignant de beaucoup d'amour dans le simple service fraternel, familial, communautaire, nous donnons toutes ses chances à la foi que Jésus attend de nous. Ce simple service n'est alors pas banal, insignifiant. Car il peut être le chemin pour apprendre à adorer. Encore faut-il qu'il soit réalisé dans un certain esprit. Si c'est seulement le 'boulot' entre le 'métro' et le 'dodo', cela ne peut pas avoir beaucoup de sens, et cela n'aboutit qu'à la fatigue et l'ennui. Pour que le service puisse se développer en une expérience de foi, il nous faut le situer dans une vie où la prière et la méditation de l'évangile aient leur place. Parce qu'alors notre foi devient toujours plus une relation vivante au Seigneur Jésus.

En conclusion je dirais qu'aujourd'hui encore nous pouvons vraiment faire l'expérience d'une foi au Christ, dans l'Église, une foi reçue et qui augmente de jour en jour, dans notre vie ordinaire. Et nous pouvons la rayonner autour de nous en étant simplement vivants, en puisant notre courage et notre joie dans la prière fidèle et la rencontre, une rencontre qui soit chaque fois découverte, service et adoration.

 

Le juste vivra par sa fidélité

Combien de temps, Seigneur, vais-je appeler, sans que tu entendes ? crier vers toi : « Violence ! », sans que tu sauves ? Pourquoi me fais-tu voir le mal et regarder la misère ? Devant moi, pillage et violence ; dispute et discorde se déchaînent.

Alors le Seigneur me répondit : Tu vas mettre par écrit une vision, clairement, sur des tablettes, pour qu’on puisse la lire couramment. Car c’est encore une vision pour le temps fixé ; elle tendra vers son accomplissement, et ne décevra pas. Si elle paraît tarder, attends-la : elle viendra certainement, sans retard.

Celui qui est insolent n’a pas l’âme droite, mais le juste vivra par sa fidélité.

Ha 1, 2-3 ; 2, 2-4

Venez, crions de joie pour le Seigneur, acclamons notre Rocher, notre salut ! Allons jusqu’à lui en rendant grâce, par nos hymnes de fête acclamons-le !

Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous, adorons le Seigneur qui nous a faits. Oui, il est notre Dieu ; nous sommes le peuple qu’il conduit.

Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? « Ne fermez pas votre cœur comme au désert, où vos pères m’ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

Ps 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9

N’aie pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur

Bien-aimé, je te le rappelle, ravive le don gratuit de Dieu ce don qui est en toi depuis que je t’ai imposé les mains Car ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de pondération. N’aie donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur, et n’aie pas honte de moi, qui suis son prisonnier ; mais, avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances liées à l’annonce de l’Évangile. Tiens-toi au modèle donné par les paroles solides que tu m’as entendu prononcer dans la foi et dans l’amour qui est dans le Christ Jésus. Garde le dépôt de la foi dans toute sa beauté, avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous.

2 Tm 1, 6-8.13-14

Si vous aviez de la foi !

En ce temps-là, les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! » Le Seigneur répondit : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : ‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’, et il vous aurait obéi.

Lequel d’entre vous, quand son serviteur aura labouré ou gardé les bêtes, lui dira à son retour des champs : ‘Viens vite prendre place à table’ ? Ne lui dira-t-il pas plutôt : ‘Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et boive. Ensuite tu mangeras et boiras à ton tour’ ? Va-t-il être reconnaissant envers ce serviteur d’avoir exécuté ses ordres ? De même vous aussi, quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites : ‘Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir’ »

Lc 17, 5-10

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