Homélie du 11 août 2019

Vous aussi, tenez-vous prêts

Dimanche, 19ème Semaine du Temps Ordinaire - Année C

Une homélie de fr. Bernard poupart

Si l'on demandait à un quidam cultivé qui est l'auteur du magnificat, il répondrait sans doute qu'il y en a plusieurs, et des plus grands : Bach, Vivaldi, Monteverdi.

Et si l'on insistait : d'où viennent les paroles ? Les réponses seraient ouvertes et vagues : de la Bible, de l'évangile. Les plus érudits diraient : de saint Luc, et ils auraient raison car il est probable que Luc les a assemblées dans un pot-pourri de citations bibliques pour les mettre sur les lèvres de Marie. Mais alors il voulait aussi parler d'elle. Et que dit-il ?

Je réponds ici ce que j'ai écrit dans une méditation de Noël : Luc dit que Marie est une fille d'Israël, une femme juive, et son chant célèbre l'accomplissement de la promesse à Abraham et au peuple d'Israël. Elle bénit Dieu avec les paroles de son livre. Nos peintres l'ont bien compris qui aiment à la représenter le Livre à la main. Et c'est bien parce que Marie prie avec l'Écriture que son chant est aussi vigoureux et décoiffant. C'est le chant des psaumes, la ballade des gens de peu, l'hymne de la grande revanche, non pas pour l'au-delà, mais pour maintenant : les grands et les riches sont renversés et les pauvres sont comblés. Tous les prophètes ont dit cela, et Jésus lui-même dans leur sillage : « Heureux, vous les pauvres ! Malheureux, vous les riches ! »

Comment pouvons-nous reprendre ces paroles sans nous leurrer ? Car les riches sont toujours les plus puissants et toute la face de la terre frémit du gémissement des pauvres. Nous traversons le monde avec l'évangile en mains et aux lèvres. Mais le monde bafoue l'évangile et méprise notre naïveté. N'avons-nous pas d'autre destin que le martyre ? Pourtant, ce monde si bavard s'est tu quand sont apparues les figures de Mère Teresa ou de l'abbé Pierre. Il s'est recueilli quand on a projeté le film « Des hommes et des dieux », parce qu'il a bien senti que là était la grandeur de l'humain. Car l'homme a soif de grandeur, il y aspire, et sa déception est amère quand s'affaissent les grandeurs illusoires. Le coeur de l'humain est fait de noblesse. Il discerne avec un tact très sûr ce qui le grandit, et il peut devenir féroce envers ceux qui le méprisent. Le peuple a pu se laisser entrainer par des imposteurs, mais il s'est toujours vengé impi-toyablement quand il a compris son égarement. Malheureusement, le peuple ne retient pas les leçons de son histoire et il retombe lamentablement dans les mêmes pièges funestes.

Mais là peut encore venir le message de Marie : « respexit humilitatem ancillae suae , il s'est retourné vers l'humilité de sa servante ».

À la soif humaine de grandeur, Marie propose son humilité qui a le pouvoir de faire se retourner Dieu même.

Magnificat. Magnifier, grandir, jusqu'à exalter. Dieu seul est grand. Marie est une humble servante. Et ce Dieu si grand a justement fait pour elle de grandes choses : « fecit mihi magna qui potens est ». Il fait un échange : il lui donne sa grandeur et il prend sa bassesse. C'est de Dieu que lui vient cet enfant qui sera au milieu de son peuple l'humble serviteur, à l'image de sa mère.

O Mère ! Mère très douce ! Mère de miséricorde ! Nous t'offrons le bouquet des beaux noms que nos pères t'ont donnés : Rose magnifique, Tour de David, Tour d'Ivoire, Maison d'Or, Arche de la nouvelle Alliance, Porte du ciel, Etoile du matin, Splendeur du monde.

Tourne vers nous, pose sur nous ton regard de miséricorde. Vois tous ceux qui, partout dans le monde, promènent ton image dans les rues qui deviennent souriantes. Vois les beaux oriflammes qui claquent au vent. Vois la ferveur du peuple qui t'honore. Vois tous ceux qui viennent allumer un cierge pour te demander de les soutenir dans l'épreuve, de consoler leur peine.

Dans le Salve Regina que nous chantons le soir, nous parlons de nos pleurs dans la vallée de larmes. Si nous tendions l'oreille finement, nous l'entendrions sûrement nous corriger avec douceur : tu nous dirais que c'est aussi une vallée souriante, la belle vallée que tu as aimée en bas de Nazareth.

Les pleurs, tu les connais, toi qui t'es tenue debout au pied de la croix, Mater dolorosa. Mais nous te fêtons aujourd'hui dans la lumière riante de ta montée au ciel.

Nos frères d'Orient parlent de ta Dormition. Nous avons plutôt privilégié ton éveil, ta résurrection avec ton Fils. Le Christ s'est élevé lui-même, nous disons qu'il est monté au Ciel, mais toi, tu as été emportée par lui, assumpta, et tu nous entraines dans ton sillage. Tu nous appelles à nous élever toujours au-delà de nous-mêmes, à croire qu'il y a toujours un au-delà, qu'il faut encore aller plus loin.

Tu nous arraches à nos piétinements, à la triste monotonie de nos atermoiements. Tu nous dis qu'il y a toujours plus haut, plus grand, plus beau.

Ô femme bénie entre toutes les femmes, avec toi nous fêtons nos filles, nos épouses, nos mères.

Et nous pouvons bien te le demander : ne laisse pas L'Église aux mains des seuls hommes.

Au Cénacle, à la chambre haute, les apôtres étaient avec quelques femmes dit le texte, dont Marie, la mère de Jésus. Ces quelques femmes sont souvent oubliées, au profit de toi seule, Marie. Garde-nous de les oublier encore.

Nous te fêtons toujours entre toutes les femmes.

 

En même temps que tu frappais nos adversaires, tu nous appelais à la gloire

La nuit de la délivrance pascale avait été connue d’avance par nos Pères ; assurés des promesses auxquelles ils avaient cru, ils étaient dans la joie. Et ton peuple accueillit à la fois le salut des justes et la ruine de leurs ennemis. En même temps que tu frappais nos adversaires, tu nous appelais à la gloire. Dans le secret de leurs maisons, les fidèles descendants des justes offraient un sacrifice, et ils consacrèrent d’un commun accord cette loi divine : que les saints partageraient aussi bien le meilleur que le pire ; et déjà ils entonnaient les chants de louange des Pères.

Sg 18, 6-9

Criez de joie pour le Seigneur, hommes justes ! Hommes droits, à vous la louange ! Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu, heureuse la nation qu’il s’est choisie pour domaine !

Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour, pour les délivrer de la mort, les garder en vie aux jours de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur : il est pour nous un appui, un bouclier. Que ton amour, Seigneur, soit sur nous comme notre espoir est en toi !

Ps 32 (33), 1.12, 18-19,20.22

Abraham attendait la ville dont le Seigneur lui-même est le bâtisseur et l’architecte

Frères, la foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas. Et quand l’Écriture rend témoignage aux anciens, c’est à cause de leur foi.

Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu : il partit vers un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit sans savoir où il allait. Grâce à la foi, il vint séjourner en immigré dans la Terre promise, comme en terre étrangère ; il vivait sous la tente, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers de la même promesse, car il attendait la ville qui aurait de vraies fondations, la ville dont Dieu lui-même est le bâtisseur et l’architecte.

Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge, fut rendue capable d’être à l’origine d’une descendance parce qu’elle pensait que Dieu est fidèle à ses promesses. C’est pourquoi, d’un seul homme, déjà marqué par la mort, a pu naître une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, une multitude innombrable.

He 11, 1-2.8-12

Vous aussi, tenez-vous prêts

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte. Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : c’est lui qui, la ceinture autour des reins, les fera prendre place à table et passera pour les servir. S’il revient vers minuit ou vers trois heures du matin et qu’il les trouve ainsi, heureux sont-ils ! Vous le savez bien : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur viendrait, il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Vous aussi, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »

Lc 12, 35-40

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